II Cor., VII
4. Viclens crucera Andréas exclamarnt dicens : O rrux ndwirnhilis, o crux desiderabilia, o crux qiiffi per tolum mundum rutilas, suscipe discipulum Christi, ac pur le me recipiat qui per le moriens me redemit. (Brev. rom.)
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C'est sainte Catherine de Sienne à laquelle Jésus-Christ apparaît lui présentant une couronne de roses et une couronne d'épines et qui s'écrie : « Comment pourrais-je choisir une couronne de roses, tandis que vous portez une couronne d'épines ? »
C'est sainte Thérèse. le grandMocteur espagnol, qui s'écrie : « Ou souffrir ou mourir » : et sainte Madeleine de Pazzi les surpassant encore disait : « Non pas mourir, mais souffrir. »
Enfin, Mesdames, sur ces sommets héroïques, je rencontre le grand serviteur de Dieu, si bien nommé, Jean de la Croix. Un jour, Jésus-Christ lui apparaît et lui demande ce qu'il veut pour récompense. A une semblable interrogation. Salomon avait répondu en demandant la sagesse : saint Thomas d'Aquin avait dit : « Vous seul. Seigneur » : Jean de la Croix s'écrie : « Seigneur, souffrir et être méprisé pour vous. »
C'est de la folie, je le sais bien, mais c'est la
folie de l'héroïsme, c'est la folie des Saints, c'est la folie de la croix, c'est la folie qui, chaque jour encore, purifie, rachète et sauve le monde.
Mais on a dit que ces grands caractères que nous rencontrons dans les Saints des siècles écoulés, nous ne les retrouvons plus dans les Saints de notre époque ; on a dit que cette soif de la souffrance n'est plus de notre temps.
Il était cependant de notre âge, ce grand théologien, ce grand missionnaire, ce grand évêque. ce grand fondateur d'ordre qui se nommait saint Alphonse de Liguori. Et quelle vie a été, plus que la sienne, un long et douloureux martyre? Maltraité par son père, repoussé par sa famille, il reste fidèle à l'appel de Dieu, devient l'apôtre du midi de l'Italie et accomplit, au prix de mille fatigues, de durs travaux et d'épreuves sans nombre, des prodiges de conversion. Il verra la congrégation qu'il a fondée succomber pour un temps sous les coups de la persécution. Puis, retrouvant sous le
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fardeau de l'épiscopat des épreuves nouvelles, accablé de vieillesse, torturé par des infirmités dont la seule pensée fait frémir, calomnié auprès du Saint-Siège, chassé ignominieusement de sa congrégation, il reste jusqu'à sa dernière heure et il resterai jamais un des modèles les plus parfaits delà plus sublime résignation.
Il portait l'auréole de la douleur, cet homme qui fut, dans ce siècle, la plus haute, la plus universelle et la plus irrésistible puissance, ce prêtre dépourvu de tout savoir humain, qui lisait dans les consciences comme dans un livre ouvert sous ses regards, ce curé de la Bresse dont la parole incorrecte et naïve faisait éclater tout à coup dans son auditoire accouru non-seulement de la France entière, mais des extrémités du monde, les transports de l'amour de Dieu ou les sanglots du repentir.
Sa vie entière fut un prodige de mortification et aucune douleur ne lui fut épargnée. Les atta-
ques de la malveillance, la calomnie et l'outrage le poursuivirent longtemps malgré l'admiration que suscitaient ses vertus. La terreur des jugements de Dieu, les regrets que lui causait la perte des âmes furent des épreuves bien plus cruelles encore, et il disait : « Quand je suis venu à Ars, si j'avais su les peines qui m'y attendaient, je serais mort d'appréhension sur le coup. »
Vous parlerai-je de ces hommes que je ne nommerai pas des saints, mais qui furent par leurs vertus et leur éloquence les apôtres de notre siècle, et qui ranimèrent la foi éteinte dans bien des âmes ?
Le Père de Ravignan n'a-t-il pas subi les attaques de la calomnie et les plus perfides accusations ? Cette âme qui semblait planer dans la majesté et la sérénité de sa vertu au-dessus des divisions de notre temps, n'a-t-elle pas connu les grandes douleurs et ne les a-t-elle pas supportées dans un héroïque silence?
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Que VOUS dirai-je de Lacordaire? Quelles révélations n'ont point été faites de son amour de la souffrance ! Comme l'illustre disciple de saint Dominique a été habile à dissimuler ses effrayantes austérités et ses prodigieuses humiliations ! Quelle lutte de toute sa vie pour contenir cette nature de feu, cette intelligence pleine d'audace qui se jouait sur le bord des abimes ! Quel amour de la croix saisissait le grand orateur quand, au lendemain d'un de ces triomphes de la parole qui peut-être ne seront jamais surpassés, après avoir ébloui, transporté, enivré des multitudes immenses, il déchirait sa chair par des flagellations sanglantes ! Souvent. en descendant de l'autel, il s'étendait à terre et ordonnait à un de ses disciples de mettre le pied sur sa tête. Il faisait son action de grâces tout entière dans ce profond avilissement, puis il exigeait que le religieux confus, bouleversé, éperdu, le chassât comme un misérable.
Ah ! cette aoif de la souffrance, de l'humilialion,
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elle a préservé Lacordaire de l'ivresse du succès, du vertige de la gloire, j'allais dire qu'elle a été une part de son génie.
Mais considérons un instant, Mesdames, la douleur dans l'Eglise qui est la mère féconde des Saints.
L'histoire de l'Eglise catholique est le récit de ses douleurs. Elle a lutté, elle luttera jusqu'au dernier des jours, et aujourd'hui encore, le bruit que toute la terre entend, c'est le bruit des combats livrés contre elle. Son berceau a été porté sur des flots de sang ; les persécutions l'accueillirent au sortir du Cénacle et des lors et pour jamais, toutes les convoitises, toutes les erreurs et toutes les passions se sont liguées pour la détruire. Des ombres des Catacombes au grand jour de nos luttes contemporaines, elle n'a jamais connu le
repos, et, à l'heure où je vous parle, n'entendezvous pas autour d'elle je ne sais quels frémissements qui semblent présager des tempêtes ? Il en fut ainsi lorsque les hérésies succédèrent aux persécutions ; il en fut ainsi au moyen-âge quand l'Eglise seule resta debout pour résister aux torrents des barbares et sauver les monuments et jusqu'aux souvenirs d'un monde qui disparaissait sous les pieds des envahisseurs.
Il en sera ainsi toujours.
Jamais, devant les angoisses de la force ou les objections de la science, l'Eglise n'a hésité. Elle ])eut tout sacrifier, tout, excepté son Symbole incorruptible, les principes immuables de la morale, le trésor divin de la révélation.
La douleur est la puissance et la vie de l'Eglise, ijuand tout parait perdu aux yeux de la sagesse humaine, c'est l'heure des grandes victoires ; quand l'incrédulité chante la mort de cette épouse de Jésus-Christ crucifié et vainqueur du monde,
quand les puissants de la terre l'ont couchée au tombeau et en ont scellé la pierre, quand ils veillent en armes autour de ce tombeau où ils croient l'avoir enfermée pour jamais, tout à coup elle renverse contre terre ses gardiens épouvantés et elle se lève dans les splendeurs de la résurrection.
Les persécutions la purifient de ses souillures humaines ; elle rajeunit sous les efforts du temps ; elle resplendit sous l'opprobre ; elle grandit sous la hache des bourreaux, et en la contemplant si forte dans son apparente faiblesse, si sereine au soir de ces orages qui emportent les trônes et les dynasties, le regard le plus distrait reconnaît en elle le signe divin, le signe d'une puissance qui vient du ciel et qui a pour avenir léternité.
La force de l'Eglise, Mesdames, c'est le sacerdoce, et la force du sacerdoce, c'est le travail, c'est la pauvreté, c'est surtout le dévouement et l'immolation. En vain nous aurions la bcicncc, le génie,
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le pouvoir, même la vertu, si notre prospérité est sans mélange, nous allons à la décadence. Qu'on nous laisse des croix de bois et, s'il le faut, des chaînes de fer ! La croix et les chaînes de fer valent mieux que les chaînes d'or, que les faveurs qui souvent abaissent les caractères et que la servitude avilissante de3 richesses. 0 puissants de ce monde, il faut choisir : laissez-nous les âmes et prenez tout le reste : « Da. milii animas, cœtera toile tihi *. T>
La force de l'Eglise, ce sont les ordres religieux, et les ordres religieuxréalisent dans leur plus haute perfection les conseils évangéliques, le perpétuel sacrifice d'une vie consacrée à Dieu : sacrifice de tous les biens périssables par la pauvreté volontaire, sacrifice des plaisirs des sens sous la loi de la chasteté, sacrifice de tous les mouvements de la volonté sous le joug d'une obéissance sans
l.Gcii., XIV, il.
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réserve. C'est en restant fidèle à cette triple immolation que les ordres religieux se sont préservés de la corruption et se sont maintenus dans leur ferveur, leur puissance et leur gloire. Nous pouvons dire d'eux comme de l'Eglise dont ils sont les plus vaillants défenseurs : l'épreuve est l'une des causes premières de leur pureté, de leurs vertus et de leurs victoires.
Le fondateur d'un ordre religieux illustre allait mourir. Ses disciples entouraient sa couche funèbre et lui disaient: « Père, Père, ne nous souhaitezvous rien ? « Alors le mourant se recueillant leur répondit : « Mes enfants, je vous souhaite des persécutions. » Il y avait dans ce souhait les hautes vues du génie et les inspirations de la sainteté.
Aussi, la persécution est le signe distinctif de l'Eglise. Elle seule parmi les sociétés religieuses est persécutée parce que soûle elle est l'épouse de Jésus-Christ, parce que à ses fondateurs et à leurs successeurs ju3i{u'à la fin des temps il a été
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dit : « Ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront... ' Allez, je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups -. «
Aussi. l'Eglise seule peut consoler la douleur. Oui, vous ne trouverez pas en dehors de l'Eglise une philosophie ou une religion qui ait donné au malheur une consolation efficace Bien souvent sans doute, Mesdames, vous avez espéré des consolations humaines et vous les avez demandées à des cœurs faibles, attristés, impuissants comme votre propre cœur.
Avez-vous trouvé un secours et un appui dans le monde qui vous recherche et vous applaudit lorsque vous êtes heureuses, mais qui vous délaisse et vous déchire quand la douleur et l'infortune vous ont visitées? Est-ce que le monde a réalisé
1. Ite, ecce eçjo milto vos siciit aqnos inter lupos. (Luc, X. 3. Matth., X, 16.)
1. Si me persecuti sunt, et vos persequentur. (Joan., XV. 20.>
VOS espérances ? Est-ce qu'il a calmé les inquiétudes de votre conscience ? Vous a-t-il fortifiées contre l'épreuve ? A t-il compati à vos larmes ? Que peut-il vous donner?
Avez-vous môme rencontré dans une amitié qui n'a pas été consacrée par l'aftnour de Jésus- Christ la force, la constance, les consolations enfin que vous demandiez ? Non ; une fois encore, l'Eglise seule vous offre ces consolations ; elle vous les offre dans sa doctrine, dans la promesse des célestes récompenses, dans les exemples des Saints, dans l'amour de Jésus-Christ dont elle seule possède le foyer ardent. Elle vous les offre dans ce tribunal de la pénitence et de la miséricorde où votre cœur s'ouvre dans des confidences sacrées et inviolables, où le prêtre qui vous entend a la vocation et la mission de bénir, de pardonner et de consoler. Elle vous les offre dans ce tabernacle auguste où le Sauveur vous attend pour vous révéler, comme à, la Samaritaine, « le don do
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Dieu. ' » Elle vous les offre enfin à cette table bénie où Dieu se donne à vous comme le pain de votre pèlerinage douloureux, dans le banquet des Anges qui est le prélude des joies du ciel.
J'ai parlé du ciel et il est temps d'élever nos regards et de contempler la douleur dans l'Eglise triomphante de l'éternité.
Mais ici vous m'arrêtez. Quoi ! me direz-vous, la douleur peut-elle pénétrer dans la cité du bonheur ? Les Saintes-Ecritures ne nous enseignentelles pas qu'au-delà de cet exil il n'y a plus de gémissements, plus de souffrances et de larmes ? « Xeque liictus. neque clamor, neque dolor erit ultra - »
Oui, cela est vrai, au ciel la douleur sera transformée dans la joie des récompenses ; ce