‹ La tuberculose de la glande thyroïdeChapitre 6 sur 21 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

Avant qu'il nous soit permis d'entrer dans quelques détails sur les caracteres microscopiques de la glande thyroïde, nous dirons quelques mots d'anatomie pathologique générale de l’élément primitif de la tuberculose, c'est-à-dire le follicule de Kôiter.

D'une façon générale les productions tubercuieuses, quel que soit leur aspect macroscopique, sont caractérisées histologiquement par la présence de granulations tubereuleuses élémentaires ou follicules de Kôster. Ge follicule a la constitution suivante : Au centre, il y a une cellule volumineuse dont les dimensions sont variables, avec plusieurs noyaux et dont le centre est souvent dégénéré ; c’est ce qu’on appelle la cellule géante. Autour d'elle il y a une couronne de cellules allongées et rappelant par leur aspect les cellules épithéliales ; d’où le nom de cellules épithélioïdes ; 11 y a encore plusieurs rangées de cellules rondes, petites, lassées les unes contre les autres — cel- Jules embryonnaires quise continuent insensiblement avec le tissu sain environnant. Tout cet ensemble cellulaire qui constitue des follicules tuberculeux est réuni par un stroma fibril'aire analogue au tissu réticulé ou adénoïde

(Collet).

Mais sur la morphologie du follicule tuberculeux :l existe plusieurs opinions : les uns, avec Baumgarten, disent que, lorsque le bacille est apporté au sein d’un tissu, les cellules fixes de ce tissu entrent en prolifération, leurs noyaux présentent un processus de karyokinése; les autres disent que les éléments fixes des tissus ne sont pas seuls à prendre part à cette multiplication, mais que les leucocytes y entrent pour une grande partie. Done, les cellules épithélioïdes auraient une origine mixte (Collet).

Quant aux cellules géantes, on les a considérées comme dérivant des leucocytes, dont les noyaux se multiplieraient sans division de protoplasma, ce qui aboutit à la formation d’une cellule à noyaux multiples ; d’autres les ont considérées comme le résultat d’une fusion de plusieurs leucocytes ou comme des cellules vascformatives. Dans quelques cas elles ont paru provenir des cellules endothéliales Iymphatiques ou par prolifération. En général, les cellules géantes contienneut des bacilles disséminés : ceux qui * occupent le centre sont difficiles à colorer et que Metchnikoff considère comme des bacilles digérés ou altérés par la c:llule géante; la cellule géante engloberait donc les bacilles et ce serait un phagocyte. Nous verrons ailleurs l'opinion de Fraenkel et Weigert sur le rapport qui existe entre la présence des bacilles et celle des cellules géantes.

Jusqu'ici nous savons comment est constitué le follicule de Kôster, mais ce follicule ou granulation élémentaire se groupe de diverses façons pour constituer les lésions tuberculeuses : granulations miliaires ou grises, le tubercule et l’infiltration tuberculeuse. La granulation miliaire ou grise est formée par un groupement de plusieurs follicules : ces granulations, de la grosseur d’un grain de

millet, sont disséminées dans les différents organes et constituent ce qu’on appelle la tuberculose aiguë généra lisée ou granulie. Le tubercule est une agglomération de follicules beaucoup plus considérable formant une petite masse, dont le centre dégénéré et caséeux est entouré d’une couronne de cellules géantes et la périphérie est composée de cellules embryonnaires. (Gollet, Précis de Path.interne.) Ces tubercules peuvent avoir même la grosseur d’une noix.

L’infiltration tuberculeuse est constituée dans l’envahissement d’ur tissu, par des follicules tuberculeux réunis entre eux par des amas de cellules :embryonnaires ; en somme, c’est une infiltration en nappe continue et non un semis de tubercules séparés par du tissu sain.

Le tubercule tend à s’accroître par sa parte périphérique, tandis que sa partie centrale dégénérée subit la caséification. Les cellules géantes épithélioïdes deviennent moins colorables par les réactifs ; elles prennent un aspect homogène transparent et vitreux; elles se fusionnent de façon à former une masse parsemée de craquelures irrégulières. Dans un second stade, cette masse vitreuse devient opaque, les noyaux disparaissent, toute trace de corps cellulaire a disparu; le centre du tubercule n’est plus qu’une substance molle, jaunâtre, analogue à du caseum (dégénérescence caséeuse). Et cettemasse caséeuse est succeptible de se ramoilir et de former un magma quis’évacue facilement au dehors, comme on le voit dans les cavernes pulmonaires. La caséification et le ramollissement gagnent de proche en proche. Mais le tubercule est capable aussi de subir une autre évolution ; pendant que son centre se caséifie, sa périphérie subit

he (is la transformation fibreuse ; il se produit de la sorte un travail d'enkystement, le tubercule est réduit à un nodule dur et fibreux, le caseum se résorbe ou devient une masse crétacée.

En somme, le tubercule peut subir deux évolutions bien différentes : fibreuse ou caséeuse. Lorsque la première l'emporte sur la seconde on assiste à la guérison des lésions, à leur cicatrisation.

Jusqu'ici nous avons fait un exposé très court de l'élément primitif de la tuberculose. Pour aborder une étude macroscopique de la tuberculose de la glande thyroïde, nous avons consulté quelques travaux faits en Allemagne,

Presque tous les auteurs sont d'accord aujourd’hui sur ce point que la tuberculose de la glande thyroïde la plus fréquente est celle qui est consécutive à la tuberculose miliaire ; sur 100 cas, Chiari en a trouvé 7 ; elle est plus rare dans la tuberculose chronique. Ziegler dans son Manuel d'anatomie pathologique spécial(1885) dit : « Les inflamations tuberculeuses de la glande thyroïde sont rares et se manifestent sous les mêmes formes que dans les autres organes. Dans ces circonstances, 1l nous semble qu’il est utile d'attirer l'attention sur l'étude renouvelée de la question de la tuberculose de la glande thyroïde ; d’autant plus que depuis la découverte du

bacille de Koch on n’a aucune communication à ce sujet.

Quoiqu'il s’agisse ici d’une tuberculose primitive probable, nous avons en vue de faire une étude d'ensemble,

car, au point de vue anatomie pathologique, la différence

entre la forme miliaire et la forme chronique n’est pas grande ; il s’agit toujours de l'élément primitif — le fol-

PR licule pris dans toutes ses formes de groupement. Toutefois comme nous le ferons remarquer plus loin, Pimportance serait grande au point de vue clinique et pratique.

Bien qu’iln’y ait pas de doute sur ce point que la forme la plus fréquente est celle de la tuberculose miliaire, il faut cependant faire quelques différences au point de vue de la localisation ; quelquefois les tubercules sont uniformément répandus dans l'organe tout entier ; d’autres fois, dans un seul lobe ou même seulement dans une seule partie d’un lobe. Toutes les fois que l’incision a été faite et qu’on écarte les parties molles, on voit sur la surface de l'organe dans les cas prononcés, des nodules d’une couleur blanc-crisâtre qui se distinguent facilement sur la capsule thyroïdienne et sur les coupes, par leur couleur qui diffère de celle du tissu ambiant. Même apres un examen à l’œil nu, il a été impossible de les confondre avec d'autres produits pathologiques ; dans tous les cas, le microscope a rejeté le moindre doute et confirmait le diagnostic. Dans cette forme, la glande thyroïde n’a montré aueune autre anomalie qu'on puisse noter et surtout l’organe n’a jamais été augmenté de volume. Dans les cas qui servent de base au travail de Chiari, nous trouvons au contraire une hypertrophie assez considérable de la glande thyroïde (obs. [, Chiari).

Généralement ici, les nodules ne dépassent pas la grosseur d'un grain de pavot ou celui d’une tête d’épingle. d’une couleur grise ou blanc-grisâtre ; ils sont bien délimités, leur forme est tantôt sphérique, tantôt fusiforme. Il y a des formes qui sont en pleine discordance avec celles décrites plus haut et se rencontrant dans les cas où

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