‹ La Troisime béatitudeChapitre 47 sur 91 · I-uc, XV · texte numérisé non relu

I-uc, XV

tends le témoignage et comme le cri de vos cœurs. Ces désirs d'une amitié pure, élevée, généreuse, fidèle, vous les connaissez, et dans vos épreuves vous avez recherché ce secours de l'amitié, pour lui confier l'aveu de vos souffrances ; car, une fois encore, ce seul aveu entendu avec intérêt, avec bienveillance, est une grande, une puissante consolation.

Oui, l'amitié fidèle. Tamitié sainte et pure, l'amitié éclairée et discrète est un rare trésor, mais souvent elle ne vous suffît pas ; il faut un ministère sacré, il faut la sécurité du plus inviolable secret. 11 faut que celui qui vous entend soit le représentant de Dieu, du Dieu qui a consolé toutes les douleurs et qui a eu pitié de tous les égarements. Et voilà pourquoi vous lui direz ce que nulle oreille humaine n'entendra jamais, ce que l'épouse ne dit pas à son époux, le frère à sa sœur, fami à son ami, la fille à sa mère.

Le sacrement de pénitence vous offre encore

contre les inquiétudes de votre conscience, contre les fautes dont le souvenir vous trouble et vous décourage, la puissance divine du pardon.

Nous avons tous besoin de pardon, parce que tous nous sommes pécheurs. Mais qui donc vous pardonnera au nom de Dieu, qui vous rassurera sur vos fautes passées, qui rendra l'innocence à votre âme, si ce n'est le prêtre étendant ses mains pour vous bénir, vous pardonner, et vous disant au nom de Dieu : « Allez en paix, ne craignez pas, vos péchés vous sont remis » ?

Pour rassurer votre conscience, pour vous conduire dans la sécurité et dans la paix, vous avez besoin de direction. Il ne suffit pas évidemment que vous connaissiez vos fautes ; je l'ai dit, il faut remonter à leurs causes, il faut connaître vos défauts, et tout d'abord celui que lesmaitres de la vie spirituelle nomment le défaut dominant. 11 faut qu'un moyen efficace de le détruire vous soit indiqué et que sans cesse vous soyez guidées.

encouragées dans ce combat. Le prêtre qui vous donnera ces conseils doit connaître les côtés faibles de votre caractère, ses bonnes qualités et ses ressources. Il faut qu'il connaisse aussi les périls qui menacent votre âme, les difïicultés de votre situation et du milieu dans lequel Dieu a placé votre vie. Il doit renoncer aux exhortations ])anales qui ne produisent aucun résultat sérieux, pour vous parler avec douceur, mais avec énergie, de ce qui vous est personnel et des moyens de répondre à la vocation que Dieu vous a faite, à la mission qu'il vous a donnée. Voilà ce qu'est la direction éclairée et sage. Sans elle, l'aveu de vos fautes, l'absolution qui les efface ne suffiront pas à vous donner la paix complète, le courage et l'espérance. Vous ferez toujours les mêmes chutes, vos fautes se multiplieront, aucune réforme sérieuse no se réalisera dans votre vie, et après bien des années, vous serez découragées, désespérées peut-être, de constater que vous revenez sur

VOS pas au lieu de marcher dans le progrès et vers la sainteté.

Cette direction vous est surtout nécessaire pour vaincre le découragement, car ce n'est pas une maladie qui disparaît en quelques jours. Le confesseur répondra à votre fidèle confiance par le secours de ses conseils et les exhortations de sa charité. Quand, après bien des chutes, vous revenez humiliées de votre faiblesse, brisées par vos luttes, tristes et sans espoir, le prêtre relèvera votre âme abattue, ranimera votre courage, puis vous remettra de nouveau sur le chemin qui conduit à une infaillible victoire.

Mais pour atteindre ce but. la direction exige une obéissance complète, une obéissance aveugle. Le découragement vous enveloppe de ses ténèbres et ne vous permet pas de juger sainement les actes les plus simples. Comme le voyageur qui sent sa tête prise de vertige sur les bords des abîmes et qui se confie à la main ({ui le soutient, confiez-

VOUS à votre guide, suivez-le sans hésitation. Il a la responsabilité de ses décisions. Il ne peut vous guérir et vous sauver si vous n'obéissez pas. En obéissant vous ne pouvez être coupables, il n'y a pour vous de sécurité et de salut possibles que dans l'obéissance parfaite.

Vouloir vous diriger vous-mêmes, surtout dans ce trouble profond de votre conscience, c'est vous égarer certainement; obéir, c'est obtenir la sécurité, même dans le cas où le confesseur se tromperait.

Les âmes troublées ont bien des objections à opposer à cette doctrine de l'obéissance. Elles n'ont pas exposé assez clairement leurs négligences et leurs fautes, leurs résistances si nombreuses et si graves aux grâces abondantes de Dieu; leur confesseur ne les connaît pas; elles ne sont point suffisamment comprises ; leurs confessions et leurs communions sont déplorables ; que sais-je encore V car sur ce sujet elles sont

intarissables. Mais, ô âmes troublées, c'est précisément parce que vous n'êtes pas capables de distinguer le vrai et le faux, vos tentations et vos fautes, que l'obéissance est évidemment nécessaire, qu'elle est le seul moyen de sortir du cercle fatal dans lequel vous tournez depuis si longtemps.

Et quel autre moyen emploieriez-vous ? Des confessions générales sans cesse renouvelées ? Elles ne font qu'ajouter à votre trouble, à vos ténèbres, à vos angoisses. Consulter de nouveaux confesseurs ? Mais ils ne pourraient rien que par votre obéissance. Pourquoi d'ailleurs consulter sans cesse si vous n'obéissez jamais ?

Enfin, il y a ici unanimité parfaite entre tous les confesseurs éclairés, tous les théologiens, tous les maîtres de la vie spirituelle. Vous redoutez de commettre la moindre faute ; mais n'est-ce pas une très grave faute que résister à de si hautes autorités, à tant de démonstrations, aux résultats de

votre expérience personnelle et même aux lumières du simple bon sens ";* Prenez garde, en vous o])stinant dans cette voie fatale, vous pouvez repousser la grâce de Dieu et peut être un jour faire chanceler votre raison elle-même dans des troubles plus profonds et qui seraient sans remède.

Le sacrement de pénitence est si conforme aux aspirations et aux besoins de la nature humaine que, quand vous saurez y recourir avec une confiance, une docilité et une bonne volonté parfaites, il vous apparaîtra dans sa puissance divine et vous aurez dans ses fruits si consolants, si manifestement célestes, une éclatante démonstration de la divinité de la foi catholique.

Peut-être connaissez-vous ce trait de la vie du cardinal de Gheverus. Monseigneur de Cheverus qui mourut archevêque de Bordeaux et qui fut un des plus illustres et des plus saints prélats de France, avait d'abord porté dans les Etats-Unis le fardeau

de l'épiscopat. Ses talents, ses vertus lui avaient concilié l'estime universelle. Une dame protestante avec laquelle il avait traité plusieurs fois des questions religieuses et qui souvent lui demandait des conseils, lui dit un jour : « Monseigneur, je ne me ferai jamais catholique parce que je no consentirais jamais à me confesser. » « Eh ! mon Dieu, madame, répondit le spirituel prélat, voilà trois ans que vous vous confessez à moi sans le savoir. »

Mais je crois lire en ce moment, Mesdames, dans le fond de vos cœurs et entendre vos objections : — J'ai rarement trouvé au tribunal sacré tous les secours que j'avais espérés. Si les portes de mon cœur ne sont ouvertes qu'à demi, c'est que la main qui devait les ouvrir complètement n'a pas été assez ferme et assez miséricordieuse, ou ne l'a pas été avec assez de persévérance.

Vous avez raison^ Mesdames, vous avez raison; nous devrions être des saints et nous ne sommes

que des pécheurs . nous devrions répondre par des vertus sublimes à une mission qui serait redoutable aux anges. La faiblesse humaine se retrouve en nous, nous le savons bien, et nous pouvons nous frapper la poitrine et répéter les paroles du grand Apôtre : « Nous ne faisons pas le bien que nous voulons et nous faisons le mal que nous ne voulons pas * . »

Mais faites vous vous-mêmes tout ce que vous pouvez? Apportez-vous au tribunal sacré ces dispositions, ces sentiments que je réclamais il y a quelques instants? Ne devez-vous pas vous accuser tout d'abord de cette inefficacité de vos confessions, et ne devez-vous pas pardonner quelque chose à l'imperfection de ceux qui vous accordent le pardon de Dieu ? Et puis, laissez-moi vous le dire, c'est peut-être un bonheur que nous, ne soyions pas parfaits, que nous puissions, regar-

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