‹ La truite de rivière: pêche à la mouche artificielleChapitre 9 sur 14 · CHAPITRE IV LES ACCESSOIRES - LE COSTUME · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV LES ACCESSOIRES - LE COSTUME

Le plus indispensable de tous les accessoires, c'est une épuisette. On en fait de toutes les formes et de tous les genres, et tout fabricant d'ustensiles de pèche qui se respecte a inventé au moins un modèle breveté « le seul commode et portatif ». On est arrivé à en fabriquer réellement d'aussi peu encombrantes que possible. Celles dont le filet est lacé sur une fourchette en bois démontable et dont le manche « télescopique » s'allonge à volonté sont excellentes.

Exigez que les branches de la fourchette aient au moins O^SO de long, que la poche soit profonde

et qu'elle soit faite en soie imperméable. Les hameçons s'y accrochent peu et le filet s'égoutte presque instantanément. Les armatures qui maintiennent l'écartement des deuxbranches, lorsque l'épuisette est montée , doivent être en acier et non en cuivre ou en bronze. Sans cela le métal trop mou finit par céder, et les branches, en se rapprochant, rétrécissent indûment l'ouverture du filet. On les redresse facilement, il est vrai, mais à force de répéter l'opération on fatigue les armatures, qui cassent un beau matin. Avec de l'acier rien ne bouge.

Le manche est en bambou creux et renferme un

bout de frêne ou A^hickory qui en double la longueur lorsqu'il est sorti. Celui dont je me sers habituellement a 1™45 de long dans son complet développement. Je Tai toujours trouvé suffisant. Si vous péchez dans des eaux très profondément encaissées, ayez un manche d'un seul morceau de la grandeur nécessaire. Ce sera plus sage que d'employer un manche télescopique en trois pièces, qui serait trop massif et toujours assez fragile.

Assurez-vous que les viroles placées aux deux bouts du manche y sont très solidement fixées. Si l'ajustage en est mal fait, vous les perdrez lorsque, après une longue inaction, le bambou sera contracté par la sécheresse. Une bonne ligature à cheval sur le bois et le métal prévient cet accident très désagréable lorsqu'il vous surprend au début d'un déplacement.

On fait aussi des manches qui se plient et se redressent au moyen d'une charnière. La complication de leur mécanisme, qui comporte généralement un arrêt automatique à ressort, les rend peu durables. En outre, les charnières appesantissent désagréablement le milieu du manche.

Quelle est la manière la moins gênante de porter l'épuisette? Je n'hésite pas à répondre : c'est de la confier à un autre. L'institution des porte-épuisette me paraît précieuse pour les pêcheurs au

grelotte derrière vous. Et puis, il arrive que votre écuyer infidèle vous plante là ou bien que vous n'avez pas pu vous en procurer.

Il n'y a pas à se le dissimuler, l'instruction publique obligatoire a porté un coup à la corporation des porte-épuîsette. Le recruten plus en plus précaire. Les gamins dont la jeunesse vagabonde et contemplative s'écoulait jadis entre la place du village où l'on joue au palet, la lisière du bois ou l'on grignote un tas de choses en cherchant des nids, et le bord de la rivière si favorable à l'étude des ricochets, ces gamins-là disparaissent. L'école primaire les ravit à la liberté, le pénible travail les dispute à l'insouciante flânerie et dans cette pépinière de

futurs braconniers, l'instituteur, grâce à une culture perfectionnée, fait vigoureusement pousser les anarchistes de demain. C'est un progrès, je ne le nie pas, mais la pénurie de porte-épuisette et de porte-carnier n'en est pas moins un fait que le sage législateur n'avait pas prévu. Pour remplacer ces gamins qui étaient souvent insupportables, mais presque toujours drôles et parfois de bon conseil, il y a bien les ouvriers hors d'âge, qui ne trouvent plus d'ouvrage parce qu'ils ne sont plus bons à rien. Ils sont tristes, lents et pour la plupart très maladroits.

Donc il faut que vous puissiez pêcher, en cas de nécessité, avec votre filet attaché à vous d'une manière quelconque. Le procédé le plus pratique est, selon moi, de porter en bandoulière, avec une courroie ou une simple ficelle, une grande agrafe en cuivre, dite agrafe de corset, placée sous le bras gauche. Un anneau fixé au manche immédiatement au-dessous de la virole supérieure vous permet d'accrocher et de décrocher l'épuisette de la main gauche, sans trop de contorsions. En temps ordinaire, elle est suspendue à votre côté ou derrière votre dos, et elle ne gène ni votre marche ni les mouvements de la pèche Ayez soin seulement que le centre de gravité de tout l'appareil soit placé au-dessous de l'anneau de

suspension ; sans cela Tépuisette culbute à chaque instant, et c^est intolérable. Un peu de plomb coulé dans le gros bout du manche suffit pour assurer réquilibre. Mettez-en une quantité suffisante pour faire contrepoids au filet, même lorsqu'il est alourdi par Teau.

Vous rencontrerez de temps en temps des esprits forts qui, en vous voyant muni d'une épuisette, s'attendriront sur votre gêne ou railleront votre naïveté. « Moi, vous diront-ils, je ne me sers jamais de cela. J'envoie les petites truites dans le pré pardessus ma tête; les grosses, je les sors de l'eau à la main. » Si ce sont vraiment des pêcheurs à la mouche, laissez-les dire et comparez en rentrant leur panier au vôtre. Vous serez édifié. S'ils ont au fond de leur sac un assortiment de vairons artificiels et autres engins de braconnage légal, répondez-leur simplement que vous ne péchez pas comme eux

Pour emporter avec vous la provision de mouches nécessaire au sport d'une journée, une boîte plate en fer-blanc verni, grande comme un porte-cigares et garnie intérieurement de lames de liège, est suffisante si vous employez des hameçons à œillet.

Pour mon usage personnel je me sers d'une botte à deux couvercles, s'ouvrant comme un livre et divisée d'un côté en vingt-quatre petites cases, de

l'autre en seize compartiments un peu plus grands. La botte mesure extérieurement en longueur 0"175. en largeur 0*104, eur 0n)3. Elle caisémentdans '. et peut conir séparément irante variétés de mouches.

Au moyen de fermetures très bien comprises, les couvercles, garnis intérieurement de cuir souple, serrent sur les cloisons lorsqu'ils sont rabattus, et jamais une mouche, si petite qu'elle soit, ne se déplace en glissant d'une case à une autre. J'avais fait exécuter ce modèle chez Wyers avec Tinteotion de ne m'en servir que comme d'une réserve, présumant que sur le terrain le vent en rendrait l'usage impossible. A ma grande surprise, j'ai constaté que les mouches, abritées dans leurs alvéoles, résistaient aux bourrasques les plus sérieuses, pour peu qu'on ouvrit la boite avec un peu de précaution, en tournant le dos à l'ennemi. Pour les gros approvisionnements j'ai fait faire une boite semblable, mais de dimensions plus

vastes : 0™20 sur 0"13. Celle-là reste dans ma valise. Elle n'en est pas moins utile pour les dépla-* céments de quelque durée. Grâce à leur fermeture hermétique, ces boites ont le grand avantage de conserver les mouches artificielles à Tabri des insectes destructeurs.

Si vous usez d'hameçons montés sur racine, le traditionnel portefeuille fera votre affaire, pourvu qu'il soit suffisamment vaste. Vous pouvez le remplacer ou le compléter par une boîte ronde, disposée de telle sorte à l'intérieur que les montures sont toujours étendues les unes à côté des autres. Les fabricants anglais ont baptisé cela : Winchester fly box. Lorsque la boîte est ouverte, on voit toutes les mouches. On n'a que la peine de choisir celle qu'on veut, et lorsqu'on l'enlève, la racine se dégage d'elle-même. C'est fort commode, mais il faut savoir s'en servir, ce qui s'apprend d'ailleurs en cinq minutes. Dans le temps où j'employais des mouches montées, j'avais toujours dans une boîte de cette espèce les types les plus usuels, et j'utilisais le portefeuille seulement comme une réserve destinée à faire face aux éventualités imprévues.

Les bas de ligne trouvent leur place dans une des poches du portefeuille à mouches ou, à son défaut, dans un de ces porte-cartes en veau jaune qu'on vend dans tous les bazars. Des enveloppes

en parchemin que vous logez dans les soufflets contiendront la provision, ainsi qu'un assortiment de brins de Florence x à xxxx qui vous serviront à rallonger ou à modifier vos avançons. Deux ou trois feuilles de flanelle, cousues à Fintérieur du porte-cartes, donneront asile aux bas de ligne cassés ou mis provisoirement de côté pendant la pèche. Une bague de caoutchouc tenant le tout fermé complétera cet accessoire peu coûteux qui, en raison de son mince volume, ne gonflera guère vos poches.

Vous savez combien la racine est cassante et impropre aux usages de la pèche lorsqu'elle est sèche. La meilleure manière de Thumecter à l'avance, c'est d'avoir une boite ronde en fer-blanc verni, garnie de quatre ou cinq rondelles de feutre mince ou de flanelle très épaisse [dampbox). Avant de partir pour la pèche, on imbibe d'eau les rondelles, et on place entre elles les bas de ligne et les brins de racine que l'on compte employer dans la journée. Ils sortent de là tout prêts à servir et l'on évite ainsi de les faire tremper sur le terrain^ ce qui est une perte de temps.

Je vous ai déjà parlé de la pince-ciseaux si commode pour couper les nœuds au ras des hameçons et rogner les bouts de racine. Donnez-lui place dans votre gousset, mais que cela ne vous empêche

pas d^emporter un bon couteau avec lame de canif et poinçon, ainsi qu'une paire de ciseaux pliants. La pince-ciseaùx ne doit être employée que pour la florence.

N'oubliez pas non plus de vous munir d'un morceau de flanelle imbibée de vaseline et renfermé dans une petite boite de fer-blanc : un morceau grand comme la moitié de la main est plus que sufQsant.

Une pierre à aiguiser telle qu'on en trouve chez tous les marchands d'ustensiles de pèche ; trois ou quatre grammes de poix de cordonnier dans une vieille peau de gant ; deux bobines, l'une de cordonnet de soie poissé, l'autre de fil poissé ; une lime plate de la taille d'une lime à ongles et une douzaine d'épingles en laiton pourront aussi vous servir.

Tous ces menus objets sont peu encombrants. Casez-les dans une sacoche de cuir, susceptible d'être fermée à clef. Si vous êtes fumeur, prenez-la un peu grande, votre porte-cigares ou votre blague à tabac s'y logeront aussi.

Pour mettre le poisson, un panier de pèche en bon osier, du modèle classique, est ce qu'il y a de meilleur, à condition de ne pas le porter soi-même. Les poissons s'y tiennent au frais et ne s'y déforment pas. Seulement, il le faut de dimensions

respectables. Si, comme je vous le conseille formellement, vous le confiez à votre porte-épuiselte, il ne sera jamais trop grand'.

Pour vous rendre compte de ce que voua y mettrez, faites aussi racquisition d'un petit peson à ressort. Ed pesant vos captures, vous finirez par apprécier exactement leur poids d'un coup d'ceil, ce que tout bon pécheur doit pouvoir faire. Et puis ce petit instrument ne vous sera pas inutile pour modérer votre amour-propre et, le cas échéant, celui de vos camarades . Vous verrez combien de truites de 2 livres pèsent à peine 500 grammes !

Lorsque vous partirez pour un déplacement un peu prolongé, mettez dans votre valise une petite bouteille de vernis à ligatures avec son pinceau et un moulinet de rechange — ou tout au moins un tournevis à deux mèches, du calibre des

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grandes et des petites vis du moulinet que vous emportez. Un accident est vite arrivé aux meilleurs ressorts. Et puis si cela ne vous sert pas, peut-être avec ces petits outils pourrez-vous rendre service à quelque confrère.

Un vieux magistrat dont j'eus l'honneur d'être l'ami dans ma jeunesse, grand chasseur et grand pêcheur s'il en fut, avait coutume, lorsqu'il battait le bois ou la rivière, de varier la couleur de son costume selon les saisons : Veston vert Tété, gris l'hiver. Cette innocente manie lui attirait quelques railleries, surtout l'été; mais il n'avait cure des mauvais plaisants et il soutenait qu'ainsi vêtu, tantôt couleur de feuillage, tantôt couleur de tronc d'arbre, il tirait plus de coups de fusils et piquait plus de truites que ses compagnons moins soucieux de se confondre avec le paysage. Je crois qu'il avait parfaitement raison et, sans aller jusqu'à vous conseiller l'habit vert pré, je vous recommande d'éviter les vêtements et les coiffures de couleurs voyantes. La veste en toile blanche a son charme pendant la canicule, mais elle tranche un peu trop sur la sombre verdure des aulnes. Comme je vous l'expliquerai bientôt, le succès de votre pêche dépendra beaucoup de votre habileté à ne pas éveiller l'attention du poisson. Choisissez donc un costume de tons neutres qui ne se détache pas trop

crûment sur le fond ordinaire de la campagne. Et puis n'oubliez pas que, même en été, les soirées et les matinées sont fratches dans les vallées humides où vous aurez à opérer. A la pèche, la laine est de rigueur. Sans cela gare aux rhumatismes! Et à ce propos soignez, soignez beaucoup la question des chaussures. Si la disposition de la rivière vous permet de lancer du bord, ou si vous péchez dans un bateau, de bonnes chaussettes en grosse laine dans de solides bottines ou dans des bottes imperméables montant au genou sont suffisantes. Si vous êtes obligé de descendre danslecourant, portez de longs bas tricotés et des bottes en cuir et caoutchouc montant jusqu'au haut des cuisses. Ainsi protégé, on peut rester longtemps à l'eau sans que l'abaissement de la température dans les membres inférieurs devienne santé. Je préfère bottes de cuir e ux bas d'étoffe im' perméable doni . on se sert généralement en An' gleterre. Si ces ïings sont moins s légers, ils sont les et moins chauds

qu'une bonne paire de bottes. Je n'admets l'étoffe imperméable que pour les pantalons dont l'usage est indispensable lorsqu'on se met à l'eau jusqu'aux hanches. Mais cette manière de pécher, au moins dans nos pays du nord, est loin d'être sans inconvénient, et quoique je l'aie beaucoup pratiquée jadis, je ne • vous la recommande pas.

Une pèlerine en caoutchouc tient peu de place sur le couvercle du panier et c'est une grande consolation pendant les averses . Jamais je ne vais à la pèche sans l'emporter et je m'en trouve admirablement. Enfin, si vous avez à faire une retraite en voiture découverte, n'oubliez pas un bon pardessus d'hiver, même l'été. Lorsque, animé par les dernières ardeurs de la pèche du soir, on quitte la rivière un peu tard, il faut être chaudement couvert pour affronter impunément l'immobilité dans la brume traîtresse. Et si dans la poche du susdit par-

dessus vous avez eu la précaution de glisser une gourde pleine de rhum ou de vrhisky, une gorgée du liquide bienfaisant vous tiendra l'estomac dans une douce tiédeur jusqu'à l'heure du souper, particulièrement si la route est longue et s'il tombe une de ces petites pluies fines qui caractérisent les meilleure pays à truites.

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