SECONDE PARTIE
Le Danger de la Tuberculose sénile pour la Société
La première parlie de celle étude nous à amené à cetle conclusion, justifiée par différentes statistiques que la tuberculose du vieillard est commune. Il nous reste à examiner maintenant si celle maladie fréquente présente encore, quand elle frappe un sujet d'âge avancé, un danger pour l'entourage immédiat du sujet et par là même pour la Sociélé toute entière. En un mot il nous reste à examiner si la tuberculose du vieillard est elle aussi comme celle de l'adulle une tuberculose conlagieuse. Ce problème fera l’objet de cette seconde parlie.
Rappelons d'abord que souvent cest une lubereulose ouverte que présente le sujet âgé, car, s'il est vrai que la maladie atteint rarement, chez le vieillard, la forme de phlisie, c'est-à-dire la forme de consomptlion, il est également vrai qu'elle en arrive souvent au stade -qui précède immédiatement celui de la phlisie, au stade
de 1x caverne. A celle période, nous le savons, l'orga-
nisme, par une réaction de défense, oppose à l'envahissement des formations fibreuses et des adhérences de proteclion ; c'est l’âge où la bacillose, dont le début est souvent lointain, a eu le temps de faire son nid au sein des tissus et de gagner de l'avant jusqu’au point où elle rencontre de véritables barrières l’arrêtant dans sa marche progressive. La lésion a, pour ainsi dire eu le temps de mürir ; el, après avoir d'abord congestionné les tissus, pour les lransformer en lubercules et en caséum, les bacilles ont pu s'ouvrir une large porte de sortie vers les voies aériennes.
Dans les observations que nous avons déjà reproduites, nous avons pu remarquer à différentes reprises. que l’autopsie et quelquefois la clinique relevait une ou plusieurs cavernes masquées dans le tissu pulmonaire.
L'observation de Peter (v. p. 29) nous présentait un général dont la respiration, sous la clavicule gauche, élait caverneuse el s'accompagnait d'un bruit de gargouillement.
Quelques cavernules existaient égaement dans le poumon de celle femme de 67 ans dont Vulpian a rapporté l’autopsie (v. p. 55).
Nous cilerons encore quelques observations de: tuberculose caverneuse chez des vieillards et tout d’abord deux cas s'accompagnant d'hémoptysies, l'un de-
Quesne, l’autré de Durand Fardel.
OBSERVATION XI (Quesne) (1)
Une femme de 80 ans meurt subilement en rendant par la bouche une grande quantité de sang.
Autopsie. — Les vaisseaux de la pie-mère et les sinus sont gorgés de sang. La cavité de l'arachnoïde contient beaucoup de sérosilé colorée en rouge par une assez grande quantité de sang. Le cerveau est sain.
On trouve dans la plèvre gauche quelques onces de sang ; le poumon du même côlé offre une couleur livide, il adhère par son sommet à la plèvre costale, on y lrouve une caverne du volume d'une grosse noix communiquant avec un tuyau bronchique et avec la cavité pleurale par une déchirure située à la partie inférieure.
Tubercules miliaires en grand nombre dans le lissu pulmonaire qui l'avoisine ainsi que dans les aulres parties des deux poumons,
Sa substance pulmonaire est en outre infillrée de sang coagulé ; elle se déchire avec facilité ; les bronches contiennent une écume sanglante.
Le cœur est légèrement hypertrophié ; l'aorte présente quelques plaques osseuses.
L'estomac renferme un peu de sang mêlé à des haricots non digérés ; la muqueuse est irrégulièrement colorée en rouge que le lavage enlève complètement, elle a sa consis-
Lance normale.
(1) QUESNE. — Bulletin de la Société anatomique, 1829.
OBSERVATION XIT (Durand Fardel 1)
Hémoplysie considérable suivie des signes d'une phlisie à marche aiguë. Mort lrois mois après. Tubercules nombreux el peliles cavernes.
Une femme, âgée de 75 ans, assure se bien porter et n'avoir jamais craché de sang. Il parail cependant qu'elle tousse habituellemel et éprouve quelquefois de la dyspnée, bien qu'elle ne s'en soil pas plainte et n'en ail pas changé son genre de vie.
Le 3 oclobre, elle fut prise d'une Lémoplyste énorme : elle remplit dans la matinée un vase de nuit presque entier de sang noirâlre el spumeux. Quelques heures après elle avait Ha face un peu colorée, se trouvait prise à chaque instant de frissons, ne se plaignait pas du reste, el disait n'être pas malade ; la respiration élait un peu gènée, la chaleur de la peau normale, le pouls offrait peu de force et de fréquence.
On trouva que la sonorilé de la poilrine, bonne à droite, élait moindre à gauche, au sommet el en arrière surtout, sans malité de absolue ; la respiration était légèrement bronchique et la voix résonnante au sommel gauche ; au-dessous, à la partie moyenne, on entendait un râle sous crépitant assez abondant ; un peu de râle muqueux à droite. Une saignée fut praliquée. à
Le malade rendit encore pendant lrois jours, un verre de sang noirâlre, puis rulilant, par jour. La fièvre el l'oppression augmentèrent (sangsues à l'anus ; ralanhia). La fièvre cessa, mais le malade Lomba dans un grand affaissement. Les
1 Durnaxp Farpez. Traité clinique et pratique des maladies du vieil lard 1854, p. 626.
crachats redevinrent muqueux, abondants, épais, accompagnés d'un liquide ciair el séreux, quelques-uns violacés. De la crépilation humide, avec souffle et résonnance de la voix plus prononcés, occupaient toujours le sommet du poumon gauche. Du ràle sous crépitant apparut à droite. Un devoiement abondant survint, et le malade mourut le 4 janvier, Lrois mois après son hémoplysie, après avoir passé plus d'un mois dans un élal extrême de prostralion.
On trouve le sommet gauche occupé par des tubercules ramollis el nombreux,avec de peliles cavernules paraissant de formation récente. Des tubercules en moins grand nombre se trouvaient dans le lobe supérieur du poumon droit. Une infiltration sanguine partielle d'apparence récente existait à la parie extérieure du poumon gauche, Enfin les deux poumons élaient généralement engoués, offrant ça et là des points friables de pneumonie. Point de rougeur ni aucune altération
dans les bronches ».
De Durand Fardel, voici encore deux observations
où l’autopsie révéla des cavernes :
OBSERVATION XIII (Durand Fordet) (Rèsumé)
Femme de 63 ans. Entrée à la Salpétrière en janvier 1839. Grande maigreur. Douleur dans le côté gauche de la poitrime. Pas de fièvre. Un peu de toux sèche. L'anscultation et la percussion ne révèlent rien d’anormal. Le point de côté est traité par des sinapismes, des sangsues el des vésicatoires. Continue
à maigrir el à s'affaiblir.
AN
Le 16 février, semble plus souffrante. Malité sous la clavicule gauche avec souffle fort et bronchophonie. Point de rales. Respiration faible en arrière. Pouls fréquent mais peu développé. Pas de douleurs au côté, pas d’oppression. On croit à une pneumonie au début.
Le 23 février, Le souffle prend un caractère caverneux.Pectoriloquie. Parfois des gargouillements.
La maigreur s'accentue. Teint terne, pas de sueurs noc- Lurnes. Fièvre revenant irrégulièrement le soir. Grande faiblesse de la circulation. L'expectoration avait toujours été nulle d’où diagnostic de pneumonie douleuse. On pense à une dilatation bronchique.
Le 24, fièvre très forle. Râles fins mêlés aux ràles caverneux. Diarrhée puis évacuations alvines involontaires. Adynamie profonde, sans Loux, ni crachats, ni douleurs.
Mort le 10 mars.
A l’autopsie, adhérences générales et très serrées des poumons. Plèvre épaissie. Lobe supérieur gauche présente 3 cavernes de grosseur d'une amande. À l'entour, induration du lissu. Coloralion ardoisée avec lâches blanches ou grisàtres. Bronches très blanches et d'apparence bien saine. Plusieurs rameaux viennent s'ouvrir dans les cavernes.
Cœur pelil. Parois inteslinales minces. Rate très ferme.
Reins pâles. Foie normal.
OBSERVATION XIV {résumée)
urand Farde Durand Fardel
Blanchisseuse de 60 ans. Perte de l'œil gauche à la suite
de contusion il ÿ a 9 ans. Entre pour opacité incomplète de
la-cornée droile. Constlilulion autrefois robuste. Toux depuis ? ans. Rhume il y a 8 mois. Depuis, toux et dyspnée progressent.
A l'entrée, face altérée, respiralion gènée. Sonorilé en arrière. Sousclavicule droite, matilé complète. Crachals muqueux, blancs, assez abondants. Mouvement fébrile.
Tous les symplômes augmentent de gravité. Mort le 8 septembre.
Aulopsie. — Poumons adhérents. Pas de liquide dans les plèvres. Au sommel droit une caverne capable de loger un œuf el dont la paroï antérieure, assez mince, demeurail atlachée à la paroi thoracique par d'anciennes adhérences. Le sommel des ? poumons élail farci de tubercules. En outre ? peliles cavernes dans la parlie la plus profonde du poumon
gauche.
Ces quelques observalions de Boinet présentaient
aussi des cavernes
OBSERVATION XV (Boinel)
C. .. Jules, 6? ans, calarrheux aux doigts hippocratiques, succombe lentement aux progrès de la cachexie tuberculeuse. Le poumon gauche recouvert d’une plèvre fibreuse très épaissie, adhère à la paroi thoracique et au péricarde ; il présente, à son sommet, une caverne du volume d’une mandarine, entourée d’une zone de tubercules jeunes. Les bronches épais-
sies, dures, non dilalées, ont sur leur muqueuse une forte
HOBUUE
couche de mucosilés purulentes. Au-dessous de la caverne se: trouve des amas de noyaux caséeux jaune grisàlre, non ramollis, parsemés de points noirs anthracosiques. Un de ces blocs caséeux est triangulaire ; sa base confine scissure, il a 4 centimètres de largeur sur 3 de hauteur. On voit dans le lobe inférieur, qui est très congestionné, des lubercules Jeunes disséminés, une caverne grosse comme une noiselle el un bloc de tubercules caséeux conglomérés, mesurant 7 €. de hauteur sur 5 de largeur. Le poumon droit est atteint de tuberculose fibreuse des vieillards. Il est très adhérent à la paroi thoracique et recouvert d'une plèvre forlement épaisse. Son sommel est le siège d'une sclérose intense le transformant en une masse dure, résistante, fibreuse qui présente sur la coupe, d'abondants traclus scléreux eirconscrivant les bronches remplies de pus et de petits tubercules non ramollis, sans cavernes. Le lobe inférieur est parsemé de tubercules jeunes, disséminés dans un issu fibreux. L'orifice lricuspidien est dilaté. Le foie à un aspect muscade avec dégénérescence graisseuse. Les reins sont rétractés el graisseux.
Les capsules normales sont scléreuses, peliles.
OBSERVATION XVI (Boinet)
R... Marie, 62 ans, entre à l'Hôtel:Dicu dans un état de misère physiologique considérable el avec des signes cavilaires de tuberculose à la 3° période.
A Faulopsie, on trouve au sommet du poumon gauche, une caverne grosse Comme une noix ; elle est recouverte d'un
épaississement pleural fibreux Lrès épais ; elle est entourée de
quelques cavernules et de lractus fibreux engainant de pelits tubereules anciens colorifiés el quelques cavernes. La parue supérieure du lobe inférieur est infillrée de petits tubercules non ramollis, de formation plus récente. Le poumon droil est entouré d'adhérences fibreuses considérables dans Loule sa hauteur ; elles sont plus accusées au sommet et sur les côlés de la cage thoracique ; elles sont très marquées au niveau du diaphragme ; son lobe supérieur est le siège des lésions classiques de la phlisie fibreuse avec abondants trac- Lus scléreux entourant de pelits tubereules non ramollis. Ces lésions existent aussi, mais à un degré moins avancé, dans les deux lobes inférieurs. Le foie et les reins sont alleints de dégénérescence graisseuse ; l'aorte est athéromateuse. Enfin on note, comme dans le cas précédent, une dilatation de l'orifice tricuspidien, lésion assez fréquente dans Ja tuberculose
fibreuse.
OBSERVATION XVII (Boinel)
IL... Pierre, 65 aus, meurt de tuberculose cavilaire. Dans la moitié supérieure du poumon gauche, on {rouve une série de cavernes entourées de lractus fibreux et de Lubercules miliaires. II existe des tubercules en voie de ramollissement à Ja base. Le poumon droil présente, au niveau de son lobe supérieur, une caverne du volume d'une mandarine el une infillralion de tubercules miliaires. Son lobe inférieur est infiltré en masse par des Lluberculeuses jeunes. L'orifice triecuspide est
dilaté. Le foie est atrophié, graisseux.
OBSERVATION XVIII (Boinet)
G... Honoré, 68 ans, présente à l'aulopsie une caverne du volume d’une mandarine au sommet du poumon droit et des tubercules caséifiés dans la moilié supérieure de cet organe. Le lobe supérieur du poumon gauche est le siège de tubercules caséeux et de cavernes. Atherome aortique, plaques laileuses pericardiques sur la paroi antérieure du ventricule droit. Insuffisance tricuspidienne. Foie relracté, pelit, graisseux el présentant, à la coupe, un aspect muscade. Reins
sclerosés.
OBRSERVATION XIX (Boinel)
B... François, 69 ans, meurt de cachexie, el, à l'autopsie on trouve un cancer de l'estomac et quatre cavernes tuberculeuses, grosses comme des noisetles au sommet du poumon
droit.
OBSERVATION XX (Mourelon)
«B. (Joséphine), âgée de 80 ans entre à l’infirmerie le 9 avril 1862 ; elle avait déjà vomi du sang deux ou trois jours avant son entrée ; elle avait en même temps de la diarrhée,
de la toux. Le 14 avril elle eut une hemoptysie abondante ;le15
avril, au malin, nouvelle hemoptysie promptement suivie de mort.
Aulopsie. — Poumox prorr. — Le lobe supérieur est eriblé de cavernes, il y en a de petites et de très grandes traversées par des cloisons incomplètes. Les parois, les cordages allant d'une paroi à l’autre, sont d'une teinte gris noirâtre; il n'y à pas de vérilables tubercules dans les parois, mais on trouve dans ces parois une concrétion ossiforme, Jaunâtre et irrégulière.
Au-dessus de la portion du poumon eriblé de cavernes, il y à un noyau d'infillration grise, Dans le lobe moyen on en rencontre deux ou trois de la grosseur d’une noix alleignant la surface. Quelques-uns sont plus petits dans le lobe inférieur.
Poumox GaucHE. — Toul à fail à sa parlie supérieure, le lobe supérieur est indemne; Lissu blanchâtre, fibreux à la surface, el, intérieurement, il y a une caverne revenue sur ellemème, à parois dures, noirâlres ; dans le reste du poumon, on Lrouve deux ou trois noyaux d'infiltration grise el quelques granulalions grises ; on en trouve également quelques-uns sous les plèvres dans les ganglions.
A la surface de l'intestin on trouve deux granulalions grises, el, à l'intérieur une cicatrice probablement d'une ul-
céralion tuberculeuse. »
OBSERVATION XXI (Barié)
Le nommé L... Alph., âgé de 62 ans, entre à la salle Lorain, n°6. Pas d'antécédents morbides héréditaires ; lui-
même n'a eu qu'une pleurésie il y a dix ans ; s'enrhume assez