Matt., VIII, i
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L'épreuve vous donne aussi l'amour de Dieu ou en développe les ardeurs et la puissance. Vous le savez bien, nous nous attachons par la soufirancc, et ceux que vous aimez le plus parmi vos enfants, ce sont ceux qui vous ont coûté le plus de sollicitudes, de veilles, de douleurs et de larmes. 11 en est ainsi de toutes les véritables et profondes affections et c'est là une première récompense du sacrifice.
L'absence aussi, Mesdames, la séparation qui tue les amitiés impuissantes et mensongères, fait jaillir du cœur généreux des ardeurs plus vives ; malgré l'espace et le temps, elle crée des liens que rien ne pourra plus briser.
Nous n'apprécions bien ceux que nous aimons que lorsque nous en sommes séparés, ou que la mort nous les a ravis. Quand nous les cherchons et que nous ne les trouvons plus, nous comprenons que notre vie a été partagée, notre existence ilétrie. Alors, avec une constance qui ne nous
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lasse pas, nous redisons leurs vertus, leur dévouement, tout ce qu'ils étaient pour nous et tout ce que nous avons perdu, et nous gémissons de ne les avoir point assez aimés. Et nous ne croyions pas les aimer autant. Ainsi, quand Jésus-Christ se retire et s'éloigne, tout paraît vous manquer avec lui. Il a voulu que vous appreniez ainsi qu'il est la source de vos joies, la lumière de vos yeux, la force de vos vertus, la respiration de votre âme et la vie de votre cœur. Maintenant vous le savez pour jamais.
Oh ! alors, comme vous comprenez le prix infini de sa présence, de sa grâce et de son amour !
Bientôt, quand il reviendra, quand tout à coup il vous apparaîtra, avec quel bonheur vous lui direz comme Madeleine : « O Maître, ô seul Maître, ô bon Maître, ô Maître aimé, ô Maître adoré, je sais maintenant qu'il n'y a pas d'autre félicité sur cette terre que celle de vous connaître^ de vous posséder, de vous aimer ! y
Enfin, cette épreuve est une source abondante de mérites. Vous croyez qu'au sein de ces ténèbres, dans cette tiédeur insurmuntable, dans ce dégoût universel des choses saintes, dans cette désolation si profonde, vous croyez que vos prières sont sans puissance, sans mérites, et que vos actions, que vos œuvres de piété ne comptent pas pour le ciel et qu'elles n'ont aucun prix aux regards de Dieu. Mais vous vous trompez. Vous vous trompez, car la ferveur cl la dévotion sensibles ne dépendent pas de vous, puisque Dieu vous les donne et vous les retire à son gré. Vous vous trompez, car les Saints, les plus grands Saints ont subi ces épreuves, même à l'heure où des miracles éclatants glorifiaient leurs vertus. Vous vous trompez, car le mérite grandit avec les obstacles surmontés et les difficultés vaincues. Jamais peut-être vous n'avez été plus près de Dieu par votre générosité et votre constance que dans les jours de ténèbres et d'angoisses.
Mesdames, si vous m'avez demandé un service qui m'était facile, une conversation qui m'était agréable, une démarche qui a été pour moi un délassement, vous me devez peu de reconnaissance. Mais si vous me demandez un vrai sacrifice, si, pour réaliser vos désirs, je fais des efforts généreux, je brave la fatigue, le froid et l'orage, les défaillances de ma santé et le découragement de mon âme, si, pour vous prouver mon dévouement, haletant, brisé, je me traine sur mes mains meurtries et sur mes genoux sanglants, est-ce que vous ne me devez rien ? Est-ce que mes répugnances, mes douleurs, mes angoisses ne me seraient pas comptées ? Ah ! j'interroge le bon sens, j'interroge la justice, j'interroge votre cœur, et la réponse que vous entendez, c'est la réponse du Cœur de Dieu à vos découragements et à vos désespoirs.
Quoi ! voici un homme qui peut jouir de la sécurité et du repos au milieu de ceux qu'il aime
et dont il est aimé ; mille liens rattachent à la vie, sa jeunesse, sa fortune, ses amis, son épouse, ses enfants, toutes les tendresses et toutes les espérances. Et tout à coup il se fait une lutte dans son cœur. Son pays est envahi par des hordes de barbares, broyé sous les pieds d'un ennemi sans entrailles. Il ne s'agit pas d'aller au triomphe età la gloire. La gloire a fui le drapeau de son pays. Il s'agit de combattre, de mourir.
Peut-être il n'avait jamais songé à porter les armes, et l'enivrement des batailles navait pour lui aucune séduction. Il se lève, il abandonne son bonheur et ses espérances, il va, calme et résigné, héroïque, dans la mêlée sanglante, il supporte la faim, il brave les indicibles angoisses du soldat qui assiste à ses défaites sans espoir. Il tombe au premier rang sous le feu de l'ennemi. Ceux qui le pleurent ne reconnaissent même pas son corps défiguré sur ce champ de carnage où la
mort a couché par milliers ses victimes. Et vous
croyez que les mérites de ce héros ne sont pas à la hauteur de ses sacrifices et de ses répugnances elles-mêmes ? Vous croyez que la patrie ne doit pas à ce serviteur désintéressé une reconnaissance éternelle ? Non, non, une fois encore, j'en appelle aux principes évidents de la justice, aux lumières du bon sens et aux protestations de tous les coeurs.
Les erreurs que j'appellerai doctrinales doivent être comptées parmi les causes les plus funestes du découragement. Aujourd'hui encore. Mesdames, nous subissons, dans une certaine mesure, l'influence du jansénisme qui. pendant plus d'un siècle, a dominé plus ou moins la théologie et par elle la prédication et la direction des âmes.
Vous vous trompez au sujet de vos tentations. Vous confondez la tentation, les sollicitatiows mauvaises avec le consentement et surtout vous
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confondez l'impression involontaire et inévitable avec l'adhésion libre et surtout complète de votre volonté. La tentation n'est pas le péché, pas plus que l'attaque ou le combat ne sont la défaite. Vous pouvez être tentées, subir des attaques violentes, être profondément impressionnées, sans être vaincues.
Tant que votre volonté résiste, tant que vous êtes bien décidées à ne pas offenser Dieu^la victoire est à vous. Bien plus : chacune de vos résistances, chacun de vos efforts vous obtient des grâces nouvelles et ajoute à l'éclat de votre couronne pour l'éternité. Mais la tentation, quand nous résistons avec vaillance, agrandit et multiplie nos mérites, elle nous unit plus intimement à Notre Seigneur Jésus-Christ.
Vous gémissez sur les tentations de distractions dans vos prières ; mais qui donc n'en a pas ? Qui donc ne porte pas malgré soi devant Dieu, dans le calme du sanctuaire, les préoccu-
pations douloureuses, la tristesse de son âme, les angoisses de sa vie ? Qui donc n'est pas condamné à contenir par la force de la volonté l'imagination qui s'égare et que sainte Thérèse appelait si bien la folle du logis ? Recueillez-vous, Mesdames, un instant, avant de commencer vos prières ; calmez-vous. Puis, si la pensée de ceux que vous aimez et qui sont loin de vous, de ceux qui souffrent, de ceux que vous avez perdus vous assiège, eh bien ! faites de l'obstacle un moyen : priez pour eux et ainsi votre prière deviendra plus fervente et la tentation sera vaincue.
Les tentations d'impatience ! Hélas ! il y a des caractères qui les subissent avec plus de force ; c'est pour certaines âmes le combat de toute leur vie. Mais ici encore ne confondez pas l'impression de votre sensibilité et le consentement que vous ne donnez pas ou que vous ne donnez pas complètement. Vous avez été peinées, dites-vous, vous avez senti clans votre âme les frémissements de la colè-
re et de l'indignation ; mais si vous vous êtes contenues, si vous avez, comme disait saint François de Sales, pris votre cœur à deux mains, croyez que vous n'avez pas offensé Dieu, ou que votre faute a été légère. Pour vaincre la colère il faudra du temps, des mois, des années, mais vous aurez dans cette lutte d'admirables mérites.
Mais voici la tentation de l'orgueil qui cherche à corrompre vos bonnes œuvres, qui, dans les jours de plus grande ferveur, vous inspire des pensées coupables et vous engage à vous attribuer vos œuvres et vos succès, à oublier que vous n'avez rien, que vous ne pouvez rien sans la grâce et la miséricorde de Dieu. — Oui, cet orgueil, il faut le combattre, mais surtout en le méprisant et en opposant à ses inspirations des intentions droites et pures. Offrez à Dieu vos actions et vos succès. Elevez-vous au-dessus de ces basses régions où l'amour-propre et la vanité habitent. Ecrasez l'orgueil comme un serpent qui viendrait atteindre
de son dard mortel les Heurs et les fruits de votre vie chrétienne.
Vous vous trompez sur la gravité de vos fautes. Si vous succomlDez à la tentation, vous croyez avoir commis des péchés mortels. Or, Mesdames, pour qu'un péché soit mortel, il faut que la matière soit grave, il faut de plus que l'attention et le consentement soient parfaits. Si une de ces conditions fait défaut, le péché est véniel. Sans doute, le péché véniel est un grand mal : c'est la révolte contre Dieu, c'est l'ingratitude qui méconnaît ses bienfaits, c'est une tache sur la blancheur de votre âme, et il faut éviter le moindre péché même au prix des plus grands sacrifices. Mais enfm le péché véniel n'est pas la mort de l'âme par la privation de la grâce sanctifiante et de l'amitié de Dieu. Dans l'appréciation des fautes, pour juger du degré de l'attention, de l'intelligence et du consentement de la volonté, il faut encore tenir compte de la violenccî de la tentation, de l'ardeur du
caractère, des circonstances difficiles, de l'entraînement des passions.
Ce qui vous trouble plus profondément, me direz-vous. c'est la crainte de n'avoir pas obtenu de Dieu le pardon de vos fautes. Vos confessions vous laissent parfois dans un profond découragement. Craignez-vous de n'avoir pas accusé tous vos péchés ? Je vous réponds : si Taccusation des péchés véniels est utile, l'accusation des péchés mortels que vous connaissez, après avoir examiné votre conscience, est seule nécessaire.
Mais vous ne savez pas si vous avez la contrition suffisante, et sur ce point rien ne peut vous rassurer. Cependant, la contrition ne consiste pas dans l'émotion de la sensibilité, dans l'intensité de la douleur. Le repentir peut être très sincère, très puissant, et la sensibilité parfaitement calme. Au contraire, la sensibilité peut être très exaltée et le repentir n'être qu'apparent et ne pas jaillir des profondeurs de ITime.
Pour VOUS rassurer, laissez-moi vous exposer en quelques mots la vraie doctrine théologique sur la contrition.
Il est une contrition que nous appelons imparfaite et qui consiste à détester nos péchés à cause de la honte du péché, par la crainte de la justice de Dieu et des châtiments qu'elle nous réserve, parce qu'elle nous fait perdre le ciel et mériter l'enfer. Cette contrition quoique imparfaite suffit à la rémission des péchés dans le sacrement de pénitence.
Il est une contrition parfaite, dont la perfection ne consiste pas, comme vous le croyez sans doute, dans l'ardeur, dans l'intensité de la douleur, mais bien dans le motif lui-même qui nous l'inspire. La contrition parfaite est la détestation du péché à cause du motif spécial de la charité parfaite, c'est-à-dire à cause de la bonté de Dieu aimé souverainement à cause de lui, en d'autres termes, à cause de la bonté et de la perfection qu'il a en lui-même.
Je ne fais en ce moment que rappeler en quelques paroles cotte doctrine d'une si haute importance, car je compte consacrer une conférence tout entière à la charité parfaite.
Je dirai seulement que la contrition parfaite ne dispense pas de recourir, quand on le peut, au sacrement de pénitence ; elle renferme même nécessairement le désir, la volonté d'accomplir tous les préceptes divins et, par conséquent, celui d'accuser ses fautes et d'en recevoir le pardon dans le sacrement de pénitence.
Vous me direz que vous n'avez pas eu la contrition parce que vous êtes retombée dans les mêmes fautes. Hélas! la faiblesse humaine est grande. Si la vraie contrition exige que nous ne retombions plus dans les fautes que nous avons accusées, qui pourra s'approcher du tribunal de la miséricorde et du pardon ? Il est vrai que la ferme résolution de ne plus commettre le péché est nécessaire, et que le pénitent qui retombe dans
le péché, aussitôt après sa confession et sans aucune résistance, peut donner ainsi un indice de l'absence de cette résolution. Mais la crainte et même la prévision des rechutes ne démontre pas que le pénitent est indigne d'absolution. De plus, l'âme qui fait des efforts pour accomplir la résolution d'éviter le péché doit, malgré sa faiblesse et ses rechutes, compter sur la miséricorde infinie de Dieu.
Dieu n'est-il pas toujours prêt à pardonner ? Ses bras ne sont-ils pas toujours ouverts pour vous recevoir? Relevez-vous donc, « veillez et priez », et vous aurez la victoire.
Je vous entends, vous me dites que vous avez abusé des grâces dont Dieu vous a comblées, que ces grâces innombrables sont tombées sur votre âme comme sur une terre endurcie. Les oiseaux légers, les pensées futiles et mondaines ont dévoré une partie de la semence du ciel ; mille sollicitudes, mille vanités passant sans cesse sur les
chemins toujours ouverts de votre âme ont enlevé une autre partie de cette semence ; enfin les germes qui grandissaient ont été étouffés sous les ronces de vos inclinations mauvaises et de vos habitude.'^ coupables.
Je ne le conteste pas, les grâces que vous avez reçues sont très nombreuses. Vous vivez comme dans une atmosphère lumineuse où vous respirez tous les parfums de la charité de Jésus-Christ. Oui, nous aurons à rendre de ces grâces un compte rigoureux, je le sais, et j'ai à trembler pour moimême.
Mais enfin, Mesdames, parce que vous avez abusé de la grâce, faut-il lui résister encore et fuir Dieu qui vous appelle ? A cette heure où vous vous laissez dominer par un découragement si profond, à cette heure, la grâce vous sollicite par ma parole, et la miséricorde infinie frappe à la porte de votre cœur. Ah ! cette grâce de l'espérance ne la repoussez pas, ne tremblez pas devant
Dieu comme devant un juge inexorable, jetez-\ous dans ses bras. Ainsi vous réparerez toutes vos faiblesses passées, ainsi vous rendrez utiles les grâces si nombreuses de votre vie, ainsi vous avancerez sur le chemin du ciel, comme le voyageur attardé qui ranime son courage et qui se hâte d'un pas rapide vers le terme de sa course.
Erreur enfin sur le mérite de vos actions. Dans vos jours de découragement, bien souvent peut-être vous êtes convaincues que vos actions n'ont aucun mérite devant Dieu. Parcourant d'un regard attristé toute votre vie, vous y voyez vos fautes sans nombre et vous ne découvrez rien qui soit digne d'attirer sur vous la miséricorde et les bénédictions de Dieu.
Eh bien ! étudions, si vous le voulez, les conditions du mérite surnaturel de vos actions, d'après les enseignements d'une saine théologie. D'abord, il faut que l'action soit bonne, et n'oubliez pas qu'un grand nombre de vos actions deviennent
bonnes, quoiqu'elles soient indilïérentes en ellesmêmes, parce que vous les accomplissez dans un but qui lui-même est bon. Ainsi, Mesdames, non-seulement les soins que vous donnez à votre famille et à la direction de votre maison, mais une récréation utile, une promenade, une visite qu'exigent l'affection ou les convenances, voilà de bonnes actions.
11 faut que ces actions soient accomplies dans l'état de grâce, c'est-à-dire que votre conscience ne soit chargée d^aucun péché mortel. Pendant que vous êtes sous le poids et le déshonneur du péché mortel, vos œuvres ne peuvent être agréables à Dieu. Mais celles qui ont été faites avant que vous ayez commis ce péché ne perdent pas pour toujours leurs mérites. Quand vous revenez par le repentir et le pardon à l'amitié de Dieu, ces mérites revivent et retrouvent leur efficacité.
Enfin, et c'est là pour vous la grande difficulté et kl source principale de vos inquiétudes, il faut
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que ces actions soient faites pour Dieu. Certainement, il n'est pas nécessaire que vous offriez à Dieu vos actions par des actes multipliés à chaque instant du jour, ce serait exiger l'impossible. Bien plus, l'obligation d'offrir à Dieu vos actes chaque matin ne peut pas être démontrée. Quoiqu'il en soit, c'est ce que vous faites sans exception ; il n'est pas une d'entre vous qui n'élève sa pensée vers Dieu au moins une fois par jour et ne le prie sincèrement, ne fût-ce que par un mouvement du cœur.
Eh bien, cette prière, cet acte d'offrande sont suffisants pour consacrera Dieu toutes vos actions de la journée et leur donner un mérite surnaturel.
Mais si vous multipliez vos actes d'offrande et vos prières, si vous les laites avec piété et avec ardeur, vos mérites se multiplient et les grâces les plus abondantes répondent à ces mérites et les multiplient de nouveau sous l'influence de votre
coopération fidèle. Rien n'est plus facile d'ailleurs que d'élever votre pensée vers Dieu pour lui demander force et courage et lui ofïrir vos travaux, vos sollicitudes et vos douleurs.
Vous allez à Dieu à travers les splendeurs de la nature qui vous révèle sa bonté et sa gloire, à travers les rayons du soleil resplendissant, à travers les ombres du soir et dans le silence des nuits.
Au milieu de vos luttes, de vos angoisses, dans le travail solitaire de vos demeures, montez vers lui par un de ces bonds du cœur dont parle saint Augustin. Dites-lui : Mon Dieu, bénissezmoi, je vous oiïre mes douleurs et mes joies. Mon Dieu, aidez-moi. soutenez-moi. consolez-moi. Mon Dieu, protégez ceux que j'aime. Mon Dieu, faites que j'accomplisse mes bonnes et généreuses résolutions ; faites que je vous aime et que je vous fasse aimer.
Mais vous m'opposerez que l'amour-propre se
glisse dans toutes vos actions, et qu'ainsi tout leur mérite est détruit parce que, en réalité, vous les faites pour vous et par une inspiration mauvaise.
J'ai déjà déclaré, Mesdames, que l'orgueil atteint souvent les mérites de nos meilleures actions. Les plus grands Saints n'ont pu échapper complètement à cet ennemi si perfide et qui retourne contre nous nos elïorts, nos vertus, nos sacrifices héroïques eux-mêmes. Cependant il est certain que Tamour-propre ne détruit complètement les mérites de nos actions que quand il en est la cause unique ou la cause vraiment déterminante. Ainsi, vous faites l'aumône uniquement par vanité, pour vous attirer des louanges, pour obtenir une situation intluente au point de vue de votre amour-propre dans une œuvre de charité : votre intention et votre but sont mauvais, vous n'avez aucun mérite devant Dieu.
Au contraire vos intentions sont bonnes. C'est pour soulager les pauvres, c'est pour accomplir
votre devoir, c'est pour obtenir une influence utile que vous faites raumône, que vous pronc/i part à une œuvre de chanté ; mais des pensées de vanité vous sollicitent et elles ont aussi leur part dans la décision que vous avez prise et dans ces actes qui sont bons en eux-mêmes. Ces intentions, ces motifs de vanité ternissent l'éclat surnaturel de vos actes et en diminuent les mérites, mais ne les détruisent pas complètement. De même, vous vous êtes déterminées à faire tel acte qui est bon en lui-même par un motif de vanité qui est, en réalité, en ce moment, la cause unique de votre décision, et il en détruit les mérites ; mais plus tard, quand vous accomplissez votre décision, quoique vous ne rétractiez pas formellement votre premier motif d'ag-ir. vous subissez l'influence d'un motif de foi et de charité. Ce second motif rend à l'acte que vous allez accomplir ses mérites surnaturels : le motif mauvais n'est plus ni la
cause unique ni la cause absolument déterminante de cet acte.
Vous m'opposez encore que vous faites avec plaisir un grand nombre de vos actions et que, par conséquent, elles sont sans mérite parce qu'elles ne vous coûtent rien. Mais ne voyez-vous pas que si le mérite grandit avec les obstacles, il faut aussi tenir compte de l'ardeur de la charité, de l'élan du cœur qui peuvent suppléer avec abondance à ce qui manque au point de vue de la difficulté et du sacrifice ? Ne voyez-vous pas que si votre objection est sérieuse, si vous êtes dans la vérité, les âmes les plus ardentes, les plus héroïques, verraient leur mérite diminuer dans la proportion où elles s'élanceraient vers la perfection par l'héroïsme et la sainteté ? Saint Paul aurait perdu une grande part des mérites de son apostolat, depuis qu'il a pu prononcer ces étonnantes et admirables paroles : « Je surabonde de joie au milieu de mes
m m -^V^At^t^^^^^^
tribulations \ » Saint François d'Assise serait moins agréable à Dieu depuis qu'inondé des délices de l'amour divin il s'est écrié : « C'est assez! Seigneur, c'est assez ! »
Mais laissez-moi, pour vous rassurer, établir d'après ces doctrines, dont la valeur et l'autorité ne sont pas contestables, le compte exact de votre journée et de votre vie au point de vue des mérites surnaturels de vos actions.
Je suppose que vous avez une vie sérieuse et utile et que vous êtes habituellement dans l'état de grâce. Vous faites chaque jour un grand nombre d'actions qui sont bonnes et qui sont ofïertes à Dieu par l'efficacité de vos prières et même par votre esprit haJMtuel de foi et l'impulsion de votre vie chrétienne. Il y en a cent, deux cents peutêtre dans la journée ; voilà la source de vos mé-
1. Snporabundo gaudio in ornni tribulatione nostrâ. (II Cor., VII, 4).
rites et la source de votre espérance. Je l'admets volontiers, dans cette journée des fautes vous échappent ; c'est un mouvement d'impatience, c'est une réponse un peu vive, ce sont des distractions volontaires dans vos prières, des murmures contre la Providence qui vous éprouve. Ces fautes sont légères et elles peuvent être effacées par un acte de contrition, surtout par un acte de contrition parfaite, par la puissance de la prière et des sacramentaux, par la confession, par la sainte Communion. Si elles exigent une pénitence, cette pénitence, Dieu vous l'impose dans vos épreuves. Ainsi, à la fin de chaque journée, les actions bonnes restent comme des gerbes précieuses, et les péchés véniels peuvent être pardonnes complètement.
Pourquoi donc vous effrayer ? Pourquoi redouter la justice de Dieu ? Quels trésors à la fin d'une semaine, à la fin d'une année, et au terme de votée vie ! (Quelles consolantes doctrines,
quelles ressources toute-puissantes, si vous lo voulez, pour triompher du découragement et aller à Dieu désormais par les voies bénies de la confiance et de l'amour !
Puis-je. en finissant, me rendre le témoignage d'avoir porté dans vos âmes, avec une profonde conviction, les rayons de l'espérance ?
Ce caractère qui vous entraîne aux sombres pensées, il faut le combattre ; cette mélancolie, cette maladie de notre siècle qui a surtout fait rêver votre jeunesse, et cette tristesse qui est si souvent l'hôte de votre cœur troublé, il faut les dominer par la joie d'une confiance sans bornes en la bonté de Dieu.
Les erreurs qui jusqu'à ce jour ont pesé sur vous et égaré le jugement que vous portez sur votre propre vie, il faut les repousser par une saine doctrine. Ces épreuves, ces tentations de la tristesse et du découragement, il faut les supporter vaillamment et les vaincre. N'oubliez pas que la
crainte n'est que le commencement de la sagesse et que la charité est la perfection suprême, la vraie charité qui ne peut exister sans la confiance, la vraie charité qui donne dès ici-bas, dans les ombres et les luttes de cette terre, une part de la paix et de la félicité du ciel.
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