‹ La Troisime béatitudeChapitre 70 sur 91 · Apoc, III · texte numérisé non relu

Apoc, III

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Les aaoyeiis de combattre le

découragement (Suite).

Li'acte de charité parfaite.

Mesdames,

x-7— j'ai réservé pour cette dernière conférence 1^1^ l'exposé du moyen le plus puissant de com-

a^-i battre le découragement. Ce moyen est l'acte de charité parfaite.

Mais vous me dites : pour faire des actes de charité parfaite, des actes si élevés au-dessus de notre faiblesse, de nos cœurs absorbés par les sollicitudes et les intérêts de la terre, il faudrait une dévotion sensible, une ardeur, une

ferveur que nous n'avons pas. Il est bien difficile, il est presque impossible de faire des actes de charité parfaite.

Vous exprimez. Mesdames, une opinion qui est presque universelle, mais qui, selon moi, n'en est pas moins une erreur et une des conséquences persistantes de l'influence du Jansénisme. Cette opinion n'est pas seulement celle de presque tous les fidèles ; elle règne sur les âmes consacrées à Dieu dans la vie religieuse. La doctrine qui lui est opposée n'est certainement pas assez connue et assez enseignée par les orateurs chrétiens, et même, à mon avis, par les maîtres de la vie spirituelle et par les théologiens. Elle serait cependant pour tant d'âmes une lumière, une consolation, un véritable bienfait ! Elle est peutêtre la plus puissante, la plus touchante démonstration de l'amour de Dieu pour nous, de sa bonté et de sa miséricorde.

Je veux aujourd'hui vous démontrer que l'acte

de charité parfaite est non-seulement possible, mais qu'il vous est facile ; puis je vous dirai les effets admirables qu'il produit.

C'est une thèse de théologie que je vais développer devant vous : je m'adresse à un auditoire intelligent, habitué à entendre l'exposé des doctrines catholiques, et j'espère, avec la grâce de Dieu, mettre dans ma démonstration toute la précision, toute la clarté désirables.

La charité est la vertu par laquelle nous aimons Dieu de tout notre cœur et au-dessus de tout. Il y a deux espèces de charité : la charité parfaite et la charité imparfaite.

La charité parfaite est la vertu par laquelle nous aimons Dieu de tout notre cœur, au-dessus de tout, à cause de la bonté et de la perfection qu'il a en lui-même, parce qu'il est infiniment ditrno d'être aimé.

;i02 DIXIÈME CONFÉRENCE

La charité imparfaite est la vertu par laquelle nous aimons Dieu à cause de sa bonté envers nous, à cause de ses dons et de ses bienfaits.

Les théologiens appellent la première amour de bienveillance ou d'amitié, la seconde amour de concupiscence.

Avant d'aller plus loin, je tiens à vous faire remarquer que la contrition n'est parfaite que parce qu'elle emprunte le motif de la charité parfaite, parce qu'elle renferme un acte de charité parfaite auquel elle ajoute le repentir et la résolution de ne plus offenser Dieu.

De ces premières notions, nous pouvons déjà conclure que la perfection de la charité vient de ce qui distingue la charité parfaite de la charité imparfaite : c'est-à-dire du motif pour lequel nous aimons Dieu, et, comme parlent les théologiens, de l'objet formel de l'acte de charité. Tout acte est en mouvement vers un but. L'être vers lequel se dirige le mouvement, les théologiens l'appellent

l'objet matériel de l'acte, et le motif pour lequel nous agissons, le motif pour lequel ce mouvement est accompli vers tel objet, ils l'appellent objet formel parce qu'il donne à l'acte comme sa forme distinctive et le constitue dans une espèce spéciale d'acte.

Voici un exemple qui vous fera bien saisir cette doctrine un peu abstraite, mais très importante pour la démonstration que je veux établir.

Vous donnez Taumône à un pauvre. C'est un acte de charité envers le prochain, si ce don est fait pour le motif de la charité, par une pitié surnaturelle pour le pauvre ; et cet acte ne serait plus l'acte d'une vertu chrétienne s'il avait pour motif la vanité et l'orgueil. Mais ce même acte peut encore appartenir à d'autres vertus, si à ce motif s'ajoutent d'autres motifs qui dépendent de ces vertus. Ainsi, il peut être accompli sous l'influence d'un vœu, et il appartiendra à la vertu de religion ; il peut encore appartenir à la vertu

d'obéissance s'il est accompli sous l'influence de cette vertu. Vous le voyez, c'est bien le motif d'agir qui constitue un acte dans sa nature spéciale, qui le fait appartenir à telle ou telle vertu ; et à ce point de vue, que je puis appeler essentiel, il en fait la perfection.

La vertu de charité doit d'ailleurs se distinguer de l'espérance, et la charité vraie, la charité proprement dite, est la charité parfaite. La charité imparfaite se confond avec l'espérance puisqu'elle a le même motif que cette vertu.

Donc, une fois encore, la perfection de la charité est dans le motif pour lequel nous aimons Dieu, dans ce motif qui est sa bonté en elle-même, sa suprême perfection. D'où j'ai le droit de conclure qu'elle ne consiste pas dans l'intensité, dans la ferveur ou l'ardeur, avec laquelle nous accomplissons les actes de la charité.

De plus, cette intensité, cette ardeur ne dépendent pas de notre volonté. Dieu, dans sa sagesse,

ne peut pas avoir mis la perfection de la charité, de cette grande vertu qui nous est imposée par le premier et le plus grand des commandements, dans une intensité et une ardeur qui ne dépendent pas de nous.

Même dans les affections humaines les plus profondes et les plus puissantes, dans ces affections pour lesquelles vous donneriez toutes vos joies, toutes vos espérances et même votre vie. l'intensité et l'ardeur ne sont pas toujours en votre pouvoir. Parfois, malgré vous, sous l'influence d'un trouble qui s'impose, peut-être sous l'influence de votre santé et de la difficulté qu'il faut surmonter, vous restez froides, vous ne pouvez pas aimer avec ardeur, ni manifester, comme vous le désirez, votre affection à l'égard de ceux que vous aimez pourtant de tout votre cœur. Comment vous étonner qu'il en soit ainsi à l'égard de Dieu malgré le secours de sa grâce ?

Bien plus, si Dieu avait mis dans l'intensité et

la ferveur la perfection de la charité, nous ne pourrions jamais savoir avec quelque certitude si nous accomplissons le grand devoir de l'amour qui est « la plénitude de la loi '. » Comment, en effet, pourrions-nous le savoir ? Comment pourrionsnous constater que nous sommes arrivés à ce degré de ferveur qui est requis ? Rien n'est plus difficile à apprécier que le degré d'intensité d'un acte intérieur, intime ; et puis, ce degré d'intensité n'est ni prescrit, ni déterminé nulle part. Nous serions donc toujours, à ce sujet, dans une douloureuse anxiété, et ce précepte d'aimer Dieu, principe de perfection, de mérites et de joies surnaturelles, serait une perpétuelle torture.

Mais si la perfection de l'acte de charité consiste dans son motif, n'est-il pas certain que cet acte, non-seulement est possible, mais qu'il est facile surtout pour de pieuses chrétiennes ? Aussi, quand vous dites, non pas, entendez-le

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