Lacordaire, G5' conf
ombrages de l'Eden et sauvé le monde au Calvaire. Cette loi, les Saints l'ont réalisée pour agrandir le règne de Dieu et racheter les âmes. Ils ont mis dans la balance de la justice, pour leurs frères, pour tous les égarés, pour tous les cœurs aveuglés, pour les pécheurs obstinés, ils ont mis mieux que les accents de leurs ardentes prières, mieux que l'éloquence inspirée par la charité, mieux que les plus lumineuses démonstrations, ils ont mis leurs veilles douloureuses, leurs larmes brûlantes, leurs travaux incessants, leurs mortifications sanglantes, leurs héroïques sacrifices. Et vous. Mesdames, vous, femmes au grand cœur, filles, sœurs, épouses, mères chrétiennes à la foi ardente, qui pleurez sur des âmes si chères, ne mettrez-vous rien pour leur rachat, pour leur salut, dans ces luttes de la justice et de la miséricorde ? Offrez du moins vos épreuves, vos douleurs et vos larmes. Il est des âmes dont vous répondrez devant Dieu ; si vous le voulez, elles ne périront pas.
Mères chrétiennes, quand vous tremblez pour l'avenir de vos enfants, quand le souffle de l'incrédulitc vient jusqu'à eux, quand la volupté les séduit et les captive, je vous en supplie, ne désespérez pas. Rachetez-les, sauvez-les par vos souffrances et par vos larmes.
Un jour, le divin Maître rencontra sur son chemin le convoi qui conduisait à sa dernière demeure le fils de la veuve de Naïm. La mère désolée suivait le cercueil de son unique enfant ; elle pleurait et elle ne parlait pas. Jésus-Christ s'émut en présence de sa grande douleur ; il lui dit : « Ne pleurez pas, » et il lui rendit son fils plein de vie.
0 vous qui depuis tant d'années suivez en pleurant une âme égarée, morte à la vie de la foi et de l'innocence, vous êtes ici, mon regard vous cherche en vain dans cette grande assemblée, mais mon cœur et ma parole iront jusqu'à vous. Ah ! je vous en supplie, ne désespérez pas, offrez
à Dieu vos angoisses et vos larmes ; un jour,bientôt peut-être, Jésus-Christ apparaitra sur votre chemin désole, il sera ému par votre douleur, il saisira dans la mort cette âme si chère, il la rendra à la vie de la foi, à l'innocence, à votre cœur et à Dieu.
Vous savez, Mesdames, ce qu'était Augustin, et vous savez ce qu'il est devenu. Admirable orateur, prodigieux écrivain, philosophe profond et puissant, il a parcouru tous les rivages et sondé tous les abimes de la vérité naturelle, théologien au vol d'aigle, il s'est élevé jusqu'aux plus hauts sommets de la révélation et de la science divines. Qui donc l'a sauvé et qui donc l'a fait si grand ? les douleurs et les larmes de sa mère. C'est le témoignage qui à chaque instant s'échappe de son cœur dans ses discours et dans ses écrits. « C'est à ma mère que je dois tout ce que je suis, » dit- il; et ailleurs : « Si je n'ai pas péri à jamais, c'est à ma mère, à ses longues et fidèles larmes que je le dois. »
Ecoutez encore ce cri de sa reconnaissance : « 0 mon Dieu, si vous ne m'avez pas abandonné, c'est que ma mère pleurait nuit et jour et qu'elle versait pour moi en sacrifice tout le sang de son cœur *. »
Un évêque interrogé par sainte Monique lui avait répondu : « Allez, il est impossible que l'enfant de tant de larmes périsse. » Vous aussi, vous souffrez et vous pleurez. Quoi qu'il arrive, ne désespérez jamais. Ceux que vous aimez, ceux que vous voulez sauver ne périront pas, parce que vous mettrez dans cette œuvre de leur rédemption vos larmes, vos sacrifices, et. s'il le faut, tout le sang de votre cœur.
0 mon Dieu, ô Jésus, ô bon Maître ! vous qui avez été ému en présence de la douleur silencieuse de la veuve de Naïm, vous qui n'avez pu résister à la douleur de Marie-Madeleine et aux accents