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L.eA causes du découragement

Mesdames.

^PRÈs la douleur qui agrandit, qui élève, qui ennoblit, qui fortifie le cœur de l'homme, nous avons considéré la douleur qui l'abaisse, qui l'affaiblit, qui le livre comme un vaincu à ses ennemis.

Le découragement, nous l'avons démontré, est une source de ténèbres, d'impuissance, un poison qui envenime toutes vos blessures, une maladie de l'âme qui détruit toutes vos forces et vous pousse vers les abimes. Aujourd'hui, nous étu-

(lierons le découragement dans ses causes. Il faut remonter jusqu'à l'origine de nos maux pour les détruire. Les maladies de l'âme, comme celles du corps, doivent être combattues dans leur origine et dans leurs principes. Les remèdes qui ne sont pas proportionnés à ces principes ne sauraient être efficaces, et ils peuvent être funestes.

La mélancolie qui devient comme le fond de votre nature, qui transforme votre caractère, qui domine votre âme et votre vie, est une des causes les plus puissantes du découragement. Elle est une des grandes maladies des âmes à notre époque. Nous sommes plus que nos pères en proie à ce mal secret, à des aspirations sans terme qui agitent, qui torturent notre jeunesse et qui jettent uneteinte sombre sur notre vie tout entière.

Nos regards qui plongent dans l'avenir n'aper-

goivenl que des horizons sombres. La philosophie comme la poésie de ce temps porte Tempreinte d'une profonde tristesse.

L'éclat du plus beau jour nous parait voile et les fêtes elles-mêmes laissent dans nos cœurs des amertumes que d'autres générations n'avaient pas connues. On dirait que les tempêtes qui ont passé sur nous ont laissé dans tous les coeurs je ne sais quels pressentiments douloureux. Déjà à son aurore, la vie nous apparaît décolorée, et, mystère plus étonnant encore, nous rêvons le malheur, comme autrefois on rêvait le plaisir et la joie.

Je ne contesterai pas le côté grand et élevé de cette tendance contemporaine. Elle nous révèle dans les cœurs des abimes plus profonds que rien de périssable ne peut combler, des aspirations plus ardentes vers un liien suprême, éternel, infini. Mais, il faut Tavouer, elle est une source de tristesse, de dcLOuraiicmcnt et de faiblesse. Les

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âmes qui se bercent dans des rêves, qui pleurent sur des malheurs sans réalité, manquent de la virilité qui seule produit des grandes œuvres.

Les âmes douées d'une sensibilité plus vive sont, plus que toutes les autres, exposées à ces épreuves.

Oh ! je le sais, elles ont des élans admirables, des désirs héroïques, des accents d'amour qui ravissent le cœur de Dieu ; mais elles ont aussi, sous le poids du malheur ou tout à coup sans motif réel, ou même sans causes apparentes, des retours désespérés et des chutes profondes. Après avoir marché longtemps d'un pas rapide vers les plus hauts sommets de la vie chrétienne, tout à coup, sous la domination de leur imagination troublée, de leurs affections froissées, elles s'arrêtent, puis elles reculent comme le voyageur épouvanté par de sombres visions. Toutes les natures généreuses sont douées de cette sensibilité vive : vous. Mesdames, vous avez ce don dans une

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telle mesure, qu'il devient un véritable péril. Pas un souffle qui passe, pas un nuage qui monte à l'horizon, dont vous ne subissiez l'influence. Une critique, une résistance, une déception vous abattent; mais aussi une parole convaincue, sympathique, un témoignage d'intérêt, un accent qui vient du cœur vous relèvent, vous fortifient, vous transforment et vous donnent une puissante impulsion. C'est pourquoi, Mesdames, votre nature plus impressionnable, vos cœurs plus ardents, vous exposent plus que tous ceux qui vous entourent aux ténèbres et aux angoisses du découragement.

Au-delà de la mélancolie et de cette sensibilité, de cette impressionnabilité, il y a une cause plus funeste encore et qui vient souvent des deux premières, c'est la tristesse.

La mélancolie et la sensibilité sont plutôt des tendances, des dispositions qui ont leurs périls ; la tristesse est un état de l'âme ; à tous égards elle est un malheur.

La tristesse conduit infailliblement au découragement ; le découragement développe la tristesse, et ainsi, l'âme qui dès les premiers jours n'a pas lutté énergiquement contre le mal qui l'envahit, tourne dans un cercle fatal doù elle ne peut sortir. Elle va d'un écueil à un autre écueil, d'une vision sombre à une vision plus sombre encore, d'un désespoir à un autre désespoir ; elle accumule les souvenirs pénibles et les appréhensions de malheurs qui peut-être n'existeront jamais. Elle devrait lever son regard vers le ciel ; elle devrait chercher dans les pensées de la foi. dans les rayons de l'espérance, dans les secours que lui présente la tendresse maternelle de l'Eglise, la force et la consolation ; mais non, elle s'enveloppe dans la tristesse comme dans un linceul.

Le découragement est son compagnon fidèle ; elle ne trouve partout que des motifs de trouble et de terreur. Pour lui inspirer confiance et courage,

il faudrait arriver jusqu'à l'intelligence égarée, mais il y a un obstacle qui paralyse tous les efforts, qui repousse tous les remèdes, il y a un voile qui l'empêche de voir ; ce voile sombre, c'est la tristesse. Et, phénomène étrange, mais incontestable, bien des âmes, après avoir souffert longtemps de ce mal, s'habituent à leurs angoisses. Elles s'enfoncent de plus en plus dans cette prison du désespoir, elles descendent plus bas encore dans cet abîme de ténèbres. Elles repoussent avec irritation les conseils et les consolations, comme le prisonnier qui ferait murer son cachot et refuserait d'y lais.ser pénétrer les rayons du jour.

Mystère plus étonnant encore ! la tristesse a ses séductions. Cette âme qui se désole, qui déplore ses malheurs, qui laisse échapper sans cesse des plaintes amères, elle aime sa tristesse, j'allais dire qu'elle aime son malheur ! Si tout ;\ coup vous pouviez détruire jusqu'à la cause

la plus légère des maux qui l'affligent, elle se

prendrait à les regretter, elle les chercherait, commeun malade qui, habitué à samaladie. habitué aux soins dont il est entouré, subirait je ne sais quelle déception, quand la convalescence arrive et que la santé va lui être rendue. Dans cette situation morale, quelle n'est pas la puissance du découragement ? quel lourd fardeau il fait peser sur l'intelligence et le cœur !

Regardez, INIesdames. regardez avec attention cette âme attristée, cette âme qui est la vôtre ; voyez comme elle s'agite, comme elle souffre ; mais ce n'est pas tout encore.

Elle crée autour d'elle d'autres tristesses. Elle s'irrite contre elle-même et contre tout ce qui l'environne, elle ne voit que des sujets de désolation. Elle accumule tous les souvenirs attristés du passé, elle contemple dans l'avenir tous les malheurs possibles pour les rassembler tous en un seul fardeau qui l'épouvante et qui l'écrase.

Cette irritation elle-même et ces fautes sont de

nouvelles sources de désolation ; ainsi les péchés se multiplient, les forces morales diminuent, et le caractère, autrefois bienveillant, indulgent, devient d'une rigueur qui désespère, d'une susceptibilité qui ne peut supporter les moindres contradictions.

Cette femme qui s'est fait une réputation de haute piété, qui s'approche souvent de la table sainte, ne s'aperçoit pas qu'elle est devenue pour ceux qui l'entourent un perpétuel supplice. Comme il est vrai et profond, ce mot des Livres Saints : « Ne livrez pas votre âme à la tristesse », et encore : « Repoussez loin de vous la tristesse, car elle en a tué un grand nombre et il n'y a en elle aucune utilité * » ?

Aussi, Mesdames, rien que les grands et saints directeurs des âmes recommandent avec plus d'instances que la confiance et la joie dans le ser-

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