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CHAPITRE VII

Traitement.

La première discussion qui eut lieu en France, au sujet de la " tuberculose uvéale, eut lieu le 9 juillet 1879 à la Société de chirurgie de Paris, à l'instigation de M. Parinaud.

M. Anger dans son rapport du 9 juillet, sur l'observation de M. Parinaud, proposa l'extirpation du globe oculaire pour délivrer le malade d'un organe inutile et dangereux. M. Anger s'appuyant d'une part sur un cas de tuberculose de la choroïde chez une fille et qui fut le point de départ d'une généralisation de cette affection, d'autre part sur l'observation de M. Parinaud dont le malade énucléé était mort cependant un an après par suite d'une généralisation du côté des méninges, M. Anger, à l'exemple de Laënnec et de Virchow, assimilait le tubercule aux tumeurs malignes.

M. le professeur Verneuil regarda cette proposition de Virchow, partagée par M. Anger et par un grand nombre de chirurgiens allemands, comme très discutable. Une série de faits qui se tirent de l'évolution des tumeurs malignes et des infections qui en résultent s'inscrivent en effet à faux contre cette manière de penser. Puis un certain nombre de sujets peuvent guérir et guérissent I effectivement par crétifîcations du produit tuberculeux, chez d'autres l'évolution reste limitée et stationnaire. Pour M. Verneuil toute opération faite chez ces sujets est une excitation nouvelle souvent

défavorable, ce qui lui fit conseiller d'apporter la plus grande réserve à l'intervention.

M. Desprès rappela à ce sujet un travail qu'il avait fait sur la pyoliémie chronique et dans lequel il avait énoncé que toute tuberculose se terminait par une généralisation. M. Desprès était partisan des idées de M. Anger et de Virchow.

M. Trélat ajouta que lorsqu'un sujet est atteint de tubercule quelque part, il est sous le coup de la tuberculose. Cependant M. Trélat conseillait l'expectation et n'approuvait l'intervention que si l'œil était la cause de douleurs insupportables, ou le siège d'hémorrhagies successives.

MM. Giraud-Teulon, Lefort et Tillaux se montrèrent beaucoup plus afilrmatifs et proposèrent l'énucléation dans le but de détruire le foyer de généralisation.

A la séance du 3 décembre 1889 à la Société d'ophtalmologie de Paris, M. Terson termina par les conclusions suivantes, le travail qu'il lut sur un cas de tuberculose irienne guérie par une iridectomie partielle : Temporiser en tenant la pupille dilatée, quand la tumeur a pris naissance à la périphérie de l'iris, parce qu'en agissant trop tôt on fragmente la. tumeur qui se reproduit aussitôt, comme le fait s'est présenté dans les observations de Wolfe et d'Alexander. Si d'autres tubercules se produisent, faire par une plaie cornéenne étroite l'arrachement de l'iris, suivi d'un lavage aussijparfait que possible de la chambre antérieure ; énucléation seulement en cas de douleurs intolérables.

En avril 1890, eut lieu une nouvelle discussion à propos de deux nouveaux cas présentés par M. de Wecker.

M. de Wecker posa en principe que « l'œil est isolé dans sa coque scléroticale comme dans un vase clos ; Finfection ne peut rien sur

lui, pas plus qu'il ne peut transmettre son infection au reste de l'organisme ». M. deWecker proposa l'excision partielle lorsque la tuberculose est nettement limitée, l'abstention s'il y a des signes de généralisation.

M. Vignes préconisa l'intervention radicale surtout si la fonction-, est devenue nulle ou à peu près, pensant que la tuberculose généralisée de l'œil peut devenir une source d'infection.

M. Despagnet se montra partisan del'expectation, faisant remarquer les difficultés que peut présenter parfois l'iridectomie partielle, en raison du siège du petit tubercule dans l'angle irido-cornéen.

MM. Abadie, Gillet de Grandmont, Parinaud, Chauvel, professèrent la même opinion.

Ces diverses propositions, ces idées émises si différemment, dépeignent par elles-mêmes l'état d'incertitude dans^lequel se trouvent les esprits. Les succès que les uns ont obtenus, les déboires que les autres ont essuyés dans des conditions qui semblaient identiques sont la cause de ces divergences d'opinions. Peut-être trouverait-on la véritable solution dans une connaissance plus approfondie des diverses formes de tuberculose. Le tubercule solitaire primitif, s'il était nettement isolé, sans adhérences, sans connexion, sans fusions sous-jacentes, réclamerait une intervention, une iridectomie dont le malade tirerait certainement le plus grand profit. Mais qui pourra dire les limites du néoplasme, qui pourra affirmer qu'il n'a avec la zone ciliaire aucun lien, aucune parenté ? Ne savons-nous pas déjà que, dans les diverses tuberculoses osseuses, là où s'ouvre la collection purulente, où s'ouvre l'abcès, ! ne se trouve pas le foyer tuberculeux, et que le stylet doit faire bien des détours avant d'arriver à la source même de la dégénérescence caséeuse. Puis chacun sait que pour entraver une géné-

ralisation, lorsque la chose est possible, l'intervention doit être hâtive, que la tuberculose atténuée a de plus en plus tendance à jouer un rôle considérable dans les observations de tuberculose oculaire. Sait-on en énucléant, si l'organe que l'on ampute n'aurait pas guéri peu à peu si l'on ne s'était pas si hâté ? L'expectation seule peut répondre, mais alors il n'est plus temps d'intervenir et le chirurgien se trouve dans cette impasse ou de priver son malade d'un organe qui aurait pu lui être utile dans la suite, ou d'assister en spectateur à l'évolution du néoplasme, spectateur impuissant lorsque les désordres ont atteint tout l'organe. Mais cette alternative anxieuse n'est guère à redouter, empressons-nous de le dire, car les tuberculoses cliniquement primitives sont choses rares, et il ne s'agit le plus souvent que de tuberculose secondaire.

Pour bien comprendre le traitement rationnel de la tuberculose uvéale, il faut partir de ce principe que la tuberculose irienne, cliniquement primitive, n'est jamais en réalité que très probablement secondaire puisque, comme nous l'avons vu, elle est d'origine interne.

Nous diviserons donc le traitement selon les deux formes cliniques : a) La tuberculose irienne est cliniquement secondaire ou concomitante ; b) La tuberculose irienne est cliniquement primitive.

a) Tuberculose irienne cliniquement secondaire ou conco-

initante.

La tuberculose irienne peut être secondaire à des affections viscérales, cerveau, poumons, intestins, testicules tuberculeux, etc.; elle peut être secondaire ou concomitante à une affection oculaire,

cornéenne, conjonctivale, ùvéale, choroïdienne . Que devra-t-on faire dans ce cas ? Quelle sera l'attitude que prendra le chirurgien ?

La question est nettement posée. Nous la résoudrons en répondant :

1"* Ne rien faire comme traitement local ; 2° Instituer un traitement général ;

3° N'énucléer que si les altérations sont progressives, détruisant absolument la fonction et la forme de l'œil et donnant des suppurations intarissables.

Pourquoi en effet, interviendrions-nous dans ce cas? Pourrionsnous avoir la prétention d'enrayer la marche d'une infection dont la source peut être très éloignée de l'organe localement atteint. Et si l'on intervenait, ne serait-il pas logique d'aller également détruire tous les foyers locaux qui se formeraient successivement ? Où s'arrêterait-on dans cette voie? Qui pourrait jamais prévoir les limites de ces interventions répétées. Aussi bien ne pourrions-nous mieux faire que de rapprocher de ce sujet la question de l'intervention dans la tumeur blanche, dans le testicule tuberculeux.

Dans ces affections, on est complètement revenu de l'intervention systématisée. Si l'on se reporte à l'article si remarquable pour l'époque que M. le professeur Panas a inséré dans le Dictionnaire pratique, la question du traitement des tubercules s'y trouve résumée en cesmots: expectation à outrance. « Ce n'est, dit-illui-môme, que dans les cas extrêmes, suppurations intarissables, mise à nu des surfaces osseuses, amaigrissement, diarrhée, fièvre hectique, qu'une seule ressource s'offre au chirurgien : résection ou amputation. »

Il est en effet impossible d'affirmer après l'amputation que les

ganglions profonds et inaccessibles soient indemnes, car ils peuvent avoir été envahis simultanément. Dès lors, la repullulation des germes sera immédiate et l'amputation n'aura eu pour résultat que de priver le malade d'un organe qui aurait pu ou lui être utile encore de longs mois, ou guérir spontanément dans la suite. Nous rapprochons l'iridectomie des résections, et comme l'énucléation ne la considérons que comme une intervention parfaitement mutile, en dehors, bien entendu, des conditions que nous avons énumérées plus haut : suppuration intarissable, hémorrhagies successives, douleurs intolérables, destruction progressive de l'organe et de la fonction.

Il nous suffit d'ailleurs de nous reporter aux différentes observations pour voir que rarement lorsqu'il s'est agi de tuberculose secondaire, l'énucléation a été suivie de succès, pas plus que l'iridectomie, pas plus que les paracentèses répétées. 11 faut en excepter cependant le cas de Schell. Le jeune garçon dont il s'agissait, âgé de 9 ans, souffrant déjà depuis un certain temps d'une coxalgie de nature tuberculeuse, et en outre fils d'une mère qui avait succombé à une tuberculose pulmonaire, vit la marche de sa tuberculose arrêtée par l'amputation du globe oculaire. Il faut en excepter aussi le cas de M. Poncet de Cluny dont l'opéré se portait bien quatre mois encore après Ténucléation. Quant aux iridectomies, il n'y a guère eu qu'un seul succès enregistré, celui de M. Terson, encore M. Terson est-il surtout partisan de l'expectation.

Donc nous ne ferons rien comme traitement local, nous nous en tiendrons au traitement général de la tuberculose, traitement iodoformé de M. le professeur Panas tel que nous l'indiquons plus loin. Pour mémoire, nous rappelons que M. Michaux a préconisé le traitement par l'acide fluorhydrique, Guesdes et Gautrelet par les

chlorures alcalins, Dariex par l'acide sulfureux en inhalations, Sailli par le gaiacol, etc.

b) La tuberculose irienne est cliniquement primitive.

Dans ce cas, les avis les plus divers ont régné successivement. Gradenigo eut recours à une iridectomie, ce qui n'empêcha pas la généralisation, son malade était emporté trois mois après par une péritonite tuberculeuse. Saltini eut d'abord recours à des paracentèses répétées qui restèrent sans succès, puis il énucléa et l'énucléation fut suivie de guérison. De même Manfredi après deux tentatives d'iridectomie, s'apercevant que la néoplasie envahissait le corps ciliaire énucléa et l'énucléation de l'organe entrava la généralisation et détermina la guérison. L'énucléation ne donna pas les mêmes succès entre les mains de Samelsohn et de Costa Pruneda. Dans ce dernier cas, l'énucléation fut suivie à bref délai de méningite tuberculeuse qui emporta l'enfant. Poncet de Cluny et Swanzy au contraire trouvèrent dans l'énucléation la guérison de leur malade. De même, Deutschmann put sauver ainsi son sujet. Falchi, Berthold, Wolff, Waldsworth firent l'amputation de l'organe sans aucun résultat. Le malade de Wolfe fut peu après atteint aux deux jambes d'ulcérations d'où sortait une liqueur ichoreuse de nature tuberculeuse.

Wolfe de Glascow eut d'abord recours à l'iridectomie, mais une adhérence considérable de la tumeur empêcha l'opération de s'effectuer ; une petite parcelle s'échappa de la pince à iris et tomba dans la chambre antérieure. Au bout de 15 jours, des bourgeons s'élevèrent à cet endroit incisé et s'étendirent à l'iris qui se recouvrit de petits nodules jusqu'à former une masse informe ; Ténu-

cléatîon devînt nécessaire. L'iridectomie donna le même insuccès entre les mains d'Alexander.

Dans la plaie opératoire se développa une tumeur dont la marche progressive nécessita bientôt l'énucléation. Mules énucléait dans tous les cas de tuberculose oculaire. Hirsberg, grâce à l'énucléation. a pu conserver pendant longtemps, deux enfants atteints de tuberculose primitive de l'iris.

Donc les succès sont absolument différents, les uns amputent, les autres iridectomisent, quitte à en revenir ultérieurement à l'énucléation et cependant, sauf un cas de Saltini, Manfredi, Poncet de Cluny et Hirschberg. Les résultats que donne l'énucléation sont peu satisfaisants. Aussi de notre temps est-on complètement revenu de l'intervention radicale. Les tuberculoses locales sont en effet mieux connues, l'expectation craintive des uns a ouvert les yeux aux autres et la curabilité spontanée des tuberculoses locales a jeté une déconsidération fatale sur l'intervention. Aussi « l'expectation à outrance », comme dit M. le professeur Panas, semble-t-elle être devenue la règle absolue dont on ne tente de s'écarter que dans certaines conditions bien définies.

En effet, n'avons-nous pas vu que fort probablement la tuberculose primitive n'est que secondaire, mais secondaire d'une façon cliniquement indémontrable ; la cause nous échappe, nous ne pouvons atteindre encore un foyer qui existe sans aucun doute, une lésion qui évolue sommairement, mais lentement à petites journées et qui pourra rester des années et des années sans autres déterminations locales et extérieures. Puis l'expérience, le vrai maître, a indéniablement démontré que la plupart de ces tuberculoses locales de l'iris, primitives, à marche

chronique, à marche lente se guérissaient spontanément lorsqu'elles étaient abandonnées à elles-mêmes. Qu'avons-nous à faire dans ces cas ? Hâter cette guérison par un traitement général, modifier le terrain pour s'efforcer de tenir cette source infectieuse aussi tarie que possible, c'est ce que nous ferons par le traitement iodoformé, par la tuberculme. Ferons-nous toujours ainsi ? Assurément non. « Il existe, a dit M. Terson, à la Société d'opthalmologie de Paris, une forme discrète caractérisée par le développement d'un seul tubercule qui amène des troubles graves par accroissement de son volume et détermine peu à peu la perte de la vision et même l'atrophie du segment antérieur de l'œil. On devra, alors, faire l'excision du tubercule et cela sans précipitation, seulement lorsque la tumeur apparaît dans la chambre antérieure. Jusque-là il faut temporiser en tenant la pupille dilatée, parce qu'en agissant trop tôt on s'expose à fragmenter la tumeur qui se reproduirait sur place. Si d'autres tubercules prennent successivement naissance, pratiquer par une plaie cornéenne l'arrachement de l'iris tout entier, suivi d'un lavage aussi parfait que possible de la chambre antérieure. N'énucléer qu'en cas de douleurs intolérables. » C'est cette règle de conduite qui a donné un plein succès à M. Terson, depuis elle semble être adoptée, lorsqu'il faut intervenir.

Pour résumer les avis des différents auteurs, nous disons : que M. de Wecker conseille d'énucléer lorsque le tubercule est circonscrit, de s'abstenir s'il y a généralisation ; que M. Kuchs professe « que d'ordinaire les yeux atteints de tuberculose de l'iris sont perdus ; cependant on connaît quelques cas de guérison. Par ce motif, dans les cas légers, on se bornera au début à une thérapeutique expectante, dans laquelle le traitement diététique de la

tuberculose, en général, doit jouer le rôle principal. Mais si, en dépit de ce traitement, la maladie continue à faire des progrès et que la cécité est imminente, il est préférable d'énucléer l'œil pour l'empêcher de devenir la source de l'extension de la tuberculose. »

Rappelons à ce sujet les paroles que prononça M. Trélat à la Société de chirurgie (1883) :

« Lorsque chez un tuberculeux l'une des localisations aggrave l'état général, il faut, si c'est possible, supprimer cette localisation par une opération d'exérèse ; si, au contraire, ce sont les lésions viscérales qui dominent la scène, il faut s'abstenir de toute opération ; la répartition de ces influences est toujours délicate, souvent difficile, parfois trompeuse. »

M. Parinaud qui a été le premier en France à signaler la tuberculose irienne est partisan de l'extirpation, et aussi MM. Panas, Meyer, Gillet de Grandmont, Trousseau, Despagnet, Vignes, etc.

M. Vignes après une énucléation vit se former un abcès tuberculeux de l'orbite faisant saillie au niveau du cul-de-sac bulbaire et l'enfant succombait quatre mois après.

Cependant dans son étude de la tuberculose oculaire, M. Valude a écrit, dans les Études expérimentales et cliniques sur la tuberculose, de M. le professeur Verneuil, que « toute tuberculose locale doit être extirpée radicalement, toute tubej'culose primitive du tractus uvéal condamne l'œil à l'énucléation » .

En résumé que doit-on faire devant un cas de tuberculose irienne cliniquement primitive ?

De par l'étiologie et la clinique 'qui en font très probablement une lésion secondaire, mais cliniquement indémontrable, dont la porte d'entrée nous échappe, on doit modifier le terrain par le traitement iodoformé de M. le professeur Panas ou par la tubcrculine.

Dans les cas exceptionnels où la lésion, toujours cliniqiiement primitive, prend les proportions d'un néoplasme dépassant l'iris et s'avançant vers le segment antérieur, on pourra procéder à une intervention partielle, absolument comme on curette une tuberculose locale dans les mêmes conditions, et cela au lieu de rien faire ou d'énucléer.

A. — Traitement général

a) TrEiitement iodotormé. — Le traitement iodoformé jouant dans notre traitement un rôle considérable, il nous paraît intéressant de donner en détails comment M. le professeur Panas a été conduit à l'employer, quels succès il en a obtenus et comment il l'emploie journellement.

Dans une clinique faite en 1889 sur les tuberculoSes de l'œil, M. le professeur Panas s'exprimait ainsi ;

« Depuis de nombreuses années, si je défends avec énergie la curabilité des affections uvéales, c'est que mon expérience et les faits cliniques m'ont fortifié dans cette idée. Retenez bien ceci : la tuberculose locale de l'œil à forme chronique, quel qu'en soit le siège, conjonctive, iris, cornée, apparaissant chez les individus de plus de 35 ans, peut guérir, et le médicament le plus propre à produire cette guérison est sans conteste l'iodoforme pris à l'intérieur. Je tiens à vou5 prouver par des observations le fait que j'avance. Le hasard a été pour beaucoup dans cette découverte. Je n'ai eu, Messieurs, que le mérite d'avoir su observer.

« Il y a déjà un certain nombre d'années, un malade, sur la recommandation d'un de mes excellents amis, fut admis dans mes salles, bien que son affection concernât surtout la chirurgie géné-

raie. Il avait à la face interne de la joue un cancroïde, dont il demandait à être débarrassé. Ce malade d'aspect lymphatique, portait dans la région cervicale d'énormes ganglions qui, par leur développement, avaient certainement doublé la circonférence du cou. Ils étaient durs, roulaient sous le doigt et envahissaient tous les plans de la région cervicale. Le malade nous rassura sur la nature de ces ganglions, en nous affirmant qu'il les avait toujours eus dès sa plus tendre enfance. Je pratiquai, peu après son entrée, l'ablation du cancroïde et dans l'impossibilité de faire un pansement fixe, j'ordonnai au malade dese laver souvent et d'y appliquer, dans l'intervalle des repas, des tampons d'ouate glycérinés trempés dans la poudre d'iodoforme.

«Quelle fut la quantité d'iodoforme qu'absorba notre malade pendant la durée du traitement, nous ne saurions le dire exactement. Elle a dû être pourtant assez grande si on pense à la multiplicité des voies d'absorption que créait la situation même de la plaie ; quoi qu'il en soit, et mon étonnement fut grand, tous ces ganglions, dont l'existence remontait à plus de 30 années, disparurent entièrement. Un tel fait ne pouvait passer sans frapper mon esprit et je résolus de mettre ce traitement à l'épreuve dans les affections oculaires.

a J'avais eu également l'occasion d'observer un autre cas très frappant de guérison d'une tuberculose primitive de la cornée.

« Il s'agissait d'une dame prise, sans causes appréciables, de douleurs oculaires. La sclérotique ne tarda pas à rougir et à prendre cette teinte vineuse qu'on observe dans les fortes congestions. L'ingestion scléroticale se montra surtout dans le segment supérieur : pas de trace d'iritis, pas de traumatisme, de rhumatisme, ni de syphilis. Cette épiscléritis me parut bizarre, et dans l'attente

de son évolution l'ordonnai d'instiller quelques gouttes d'atropine dans l'œil malade. Quelques jours après, je remarquai que le segment supérieur de la cornée se voilait. La conservation de l'épithélium indiquait que cette opacité avait pour siège les lames de la cornée. Peu après, je vis apparaître, toujours dans le parenchyme cornéen, trois petits points jaunes dont l'aspect rappelait

absolument celui des tubercules miliaires des méninges Le

nodule, primitivement développé, caséifié, offrant l'aspect d'un onyx de la cornée, augmenta progressivement de volume, envahit tout le segment supérieur. Il se produisit alors une ulcération profonde qu'occupait un véritable magma purulent. Peu à peu, cet ulcère se détergea et après six mois de pansements iodoformés, se cicatrisa, ne donnant lieu qu'à un vaste albugo, qui disparut luimême dans la suite »

Si nous avons cru utile de reproduire cette observation, c'est qu'elle fait ressortir l'importance du traitement iodoformé. Depuis cette leçon clinique, M. le professeur Panas a eu occasion de se confirmer dans ses idées et le traitement iodoformé lui a valu d'heureux résultats.

Nous donnerons donc le traitement iodoformé en faisant prendre au malade de 25 à 30 centigrammes d'iodoforme par jour. Pour masquer absolument l'odeur si pénétrante et si désagréable de la poudre d'iodoforme, on pourra formuler en cachets, selon la coutume de M. le professeur Panas :

Poudre d'iodoforme 30 centig-r.

Poudre de çafé 1 gr.

Ajoutons que lorsque les foyers primitifs d'infection subsistent dans les ganglions cervicaux, par exemple, il faut, suivant les cas, les extirper, les racler et y appliquer des pansements iodoformés.

— sodé façon à prévenir de nouvelles poussées de la tuberculose, et ceci suivant le conseil de M. le professeur Panas.

b) Traitement par la créosote. — Un ophtalmologiste allemand, le D"" Quint (1) a obtenu chez deux malades atteints d'iritis tuberculeuse, la guérison complète par l'usage interne de la créosote. Dans Tun des cas, l'iridectomie fut pratiquée et l'inoculation du fragment excisé dans l'œil d'un lapin confirma la nature tuberculeuse de la lésion.

c) Traitertient par la tuberculine. — Ces temps derniers, à la suite des récentes communications de Robert Koch, au sujet des propriétés de la tuberculine, on a introduit ces injections dans le traitement de la tuberculose irienne. Les observations ne sont pas encore suffisamment nombreuses pour que l'on puisse juger d'une façon définitive, mais il n'est pas de parti pris de dire que les résultats obtenus, nuls ou à peu près, ne sont pas faits pour encourager de nouveaux pas faits de ce côté. Cependant, sans savoir si tôt ou tard on reviendra de cette première impression, il ne paraît pas dénué d'intérêt, ne serait-ce qu'au point de vue historique, de faire connaître ce qui a été fait de ce côté.

Le 15 janvier 1891, Robert Koch donna la composition de son remède : extrait glycériné de cultures de bacilles tuberculeux ; et l'hypothèse qui désignait sa méthode : « une substance toxique produisant la nécrose des cellules et ne détruisant pas les bacilles, peut tout de même guérir la maladie en créant autour des bacilles une atmosphère nécrotisée dans laquelle ils ne peuvent pas vivre ». . ,

L'explication du mode d'action de la lymphe se satisfît pas tous les esprits. Le professeur Hertwig, notamment, chercha une expli-

(1) Seniaine médiôale, 13 mai 1893.

cation dans le fait signalé par Stahl, Pleffer,à savoir que certaines substances chimiques solubles dans l'eau exercent sur les cellules végétales ou animales, libres dans ce liquide, une action tantôt attractive et tantôt répulsive qu'on désigne sous le nom de chimiotaxie. 11 pense pouvoir expliquer par l'action répulsive du produit de nutrition de certains bacilles, le fait qu'ils résistent à la phagocytose, bien que les globules blancs aient conservé leur aptitude à absorber des particules diverses. La même susbtance, suivant son degré de concentration, est attractive ou répulsive et l'effet vaccinant s'explique par une action secondaire, la substance pendant son séjour dans le sang ayant impressionné les leucocytes de manière à les rendre plus sensibles à son égard.

Rossenbach différencie plusieurs formes de réaction pour la tuberculine : 1" la réaction tardive après l'injection du matin et à petite dose peut survenir dans d'autres affections que 1^ affections tuberculeuses, telles que les suppurations, les affections du cœur 2o la réaction après l'injection du soir ; 3° la réaction avec longue durée de l'action fébrile de la tuberculine ; 4° la fièvre consécutive ; 5° le type inverse.

Comme toujours l'expérimentation a précédé l'application de la méthode. Elvidio Gasparini et Ferruccio Mercanti, en mai 1891, ont fait connaître le résultat de leurs expériences sur ce sujet. Ils avaient choisi des lapins albinos comme se prêtant mieux aux observations microscopiques en raison de l'absence de pigment mélanique et avaient fait trois séries d'expériences.

Dans la première série : injections dans la chambre antérieure de la lymphe de Koch chez des lapins sains, 2 lapins ;

Dans la seconde série : même expérience sur des lapins déjà atteints de tuberculose oculaire expérimentale, 25 lapins ;

Dans la troisième série : même expérience chez des lapins dont l'œil était en même temps inoculé de tuberculose, 8 lapins.

Chez les lapins de la première série, opacité de la cornée au bout de 45 minutes, l'épithélium se détache sur place. Le lendemain il est réformé et il se dépose un amas fibrineux dans la chambre antérieure. Trois jours après l'œil redevint normal.

Chez les lapins de la deuxième série, lésions de la cornée et de la conjonctive, iris et corps ciliaire profondément altérés.

Chez les lapins de la troisième série, pour qu'on n'objecte pas que le traitement a été trop tardif, il suivit immédiatement la transmission du contage. Onze jours après l'inoculation les premiers symptômes de la tuberculose irienne apparurent. Donc résultats nuls.

Les conclusions que les auteurs tirèrent de leurs expériences sur la tuberculose oculaire furent les suivants :

1° La tuberculine instillée dans le sac conjonctival ou injectée dans la chambre antérieure agit comme substance irritante ;

2° Elle n'a aucune action sur la tuberculose expérimentale n sur les bacilles. Au contraire elle donne lieu à une réaction inflammatoire, exsudation, infiltration de leucocytes dans le tissu environnant les tubercules, réaction qui aggrave l'action de l'œil ;

3° Elle n'a aucune action sur le développement de la tuberculose même à son début.

Nombre d'observateurs ont fait les mêmes expériences et sont arrivés à des résultats divers. Nous ne pouvons que citer leurs conclusions, signalant pour plus amples détails un très intéressant travail que le D"' Kostenitsch vient de faire paraître dans les Archives de médecine expérimentale de M. Charcot.

Donitz est arrivé aux résultats suivants :

1° La tuberculine est un moyen de guérison sûr et certain contre la tuberculose provoquée dans l'œil du lapin ;

2° La tuberculine fait apparaître son influence alors seulement qu'on trouve déjà dans l'œil un tubercule microscopique ;

3° Le premier elfet de la tuberculine est une forte inflammation

transitoire de l'œil ;

4» Plus tard sous l'influence de la tuberculine l'inflammation de

l'œil se guérit ;

5° Si avant le début du traitement l'œil ne présentait pas de lésions graves, on peut conserver la vue ; dans le cas contraire, l'œil s'atrophie ;

6° La tuberculine doit être employée à des doses croissantes afin de provoquer toujours une réaction notable.

La meilleure dose initiale, d'après Donitz, est de 0 gr. 003, puis on répète tous les trois jours l'injection en augmentait la dose pour arriver à 0 gr. 04.

Les résultats de Pfuhl, de Sattler, de Baumgarten sont moins brillants. Alexander, Popoff, Weiss, Czaplweski et Roloff n'obtinrent aucun résultat, de même de Wissmann. Quant à Kostenitsch, son beau travail se termine ainsi :

« La tuberculine, quelles que soient les doses grandes ou petites auxquelles on l'administre ne peut guérir ou ralentir le processus tuberculeux local provoqué chez les lapins par les bacilles tuberculeux morts. Administrée à fortes doses elle pourrait plutôt être nuisible, dans ces cas la tuberculine ne contribue pas à l'enkystement du tubercule et des bacilles, d'où la conclusion que la tuberculine telle qu'elle est administrée actuellement comme remède antituberculeux chez l'homme doit être abandonnée. »

La tuberculine a été expérimentée chez l'homme dans des cas de

tuberculose irienne, par Knaggs et Albrand et n'a pas donné de résultats plus décisifs.

William Hunier a préparé quatre modifications de la tuberculinc, qu'il appelle « tuberculinoses », qui ne contiennent que l'albuminose curative de la tuberculine sans ses principes hypersténisants, ni ceux qui produisent l'intlammation locale. Cette tuberculine anglaise n'a donné aucun résultat. Elle a été expérimentée par Trudeau, qui dit cependant : « La modification C. B. obtenue par Hunter a moins de pouvoir de guérison et est aussi dangereuse. La modification B est aussi efficace et offre moins de dangers que la tuberculine. Les solutions de baclério-protéine n'ont que peu d'influence sur la tuberculose expérimentale; elles produisent la suppuration et peuvent entraîner la mort; le liquide de cultures dont elles proviennent par filtration contient les éléments qui provoquent la réaction et guérissent. La tuberculose expérimentale de l'œil d'un lapin peut être guérie par des injections dece liquide».

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