‹ La Troisime béatitudeChapitre 15 sur 91 · Saule, Saule, quidmepersequeris ? (Act., XXVI, l'i · texte numérisé non relu

Saule, Saule, quidmepersequeris ? (Act., XXVI, l'i

qu'il reviendra à Dieu pour être révoque, rapologiste, l'orateur qui ne sera jamais surpassé.

Comment Dieu a-t-il préparé Jeanne de Chantai à la grande mission de fonder un ordre religieux et d'être associée aux oeuvres et à la gloire du saint évêque de Genève ? Par les humiliations les plus cruelles, par les séparations les plus déchirantes, par des épreuves qui révoltent tous les sentiments maternels. Et que rencontrezvous à chaque page de son admirable vie, sinon un sacrifice qui grandit toujours et auquel rien n'échappe?

Cette auréole de la douleur, voyez-la sur le front de sainte Elisabeth de Hongrie, si grande, je dirais, si ravissante par ses douces et héroïques vertus. Vous n'ignorez pas, que, chassée du château de son époux, repoussée par les serviteurs qu'elle avait comblés de bienfaits, maltraitée par les pauvres qu'elle avait nourris, elle tomba avec

ses enfants dans la plus profonde indigence.

Mais il est un mystère plus merveilleux encore, c'est que la douleur est la félicité des Saints, féli cité si manifestement surhumaine qu'elle éclate dans des accents que la terre n'avait jamais entendus.

Ecoutez saint Paul brisé dans son corps, torturé dans son âme. épuisé de fatigues, parcourant pendant trente années l'Asie, l'Italie et la Grèce, toujours menacé, poursuivi par la fureur implacable des Juifs, par la haine des païens, battu de verges, accablé d'outrages, jeté dans les fers, éprouvé sur la mer par des naufrages, sur la terre par des embûches et des persécutions, « trouvant, comme dit Bossuet, des calomniateurs devant tous les tribunaux, des supplices dans toutes les villes, au sein de l'Eglise et dans sa maison des frères qui le trahissent » ; laissant partout avec les souvenirs de son apostolat les traces de son sang il a pu dire qu'il mourait chaque jour, quo-

tidie morior*. Et pourtant il se plaît dans ses infirmités, et sa puissance naît de sa faiblesse même. Cuni infirmor tune potens surn. ^. Et alors, dans une félicité qui dépasse toutes les amertumes, toutes les désolations et qui déborde de sa grande âme, il s'écrie : « Je surabonde de joie dans mes tribulations, superahundo gaudio in omni tribulatione 7iostrâ^. »

C'est l'apôtre saint André qui salue le gibet où il va être crucifié. « 0 croix, disait-il, bonne croix, bona crux, si longtemps désirée, aimée avec tant de tendresse, cherchée sans repos et enfin accordée aux aspirations de mon cœur ! ■* »

Page 1