‹ La Troisime béatitudeChapitre 17 sur 91 · Joan., IV, lu · texte numérisé non relu

Joan., IV, lu

î. Apoc, XXI, 4.

ou TROISIÈME CONFÉHENCE

sera l'ineffable, l'éternelle consolation, mais ces joies et ces consolations répondront exactement au degré des épreuves, des souffrances, et des combats. Nous pouvons dire que la douleur peuple le ciel et qu'elle développe et agrandit la béatitude des élus.

Toutes les douleurs de la terre auront leur récompense : impuissance de l'intelligence qui n'arrive ici-bas qu'à des rayons épars, qu'à des clartés confuses ou douteuses et qui dans le ciel se prolongera dans la lumière incréée et qui verra Dieu face à face; regrets douloureux de la science arrêtée à chaque pas par d'infranchissables barrières et qui voit devant elle, en raison de ses progrès eux-mêmes et de ses conquêtes, les ténèbres devenir plus épaisses, et la nuit de l'inconnu plus profonde, tandis que dans le ciel, l'âme de l'ignorant qui aura le plus souffert et le plus aimé ira éternellement de clartés en clartés. Au ciel, nos regards pénétreront dans les abîmes des mys-

tères qui déconcertent notre raison et jusque dans les profondeurs de la vie de Dieu ; ils découvriront dans notre propre vie, dans le mouvement des peuples, dans les luttes de l'Eglise, les desseins aujourd'hui cachés de la Providence. Alors, nous verrons ce qu3 nous aurons cru, nous posséderons ce que nous aurons espéré, et plus notre foi aura été docile, plus notre espérance aura été assurée, plus la lumière sera étincelante et plus nous serons rassasiés dans les apparitions de la gloire divine. « Satiabor cùm apparuerit gloria tua * . »

Les douleurs du cœur sont les plus déchirantes et ses insatiables désirs torturent plus cruellement ici-bas les âmes les plus généreuses.

Sur cette terre, nos découragements renaissent toujours; les défaillances de notre volonté, les terreurs de la justice de Dieu nous poursuivent sans cesse : au ciel nous aurons la sécurité de la^

.. Psalm., XVI, 15.

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possession, la puissance d'un cœur fixé à jamais par les contemplations du bien suprême et l'éternité d'un amour sans partage. Ici-bas, tôt ou tard, les incertitudes et la faiblesse des affections les plus saintes et les séparations déchirantes ; làhaut, l'union éternelle avec tous ceux que nous aurons aimés pour Dieu et en Dieu.

Ici, l'impuissance à traduire par la parole nos sentiments et nos aspirations ; là-haut, le langage des Séraphins sur des lèvres purifiées.

Ici, les tristesses, les larmes, les sanglots ; làhaut, les ravissements de l'extase et les cantiques que les élus redisent toujours sans se répéter jamais.

Ici, la servitude de ce corps de mort qui opprime lame et souvent l'avilit ; au ciel, après la résurrection, le corps partagera les joies et la gloire de notre âme et pour lui aussi la récon.pense sera proportionnée à l'épreuve. Oh! alors, les plaies des martyrs seront resplendissantes, les

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membres affaiblis par les mortifications ou les travaux de l'apostolat apparaîtront glorieux et les haillons du pauvre jetteront d'éternelles clartés. Les coeurs vides et les âmes désolées seront abreuvés au torrent de délices qui s'échappe du sein de Dieu : « Torrente voluptatis tuse potabis eos ' », et les larmes versées sur cette terre s'ajouteront à ce fleuve de la béatitude qui réjouit la cité de Dieu : « Fluminis impetus lœtificat civitatem Dei e. »

Ce ne seront plus des joies passagères et troublées, mais des joies éternelles. Les générations passeront, et les siècles succéderont aux siècles et notre félicité commencera toujours.

0 mon Dieu, puisqu'il en est ainsi, nous voulons souffrir parce que nous voulons les joies célestes, parce que nous voulons l'océan sans rivages d'un bonheur éternel !

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