‹ La Tuberculose conjugaleChapitre 5 sur 20 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Idées pathogéniques

sl

On tend aujourd’hui à regarder la tuberculose de l'adulte comme le résultat de la réinfection d’un organisme déjà infecté dans l'enfance par le bacille de Koch et partiellement immunisé grâce à cette première infection.

On considère deux origines possibles à la réinfection : ou bien elle est exogène et se produit par contagion, comme la première infection; ou bien elle est endogène, c’est-à-dire, prend sa source dans un foyer bacillaire latent, constitué durant l'enfance au sein de l’organisme et qui se réveille à la faveur de conditions modificatrices de la résistance du dit organisme.

Les phtisiologues sont d’avis que ces deux origines ne se partagent pas également les cas de tuberculose de l’adulte, mais sont en désaccord pour ce qui est de savoir quelle est la plus importante.

Pour les uns (Bezançon, Marfan, en France ; en

Allemagne, Roômer, Hamburger et Hillenberg; aux Etats-Unis, Fisher et Baldwin), l’origine endogène est le plus souvent en cause ; pour les autres (Roger, Sergent, en France ; Krüse, Ashoff, en Allemagne), l’origine exogène n'est pas douteuse.

Il ne nous appartient pas ici de départager ces différents auteurs. Nous savons, et nous en relatons plusieurs cas, que la contagion entre époux n’est pas douteuse : que ce fait soit le résultat d’une réinfection d’origine endogène, c’est fort possible, mais, vu les conditions dans lesquelles vivent les époux de tuberculeux, conditions présentant le maximum de chances de contagion et de réinfection, il semble certain que la réinfection exogène joue aussi un rôle qui ne peut être négligé.

Nous envisagerons donc d’abord les origines du contage, puis nous parlerons des différentes voies d'entrée. . |

1° LE CONTAGE, — Drochon, en 1882, écrivait déjà : « Dans la tuberculose, tous les liquides de l’organisme contiennent le contage et peuvent devenir des agents de contagion. » Ce principe, que de nombreuses recherches ultérieures sont venues confirmer, semblent pleinement admis aujourd’hui ; lexpérimentation, d’ailleurs, en fournit la preuve tous les jours. j

L’expectoration, mode de contage le plus fréquent, prend, dans la question de la tuberculose conjugale, toute son importance. Le bacille existant dans des lésions extrêmement discrètes, classées le plus sou-

vent sous la rubrique « bronchite chronique », est disséminé un peu partout par des malades, ignorants de leur état, mais souvent aussi des règles les plus élémentaires de l’hygiène.

La toux, d’autre part, projette à une distance quelquefois assez grande sur les meubles, la literie, les vêtements, les ustensiles de ménage les gouttelettes de salive plus ou moins virulentes qui sont autant de causes de contagion pour le conjoint sain.

Pour rester dans les limites de notre sujet, nous passerons sous silence les sources de contage résidant dans le fait que le bacille se rencontre quelquefois dans les selles, la bile, les urines, ces cas particuliers ne touchant que de loin à la transmission conjugale, et nous parlerons immédiatement de la sueur des tuberculeux.

Piery, attribue à la sueur la fréquence de la tuberculose conjugale. Déjà avant lui, Surmont s'était occupé de la question, mais, dans ses expériences, ne paraissait pas avoir obtenu des résultats très convaincants. Piery, avec une technique différente, note 41,66 % d’inoculations positives (54 % avec la sueur des tuberculeux pulmonaires et 30,76 % chez des tuberculeux à lésions fermées). Il semble bien qu’il ne s’agisse pas ici de contaminations de la peau par la toux, mais bien d’une « décharge bactérienne par les glandes cutanées ». |

Il reste maintenant à parler des voies génitales.

Le sperme, et ceci prend ici toute son importance, peut être une cause de contagion.

En 1886 déjà, le bacille de Koch fut décelé dans le

parenchyme testiculaire et, en 1893, Aubeau le mit en évidence dans les sperme des tuberculeux sans lésions génitales. Les expériences de Landouzy et Martin ont été répétées: en injectant aux cobayes du sperme provenant d'individus tuberculeux, sans lésions génitales; chaque fois l’injection est suivie de lésions pathognomoniques de la cavité péritonéale., Si le malade est porteur de lésions génitales, orchi-epididy- . mite par exemple, la virulence du sperme est encore plus grande. ,

2o LEs Voies D'ENTRÉE. — Elles sont multiples, la vie conjugale étant plus que toute autre favorable à la contagion.

La pénétration du bacille par les voies respiratoires n’est plus aussi généralement admise qu’autrefois. On fait jouer, actuellement, un plus grand rôle à la contamination par les voies digestives (Chauveau, 1868). Si le bacille pénètre facilement dans l'organisme par la muqueuse intestinale, sa pénétration par la muqueuse buccale et les voies digestives supérieures semble beaucoup plus rare. Dans tous ces cas, le contage est apporté soit par la salive déglutie, soit par les aliments contaminés par les poussières ou les particules de mucus des quintes de toux.

‘Il convient de parler, à ce propos, du baiser chez. les tuberculeux. Landouzy insistait déjà sur la fréquence de ce mode de transmission entre conjoints. Cornet ne semble pas partager cet avis : s’il considère le baiser comme dangereux pour l’enfant et lui

L attribue bon nombre d’adénites tuberculeuses, il le trouve, par contre, assez anodin chez l’adulte,

- Au Congrès de 1905, le Professeur Spillmanii insistait sur une autre porte d’entrée : la voie génitale. Déjà émise par Verneuil, en 1883, cette hypothèse de la pénétration du bacille de Koch par la muqueuse génito-urinaire, fit l'objet de nombreuses discussions. Elle fut, d’autre part, l’objet d’une thèse de Verchère, en 1884, et confirmée par la découverte du bacille dans le sperme et les sécrétions génitales de la femme, et l'expérience de Cornil (1888), qui tuber-culise des cobayes en introduisant des cultures dans le vagin ou l'utérus. ! |

. La contamination se fera donc par le coït, par des linges souillés ou tout autre instrument malpropre.

On a parlé de la transmission du mari malade à la mère saine, par l'intermédiaire du fœtus. Admise par quelques médecins au siècle dernier, la tuberculose conceptionnelle ne semble pas avoir rencontré beaucoup d’adeptes et demeure purement hypothétique.

Les expériences faites à ce sujet sont restées négatives. Les femelles de cobayes ‘et de lapins fécondées par du sperme virulent furent contaminées par le coït et non par lintermédiaire de l’œuf infecté.

Enfin, J. Courmont et Piery attachent une importance prépondérante à une autre voie de pénétra-

tion : la voie cutanée. L’inoculation accidentelle, à la faveur d’une plaie, est un fait établi par un grand nombre d'observations ; ce n’est pas ce dont il s’agit, mais bien de la pénétration du bacille à travers la peau saine. Pour Piery, ces deux notions : celle de la virulence de la sueur, dont nous avons déjà parlé et celle de la peau, porte d’entrée de la tuberculose, donnent « la clé de la tuberculose conjugale »,

Il est à remarquer toutefois que dans les expériences faites à ce sujet, la peau n’était intacte qu’en apparence ; il avait fallu la raser et la frictionner énergiquement pour assurer la pénétration du virus, aussi devons-nous demeurer assez réservé quant aux conclusions à tirer de cette expérimentation. En effet, lorsque l'infection cutanée se produit, elle tend presque toujours à rester localisée ou à guérir spontanément.

Page 1