L.ÎI douleur
ses ti*ausfi^ui*ations et sa félicité
Mesdames,
ANS notre dernière réunion, après avoir constaté l'universalité de la douleur, après Ji'/Kj avoir reconnu que les larmes tombent de tous les yeux et que les gémissements montent de tous les cœurs, nous avons médité les révélations et la puissance de la douleur.
Elle est une révélation de la grandeur de l'homme, une révélation de Dieu aux âmes qui le méconnaissent et l'oublient ; elle est le commentaire lumineux, incomparable, nécessaire de l'Evan-
gile qui se résume dans la croix, dans la douleur courageusement acceptée, dans notre immolation unie au sacrifice de Notre Seigneur Jésus-Chrisl ; clleest enfin. dansles combats et lesombres de cette terre, une révélation de la patrie de la lumière, du repos et du bonheur. Toutes les déceptions, toutes les séparations déchirantes, l'impuissance des aiïections humaines, le vide de notre cœur, ces aspirations qui nous torturent, parce que rien icibas ne peut les satisfaire, nous disent que nous sommes faits pour l'éternité, pour le bonheur sans mélanore et sans fin.
Nous avons démontré que la douleur est une puissance, une puissance de préservation qui nous dirige, nous soutient et nous arrête sur la pente des abimes verslesquels nous entraînent sans cesse les instincts de notre nature déchue. Nous avons démontré qu'elle est une puissance d'expiation parce qu'elle satisfait à la justice de Dieu et qu'elle éteint pour nous les ilammei? expiatrices du pur-
gatoire. enfin une puissance de rédemption, car elle rachète, elle convertit, elle sauve, et par elle. Mesdames, vous pouvez ramener à Dieu tous ceux que vous aimez, si, comme la mère d'Augustin, vous savez donner en sacrifice tout le sangde votre cœur.
Aujourd'hui encore, je demanderai le commentaire de la troisième béatitude au secret de vos âmes et à l'histoire intime de votre propre vie, .Te voudrais vous dire les transfigurations qu'opère la douleur, et la félicité qu'elle peut verser dans vos cœurs, en leur apportant les grandes, les célestes, les divines consolations : « Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. »
La douleur transfigure une âme faible, languissante, incapable de toute œuvre généreuse, en une âme active et forte, qu'elle élève jusqu'aux vocations héroïques et aux plus sublimes dévouements.
Les âmes, même les plus admirablement douées, restent faibles, impuissantes, si elles ne sont entourées que des illusions du monde et des séductions des plaisirs. Au lieu de s'élever jusqu'à ces vertus chrétiennes dont le spectacle a illuminé leur enfance au foyer domestique et resplendi peut-être dans les traditions de leur famille, elles s'abaissent dans des frivolités misérables. Au lieu de marcher dans les sentiers de l'Evangile, elles ont pris le large et facile chemin que le monde sème de fleurs. Puis, quand pour ces âmes est venue l'heure des grands devoirs, quand l'éducation des enfants a imposé d'incessants et parfois de douloureux sacrifices, quand il a fallu se renoncer toujours, se donner toujours, le courage leur a manqué et elles ont trahi leur vocation et leur devoir.
Heureuses alors et mille fois heureuses, si une grande douleur les a saisies et si, frappées par la miséricorde de Dieu, elles ont accepté, d'abord avec résij?nation. puis avec vaillance, leurs obli-
gâtions et leurs épreuves, et si elles ont laissé la douleur les transfigurer dans la générosité et dans la puissance !
Car, Mesdames, où trouverons-nous la femme forte que l'Esprit-Saint a louée dans un si magnifique langage et dont il proclame l'admirable influence? « Où est cette femme qu'il faut chercher comme un trésor jusque dans les pays les plus lointains ? Elle ceint ses reins pour agir avec plus d'énergie, elle atîermit son bras pour le travail. Elle a mis sa main à de grandes oeuvres et ses doigts ont tenu le fuseau. Elle a ouvert sa main à l'indigent et étendu ses bras vers le pauvre. Elle est revêtue de force et de beauté : à son dernier jour elle sourira à la mort; ses enfants se sont levés et ont proclamé qu'elle était bienheureuse, et son mari Ta louée '. » Certes, vous ne la trouverez pas, cette femme, parmi les âmes affaiblies par le plaisir, comblées de toutes les joies mon-