Uant.. VIII
nuits est sous ses pieds, elle porte au front une couronne d'étoiles, elle est revêtue du soleil comme d'un vêtement, « Millier amicta sole, et luna suh pedibus ejus. et in capite ejus corona stellarum duodecim*. ?>
Mais recueillons dans l'émotion de nos âmes ces grands enseignements. TTne fois encore, la douleur est partout. Peut-être en franchissant le seuil de cette enceinte vous retrouverez les luttes et les épreuves qui désolent votre vie. Je vous en supplie, quelles que soient vos douleurs, ne perdez jamais le courage et l'espérance. Allez à Marie, faites monter vers elle une prière qui est toujours exaucée. Regardez Marie à Bethléem, à Nazareth et au Calvaire ; approchez de son cœur vos cœurs brisés par la souffrance ; demandez-lui la patience, la force, les divines consolations. Un jour, votre protectrice toute-puissante vous
t. Apoc, XII, 12.
accueillera au seuil de la Jérusalem céleste ; et, dans le ravissement de votre félicité, dans la contemplation de la gloire, de la puissance et du triomphe de votre Mère, vous redirez : « Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. «
tp-
Pfj^ ''TJ ''t' 't^ «^V «^V •'^-Z •^^.•" PT *" >*^)
r«£^ «ï «Si«S^«S>4E' «C> «C
Les efTets <lii découragement
Mesdames,
L est une douleur qui éclaire, qui fortifie, qui transforme les cœurs et leur donne la félicité, une douleur qui fait les Saints, qui est la puissance, la gloire et la grandeur divines de l'Eglise catholique, une douleur qui peuple le ciel et que Dieu lui même a demandée aux ténèbres et aux combats de cette terre, aux faiblesses et aux infirmités de notre nature.
Cet la douleur que nous avons étudiée jusqu'à ce jour.
Mais il est une autre douleur qui est un prin-
cipe de décadence et de ruine, une source féconde de péchés et qui peut conduire aux abîmes du désespoir ; elle se nomme le découragement. Je vous l'affirme, je ne connais pas un ennemi plus perfide des âmes, une maladie morale plus désastreuse et plus universelle. Le découragement, nous le rencontrons partout comme le grand, l'éternel obstacle à l'efficacité de notre ministère, comme une preuve qui semble défier l'énergie des plus généreuses natures et les grâces les plus abondantes de Dieu.
Vous êtes nombreuses dans cette enceinte et j'en bénis Dieu puisque le sujet que je traite est éminemment pratique, j'en bénis Dieu parce qu'un auditoire sympathique soutient et inspire l'orateur.
Eh bien ! j'affirme sans hésitation qu'il n'en est pas une seule parmi vous qui n'ait subi la funeste influence du découragement. J'affirme que plusieurs à cette heure sont atteintes do cette maladie de l'âme qui fait tant de
victimes. J'ai pitié de ceux qui souffrent et qui pleurent, des cœurs brisés par les revers, par les séparations déchirantes ; mais en présence de cette douleur qui tend à ravir à toutes les autres douleurs leurs consolations, leurs espérances, leurs mérites et leurs récompenses, en présence de cette douleur qui envenime toutes les plaies et qui agrandit les blessures les plus cruelles, je me sens plus ému encore.
Je voudrais aujourd'hui vous montrer les effets désastreux du découragement et reprendre en sens inverse la démonstration que je vous ai donnée des révélations, de la puissance, des transfigurations et de la félicité de la douleur. Cette démonstration, je la demanderai encore à vos âmes, à vos cœurs, à l'histoire intime de votre vie.
Et d'abord. Mesdames, j'oppose aux révélations de la douleur les ténèbres du découragement.
Ilv2 SIXIÈME CONFÉRENCE
Lorsque vous êtes les victimes du découragement, que savez-vous de vous-mêmes ? Ne vous semble-t-il pas que votre foi disparaît et s'éteint, que les plus hauts, les plus admirables enseignements de l'Evangile s'obscurcissent et que vous ne connaissez pas le chemin du ciel. Sans doute vous n'avez pas perdu la foi, mais elle n'a plus la même puissance ; elle n'est plus la lumière et l'inspiration de votre vie. Autrefois, aucune des luttes de l'Eglise ne vous laissait indifférentes, aucune de ses défaites ne pouvait ébranler votre confiance invincible dans les promesses qui lui viennent de Dieu. Vous preniez part à ses combats par l'ardeur de vos prières, par les mérites de vos actions, par votre concours actif et généreux donné aux œuvres catholiques. Mais dès le jour où le découragement vous a vaincues. à peine avezvous donné un regard distrait aux souffrances et aux luttes de l'Eglise que vous avez tant aimée, aux grandes causes chrétiennes.
Vous ne rencontrez que ténèbres dans votre conscience elle-même. Elle est ce qu'elle était hier ; c'est à peine si quelques fautes légères vous ont échappé, et pourtant aujourd'hui vous êtes découragées. Les péchés se multiplient et grandissent devant votre regard troublé, les moindres imperfections qui échappent aux meilleures natures et aux volontés les plus énergiques, vous paraissent des crimes. Vos confessions passées vous frappent de terreur. Vous ne pouvez vous persuader que Dieu vous ait pardonné, que votre contrition soit sincère, que l'accusation de vos fautes ait été assez complète. La sainte Eucharistie elle-même, ces communications intimes avec Dieu qui autrefois vous remplissaient de joie sont devenues pour vous un sujet d'indicible épouvante. Une autorité qui pendant longtemps vous a inspiré la plus complète confiance et que vous ne contestez pas combat une à une toutes ces erreurs funestes, elle porte avec une patience infatigable dans tous les
replis de votre âme la lumière d'une saine doctrine, elle en appelle à votre raison, à votre reconnaissance envers Dieu. Mais vous n'entendezplus. vous ne voyez plus, vous vous soumettez en gémissant ; les ténèbres du découragement se dissipent un instant pour revenir bientôt plus épaisses et plus sombres et vous laisser sans espoir.
Et alors, Mesdames, que savez-vous de votre propre cœur ? Vous dites que vous n'aimez plus Dieu, et pourtant la pensée de l'avoir offensé vous désole, et l'appréhension de perdre son amour, de ne pas le servir comme il le désire vous jette dans le désespoir ! Vous dites que vous êtes incapables de dévouement et chaque jour vous vous donnez vous-mêmes dans des sacrifices dont Dieu seul connaît tout le prix. Si au moment où vous franchirez le seuil de cette enceinte je vous disais : voici une famille désolée qui attend des consolations, voici des pauvres de Jésus-Christ à nourrir et à vêtir. 11 ne a'agit pas seulement de donner
votre or. mais il faut donner votre cœur dans des paroles de consolation et dans des œuvres de dévouement. Ah ! Mesdames, je l'affirme, vous n'hésiteriez pas, toutes vous iriez là où Dieu et la charité vous appelleraient, et si un obstacle se rencontrait sur ce chemin, ce serait l'obstacle de vos hésitations, de vos doutes, de vos terreurs, ce serait l'obstacle de votre découragement.
Vous ne connaissez plus, Mesdames, les grands trésors qui sont en votre pouvoir, le prix divin de vos œuvres, les mérites admirables peut-être de votre vie. Je vous ai dit les mérites et la puissance de vos douleurs et de vos larmes. Vous ne comprenez pas que là où vous êtes, là, près de vous et en vous, là. sous ce toit qui vous abrite, là, auprès de ce foyer attristé, là et nulle part ailleurs, est pour vous la perfection suprême, l'idéal de la vertu dans l'accomplissement courageux et généreux de vos devoirs.
Vous les voyiez autrefois sans ombre ces hautes
et consolantes vérités, maintenant toutes les lumières se sont éteintes et vous êtes accablées et brisées sous une croix dont vous ne savez plus les mérites et la gloire.
Ah ! je vous plains, mais que puis-je faire pour vous éclairer et vous sauver, sinon vous dire avec un accent que je voudrais faire pénétrer jusq'uà votre cœur : Je vous en supplie, bannissez les ténèbres du découragement, oui, bannissez les ténèbres du découragement : car bientôt elles ne laisseront plus arriver à votre âme un seul rayon de lumière. Bientôt vous ne verrez plus que le péché dans l'accomplissement fidèle de vos devoirs, et dans les œuvres les plus saintes, vous ne trouverez plus que des sujets de terreur et de désespoir.
Qu'allez-vous devenir ?
Voyez, Mesdames, ce voyageur qui gravit les hauteurs des Alpes ; ses forces ne sont pas épuisées ; il pourrait, avec les ressources que donnent l'énergie et l'espérance, arriver au seuil du mo-
nastère dont les cloîtres hospitaliers couronnent ces hautes cimes ; mais le découragement l'a saisi. C'est en vain qu'une voix amie l'exhorte à poursuivre son chemin, qu'une main fidèle se tend vers lui et le soutient ; désespéré et vaincu il s'asseoit sur la neige amoncelée par l'orage. Un froid glacial pénètre ses membres, les ombres montent peu à peu du sein des vallées profondes, et les derniers rayons du soleil couchant font étinceler les sommets les plus élevés. Bientôt ces derniers reflets s'effacent dans la nuit, la tempête mugit avec fureur ; le voyageur est toujours immobile. Toutes les sollicitations sont impuissantes contre son désespoir, Les ténèbres l'environnent, le froid gagne le cœur, sa tète se trouble ; il s'abandonne, dans une agonie affreuse, à une mort inévitable.
Ah ! Mesdames, combien d'âmes sur les chemins de la vie chrétienne, s'arrêtent ainsi accablées et vaincues par le découragement. Nous demandons à notre cœur, à notre intelligence, à
toutes les forces divines de notre ministère, aux inspirations d'un intérêt qui grandit avec le danger et la résistance, des accents qui puissent fortifier ces âmes, les soutenir et les guider jusqu'à l'asile assuré qui les attend. Mais les ombres montent peu à peu des vallées de cette terre, les ardeurs de la charité s'éteignent, le froid de la terreur gagne le cœur, les derniers rayons de la grâce qui se retire font étinceler encore les cimes les plus élevées de leur vie; peu à peu, tout s'efface dans la nuit la plus froide et la plus sombre.
Vous ne savez rien de vous-mêmes, de votre intelligence, de votre âme, de votre cœur, de votre vie, et que savez-vous de Dieu ? Vous ne connaissez pas Dieu, vous l'outragez. Vous ne connaissez pas sa bonté, sa sagesse, sa justice. Vous niez cette Providence qui revêt les fleurs de leur parure, et qui nourrit les petits oiseaux, cette Providence dont le regard s'arrête sur le roseau qui plie au vent du soir, comme sur l'astre qui brille dans les profondeurs dii ciel.
Dieu, VOUS ne le voyez plus. Vous l'avez vu autrefois dans la beauté de îa nature, dans les œuvres qui proclament sa puissance et qui chantent sa gloire. Vous l'avez contemplé dans les visions de votre innocence ^ , dans les fruits bénis de votre charité, dans les rêves purs et enthousiastes de votre jeunesse.
Vous l'avez vu dans les événements heureux ou malheureux de votre vie. Dans la prospérité ou l'épreuve, vous reconnaissiez la main de sa miséricorde, et dans les plus cruelles douleurs, il ne vous fallait qu'un élan de votre cœur pour monter vers lui sur les ailes de la prière.
Vous l'avez vu à travers les voiles de l'Eucharistie.
Maintenant vous ne le voyez plus ; vous le cherchez et vous ne le trouvez pas, ou plutôt vous
1. Beali mundo corda quoniam Ipsi Deiim videbiint (Matth., V, 8.)
170 SIXIÈME CONFÉnENCE
ne le cherchez même pas ; vous le croyez perdu pour toujours. Et pourtant il est près de vous, il est dans votre cœur, il vous parle et vous ne l'entendez pas. Vous faites de Dieu un maitre cruel. un tyran sans entrailles.
Que savez-vous, ô âmes découragées, que savez-vous de l'Evangile ? Avez-vous lu l'Evangile ou bien en conservez-vous le souvenir ? Etes-vous maintenant capables de le comprendre ? Avez-vous l'intelligence des Béatitudes évangéliques qui résument dans leur doctrine la morale sublime du Sauveur : « Bienheureux les pauvres d'esprit ; bienheureux ceux qui sont doux ; bienheureux ceux qui pleurent ; bienheureux ceux qui souffrent. » Vous le voyez, le bonheur est promis au sacrifice, à la fidélité courageuse, et le bonheur vous ne le connaissez plus. Connaissez-vous encore Jésus-Christ, connaissez-vous son amour ? Le voyez-vous encore bénissant les petits enfants, relevant dans la gloire et les préférences de son
amour, les âmes tombées, et sur la croix, le cœur abreuvé d'outrages, le corps brisé dans les supplices et épuisé dans l'agonie, promettant le ciel au larron repentant et priant pour ses bourreaux.
Vous ne voyez même plus le ciel et vous désespérez de votre salut. L'espérance du ciel est la seule espérance puissante de cette terre, et vous l'avez perdue. L'espérance du ciel est la force des Martyrs, la force des Vierges qui suivent l'Agneau triomphant dans la gloire, elle est l'inspiration des Docteurs qui ont redit ici-bas les beautés de la Jérusalem éternelle. Elle est la consolation des cœurs brisés, la consolation dans ces luttes qui nous attristent et qui menacent sans cesse la pureté de nos âmes. Vous n'osez plus lever vos regards vers le ciel. La révélation de vos destinées immortelles disparait comme toutes les autres lumières divines dans les ténèbres du découragement.
Du moins, le découragement vous laissera-t-il la force ? Non, non. Il est la source des plus lamentables faiblesses.
Je ne connais pas de plus grande faiblesse que celle d'une âme découragée. Où peut-elle en effet puiser la force ? En Dieu ? Mais elle est persuadée que Dieu l'a abandonnée ! En elle-même? mais elle ne croit pas à sa bonne volonté, elle ne fait plus un seul pas sans trembler, et le découragement détruit une à une toutes ses vertus. D'ailleurs, quelle force trouvons-nous en nous-mêmes, que pouvons-nous sans les secours divins pour accomplir nos devoirs et atteindre nos destinées surnaturelles ? Or, ces secours, le découragement les repousse ou les rend stériles. A ces heures sombres, où plus que jamais votre âme réclame une parole qui vous console et vous fortifie, la confidence de vos luttes, de vos craintes, serait un puissant remède à vos tristesses ; la grâce de l'absolution achèverait de vous donner la paix. Mais vous
fuyez le tribunal de la miséricorde et du pardon, ou si vous en approchez, vous y apportez les anxiétés de votre âme troublée, et elles enlèvent aux secours les plus abondants leur efficacité surnaturelle. La sainte Eucharistie, le corps et le sang de Jésus-Christ reçus avec confiance et avec amour, vous rendraient la sécurité et la paix ; mais vous venez à cette table divine, à ce banquet des Anges, comme des esclaves courbés, anéantis par la terreur. Qui pourra vous rassurer et relever votre courage si l'Eucharistie ne vous rassure pas?
La prière qui était votre joie, votre lumière, devient un tourment. Vous la croyez inutile, coupable même, si vous n'éprouvez pas les élans de la ferveur. Comme si la piété se mesurait à des sentiments et à des impressions qui ne dépendent pas de notre volonté ! Comme si la prière faite malgré les préoccupations, les distractions inévitables, n'était pas plus méritoire et plus puissante !
Ainsi se tarissent pour vous toutes les sources
17 i SIXIÈME CONFÉRENCE
de la grâce ; ainsi sont écartés tous les secours divins ; ainsi de plus en plus votre âme s'aiïaiblit; et les forces qui lui restent encore, elle les perdra dans des luttes stériles et funestes contre des ombres que crée votre imagination égarée.
Aussi ne demandez plus à cette chrétienne autrefois si vaillante, de porter sa croix sans faiblir. Elle allait, le cœur toujours fort, le front toujours serein, accomplir modestement, héroïquement les plus grands devoirs, les plus douloureux sacrifices, et maintenant il ne lui reste que deux voies à prendre, et toutes les deux sont funestes . Lassée de ce joug de la piété qui l'écrase, elle le rejettera peut-être, et elle retournera aux joies mondaines qui la sollicitent, et au sein desquelles elle ne trouvera que le vide et des amertumes sans nom, ou bien elle se courbera sous ce joug de fer. Mais son âme irritée, son cœur bouleversé, enchaîné par des liens qui se resserreront toujours, ne répandra plus autour d'elle que
la tristesse, l'ennui, la désolation. Autrefois, elle attirait à Dieu par la douceur et le charme de sa piété, par les grands exemples de sa vie ; maintenant elle est contre la foi une objection vivante.
Par une conséquence inévitable, elle n'a plus la puissance de préservation que donne la douleur courageusement acceptée. Le découragement ne peut ni la préserver, ni la diriger, ni la soutenir ; il l'égaré, ill'afïaiblit, il la pousse àl'abime. Elle n"a plus la puissance d'expiation. Sans doute, les trésors de l'expiation sont encore dans ses mains, mais elle ne sait plus s'en servir et les offrir à Dieu. Ses prières si pénibles et pourtant si persévérantes dans le découragement suffiraient à éteindre pour elle les flammes du purgatoire, si elle voulait les offrir comme une œuvre de pénitence.
Pour expier, il faut souffrir avec résignation ; et comment demander la résignation à une âme qui n'a plus d'espérance ?
176 SlXIÈNfE CONFÉRENCE
Possédez-vous la puissance rédemptrice que nous avons admirée dans la douleur acceptée comme une immolation pour racheter et sauver ceux que vous aimez ? Avez-vous ces larmes qui purifient les coeurs et leur rendent leur première innocence, ces accents, ces cris irrésistibles de l'affection maternelle qui vont jusqu'à Dieu et obtiennent des torrents de grâces ? Où est ce sang du cœur dont parle saint Augustin, et que sa mère, pendant dix-sept années d'épreuves, offrait à Dieu pour le sauver ?
Ne l'oubliez pas, Mesdames, toutes vous avez des âmes à racheter, des intelligences à ramener à Dieu, ou à affermir dans la foi. Pour être puissantes sur ces âmes, il faut que vous soyez aimées ; il faut que votre époux et vos enfants soient heureux auprès de vous ; il faut qu'ils vous accordent une confiance sans bornes et qu'ils aient pour vous de l'admiration et de la vénération. Alors, quels que soient les orages des passions, l'obstina-
tion des préjugés, les défaillances du cœur, tôt ou tard la victoire vous appartiendra, parce que vous leur aurez présenté chaque jour dans votre vie, la plus belle, la plus éloquente, la plus irrésistible démonstration de la divinité de la foi chrétienne. Même quand vous ne serez plus, votre souvenir, le souvenir de votre piété si douce, de votre infatigable dévouement, de votre inaltérable bonté, perpétuera cette puissance de rédemption et de salut.
Mais est-il besoin de le dire, le découragement qui a pour compagnes la tristesse, les plaintes, les impatiences multipliées, le découragement détruit cette puissance vraiment admirable qui serait votre joie et votre gloire.
Pour contempler ces vérités dans une plus complète évidence, demandons-nous si le découra-
gement opère les transfigurations qui sont dues à la douleur. Peut-il transfigurer les âmes dans les vertus chrétiennes, et d'abord dans l'humilité ? Entre l'humilité et le découragement, il y a un abîme. Le cœur humble connaît sa faiblesse, mais il va à Dieu avec confiance ; le cœur découragé exagère ses défauts, sa faiblesse, et n'approche de Dieu qu'en tremblant. Le cœur humble puise dans le souvenir de ses fautes une impulsion forte, salutaire, qui le fait marcher vers les hauteurs de la perfection, et qui ajoute aux ardeurs de son amour. Le cœur découragé s'arrête, recule, et quelquefois redescend rapidement des sommets qu'il avait gravis.
Le cœur humble se soumet avec une obéissance sans limites, il s'incline devant les décisions qui lui sont données, il sait que l'obéissance ne peut jamais l'égarer. Le cœur découragé discute, résiste, discute encore, et trouve des prétextes pour transiger avec les ordres les plus pressants.
Il ne soupçonne pas qu'il est la victime de l'amourpropre et d'un attachement coupable, aveugle, à ses propres pensées.
Le découragement peut-il vous transfigurer dans la douceur ?
Ah ! Mesdames, une triste expérience vous répond. Quand vous étiez confiantes, quand vous parliez à Dieu comme à un père, quand vous le receviez dans votre poitrine émue de tressaillements que nulle parole ne peut exprimer, vous reveniez douces, résignées, patientes, souriantes à vos devoirs même les plus douloureux. et vous répandiez autour de vous, avec les joies pures et saintes, les parfums de la divine charité. Mais aujourd'hui, vous êtes découragées ; tout vous fatigue et vous importune ; les moindres épreuves, les moindres difficultés vous paraissent des malheurs irréparables ; votre âme se tourne et se retourne sur elle-même dans ses luttes douloureuses. Les actes d'impatience se multiplient et ils ajoutent à votre tristesse et à votre irritation.
^«^^^*»*V^^^^fcr^>« • <
La charité résistera-t-elle à cette funeste influence ? Attristées, irritées, blessées, vous ne saurez ni pardonner une faute, ni surmonter vos antipathies. Les causes même qui vous étaient chères vous deviendront importunes, et par une illusion qui parait étrange, mais qui pourtant existe, il vous semblera que votre concours donné aux œuvres de la charité est devenu pour vous une source de péchés ?
Encore, Mesdames, si vous trouviez dans ces voies funestes un peu de bonheur ! Mais non. Le bonheur est-il possible pour les âmes qui ne conservent plus une lueur d'espérance et dont les amertumes et les angoisses renaissent toujours ? Ah ! je comprends lajoie des âmes saintes, brisées, broyées dans la douleur, car elles sont consolées, fortifiées par la plus céleste espérance. Je comprends une âme embrasée par l'amour de Jésus-Christ et par le désir du ciel, faisant entendre ces accents surhumains : « Ou souffrir ou mourir ! Seigneur, «ouifrir et être méprisé pour vous ! »
Le cœur de l'homme ne peut se passer de consolation ; si elle ne lui est pas donnée, il se brise sous l'efïort de la douleur. Mais vous, âmes découragées, vous n'avez plus de consolation, votre vie est un supplice, et si vous n"avez ni les joies passagères de ce monde, ni les consolations de la piété, ni les espérances de la patrie céleste, votre cœur se brisera dans de cruelles et inutiles tortures.
Mais je me hâte : je voudrais vous montrer la tentation du découragement dans les Saints, Les Saints ne sont pas exempts des faiblesses et des épreuves de notre nature et des tentations de cette terre d'exil ; il n'en est pas un seul qui n'ait subi les atteintes du découragement. Mais s'ils subissent dans une certaine mesure les effets decelte redoutable épreuve, ils savent lui résister. S'ils sont attristés, désolés, s'ils paraissent parfois
accablés et vaincus, ils se relèvent avec courage et ils obtiennent la victoire. Leur exemple a ainsi pour nous un double et précieux enseignement.
Tôt ou tard, Dieu semble s'éloigner des âmes qu'il a appelées à lui dans les joies de son amour, il parait les abandonner dans les ténèbres ; c'est l'heure où le Disciple bien-aimé après les faveurs et les familiarités de la dernière Cène, doit gravir les pentes du Calvaire.
Voyez saint Paul que j'aime à vous citer. Mesdames, car je ne connais pas dans toute l'histoire de l'Eglise, une âme plus belle, plus vaillante, plus généreuse que celle de l'Apôtre des nations, voyez saint Paul, ou plutôt entendez-le : il parle de ses luttes, de ses déchirements, de ses angoisses, de ses terreurs intimes. Il a bravé les cachots et la mort, la fureur des hommes et la fureur des flots, il a parcouru le monde, faisant resplendir à travers les ténèbres de l'erreur les éclairs qui jaillissent de son cœur et de sa parole ;
il est redescendu des hauteurs du ciel et il s'écrie : « Qui me délivrera de ce corps de mort? Je reçois « les souftlets de Satan. Je sens en moi la loi du « péché, je ne fais pas le bien que je veux, je fais <i le mal que je ne veux pas*. »
Et le grand Apôtre sera vainqueur ; au terme de son apostolat, il entonnera le cantique de la victoire : « J'ai combattu le bon combat, j'ai « conservé la foi. j'ai consommé ma course etj'at- « tends la couronne de justice, que me donnera « le juste juge et qu'il donnera aussi à tous ceux a qui l'aiment-. »
C'est saint François de Sales, poursuivi par une tentation de désespoir qui met ses jours en