L.es moyens de combattre le découragement
Mesdames,
ous avons étudié le découragement dans ses effets désastreux et dans ses causes ; J il nous reste à étudier aujourd'hui les remèdes qui doivent être opposés à cette grande et terrible maladie des âmes.
Evidemment, il ne suffit pas de connaître nos défauts, d'en avoir apprécié les dangers, d'en avoir constaté la source ; il faut encore les combattre et les détruire. S'arrêter à ce point, ce serait rester dans les théories impuissantes, ce
serait reculer devant les conclusions nécessaires, et par conséquent trahir un grand devoir.
La piété, Mesdames, doit être essentiellement pratique, elle doit descendre dans les détails de toute la vie, lutter contre tous les défauts, inspirer, développer, affermir toutes les vertus, surmonter tous les obstacles et ne se reposer qu'au seuil de réternité, où le courage, la fidélité et la persévérance seront couronnés.
Le premier remède au découragement est la méditation approfondie des effets désastreux qu'il produit dans vos cœurs et autour de vous. C'est pourquoi j'ai Insisté avec toute l'énergie dont je suis capable, sur ces démonstrations ; c'est pourquoi je me suis efïorcé de les placer dans la plus vive lumière et je vous ai montré dans votre vie, dans vos cœurs,
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dans vos familles, les ruines lamentables accumulées par ce mal si funeste et pourtant si universel. Laissez moi vous le redire, et je voudrais vous le redire avec des accents capables de vous convaincre : oui, il faut que vous méditiez souvent ces vérités trop oubliées, trop méconnues.
Vous le comprenez, ces démonstrations, dont Tinfluence relèvera votre courage, ne doivent pas passer rapidement devant le regard de votre âme pour être bientôt oubliées. Revenez souvent à ces grandes et consolantes vérités, recueillez le souvenir des paroles qui ont ramené la lumière et la paix dans vos âmes. Demandez au directeur de votre conscience de vous les rappeler par ses exhortations et ses conseils, demandez-lui de vous montrer l'abime d'où vous êtes sorties et où vous pouvez retomber encore.
Il est nécessaire aussi de méditer souvent sur les causes du découragement et surtout sur les causes qui vous sont personnelles.
Un sacrifice offert généreusement à Dieu est un remède dont l'influence est presque toujours puissante et immédiate.
Souvent vous êtes découragées parce que vous vous persuadez que vous ne faites rien pour le ciel. Vous cherchez dans votre vie, et vous ne trouvez que des oeuvres imparfaites, des fautes, des désirs stériles, des velléités qui n'ont qu'une heure ou qu'un jour. Quand une bonne action se rencontre, vous retrouvez encore l'influence de l'amour-propre, et désespérées vous dites : « Je ne fais rien pour Dieu ». J'ai réfuté cette exagération et cette erreur ; mais, à certains jours plus sombres, vous ne pourrez les repousser que par une réfutation pour ainsi dire palpable, par une réfutation qui s'impose avec la clarté de l'évidence. Eh bien ! faites un sacrifice, et vous direz comme malgré vous : J'ai fait quelque bien. Alors le calme rentrera dans votre âme.
Ce qui vous décourage c'est la tiédeur dans vos
exercices de piété ; votre ciiarité vous parait complètement éteinte et votre cœur glacé. Une fois encore, faites un sacrifice ; faites-le par amour pour Dieu. Vous n'aurez pas d'élan, vous n'aurez pas d'ardeur. Peu importe ; n'hésitez pas. Qui ne le sait ? nos afïections et nos antipathies se développent et grandissent par toutes les actions qu'elles nous inspirent. Nous sommes placés comme sur des pentes rapides, et chaque impulsion que nous imprime l'amour ou la haine, nous emporte avec une rapidité souvent prodigieuse. Vous l'avez sans doute remarqué, les sacrifices acceptés généreusement pour les personnes que vous affectionnez ont ajouté aux ardeurs de vos affections, et le malheur et l'épreuve créent des liens que le bonheur ne connaît pas. Souffrez donc pour Dieu, et vous l'aimerez plus ardemment, et il vous récompensera.
Dans l'ordre physique, le même phénomène se produit souvent. Vous êtes fatiguées , accablées
par la lassitude, sans force et sans énergie. Si vous restez dons l'inaction, si vous ne réagissez pas contre cet affaissement, il deviendra plus pénible, et pendant tout un jour, pendant plusieurs jours peut-être, vous serez incapables d'agir et comme ensevelies dans un sommeil profond. Mais voici qu'un devoir pressant vous réclame ; voire énergie domine cette faiblesse, et bientôt vous n'en conservez plus même le souvenir. Il en est ainsi de votre âme ; dans ces heures de tiédeur et d'inertie, elle doit réagir contre sa faiblesse, contre ce sommeil qui l'accable, pour retrouver l'activité et la vie dans un généreux sacrifice.
Mais quels sacrifices ferez-vous? La Providence se charge de ce choix. Les épreuves ne manquent ni à l'Eglise ni à notre pays. Est-il un toit qui n'abrite pas quelque deuil^ un loyer qui n'ait vu bien des larmes, une famille, une âme qui n'ait sa part de sacrifices ? Et puis. Mesdames, en vous-mêmes et autour de vous, vous trouvez
l'occasion d'accomplir bien des sacrifices. Mortifiez voire vanité, votre orgueil, par des actes d'humilité, votre sensualité par des mortifications qui ne nuisent pas à votre santé et qui souvent même peuvent lui être utiles. Ainsi les précautions qu'impose une santé alTaiblie ou ébranlée sont d'excellentes mortifications.
Mortifiez vos antipathies quelquefois si vives et si injustes : mortifiez Timpatience et l'irritation. Faites enfin un sacrifice, celui que Dieu vous inspirera ; faites-le sans hésitation, avec élan et avec amour. .Je vous l'affirme, la confiance, la paix et même la joie reviendront à votre cœur troublé.
La prière a une grande puissance de consolation : elle attirera sur vous les grâces qui vous manquent et vous obtiendra la victoire. Ah ! puissiez-vous surtout bien comprendre que vous ne devez pas abandonner la prière dans les temps . de tiédeur et de découragement, que vous devez lui être fidèle, quelqu'imparfaite qu'elle vous
paraisse ! N'oubliez pas que les efforts qu'elle vous impose ajoutent à vos mérites et à sa puissance.
La lecture de piété est souvent salutaire, surtout pour quelques âmes. La lecture d'un livre ou de quelques pages qui vous ont touchées autrefois, la lecture de la vie des Saints écrite avec talent et sous l'inspiration d'une vraie piété peuvent vous donner une heureuse impulsion.
Je ne i'ais qu'indiquer en passant ces remèdes contre le découragement et j'arrive à d'autres remèdes sur lesquels je veux insister afin que vous en connaissiez bien l'efïicacité et la puissance.
Mesdames, le sacrement de pénitence est une source admirable de régénération spirituelle, de force, de consolation et d'espérance. Cependant, combien d'âmes, même parmi les plus fidèles, ne savent pas en profiter ? Ce qu'elles voient, ce que
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VOUS voyez dans cette institution divine, c'est l'humiliation de vos aveux, c'est la rigueur de la justice. Elle vous inspire une sorte de terreur et. au lieu de soulager votre âme, elle la trouble et la consterne. Ce que vous ne voyez pas, c'est l'amour divin qui vous attend, c'est la miséricorde qui veut vous pardonner, c'est la grâce qui vous sera donnée avec abondance, c'est la joie de l'innocence qui vous sera rendue.
Vous trouverez une crrande et douce consolation dans l'aveu de vos fautes, dans cet aveu dont la seule pensée vous elîraie. Vous serez fortifiées quand votre âme se sera ouverte dans les confidences du tribunal sacré, quand vous aurez déposé vos fautes, ce fardeau qui vous pèse ; alors la paix reviendra, le courage et la force renaîtront comme dans une vie nouvelle. Si un aveu fait aux amitiés de la terre a une incontestable puissance de consolation, que sera-ce quand il est fait à un prctre, au ministre de la miséricorde et du
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salut, à celui qui a reçu de Dieu la mission de vous guider, de vous soutenir, de vous consoler, de vous pardonner! Quelle efficacité surhumaine n'aura pas le ministère du prêtre qui a pressenti et qui a voulu ces récompenses dont le divin Maître disait : « Il y a plus de joie dans le ciel pour un pécheur qui se convertit que pour quatrevingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de pénitence *. »
Et qui donc dans sa vie n'a pas désiré, espéré la jouissance de cet aveu, et n'a pas compris qu'il y a là une des plus nobles tendances de la nature humaine ? Qui donc, après un premier aveu fait en tremblant, n'a pas senti descendre dans sa conscience la paix et la joie ?
Malheur à qui ne connait pas ces consolations, malheur à qui. les ayant connues, leur a fermé le chemin de son âme. Oh ! oui, Mesdames, j'en-