INTESTINALE
En vue d'éviter l'action caustique de la Gréosote sur la muqueuse gastrique, les nausées que provoque le goût si prononcé du médicament dans la bouche et la rapide intolérance qui en résulte, pour augmenter aussi la dose utile de Créosote absorbée, plusieurs praticiens eurent l'idée de s'adresser, pour cette absorption, à la muqueuse intestinale.
Et au lieu d'introduire la Créosote par les segments supérieurs du tube digestif, ils suivirent les segments inférieurs au moyen de lavements ou de suppositoires, la mirent en contact avec la muqueuse rectale.
Du pouvoir absorbant de la muqueuse rectale.
Ce procédé se fonde, d'ailleurs, sur des constatations histologiques et physiologiques très rationnelles. Ne sait-on pas que l'absorption par la muqueuse du rectum est souvent très active, et qu'il est des substances pour lesquelles l'absorption par la voie rectale peut être plus rapide que l'absorption
par la voie bucco-stomacale. Ce segment du tube digestif est riche en vaisseaux veineux et lymphatiques et son pouvoir absorbant a été bien mis en lumière par de nombreux travaux au nombre desquels nous citerons ceux de Segalas, de Restelle et Stambio, de Savary, de Londres... C'est ainsi qu'aujourd'hui la thérapeutique a recours quotidiennement aux lavements médicamenteux de préférence même à la voie buccale ; l'opium et la belladone, par exemple, administrés en lavements agissent plus rapidement et avec une plus grande intensité que par l'estomac.
Mais en est-il de même pour la Créosote? La Créosote peut-elle être absorbée par la muqueuse rectale? Révillet a particulièrement étudié cette question.
Dans l'administration de [la^Créosote par la voie Opinion
intestinale, deux points essentiels, dit-il, sont à cod- de M. Révillet. sidérer :
i° La Créosote est-elle bien tolérée par Tintestin?
2 La Créosote peut-elle être absorbée par le rectum ?
Révillet commença par expérimenter ce mode d'introduction sur lui-même, à doses très faibles, quelques centigrammes, puis voyant qu'elles étaient parfaitement tolérées, il augmenta progressivement les doses jusqu'à 3 et 4 grammes par lavement.
Les signes de l'absorption apparaissent bientôt: le malade a presque instantanément le goût de la
Créosote dans la bouche. L'absorption par la muqueuse tirinaire semble être également très active ; les urines deviennent noirâtres. Révillet rapporte, à cet égard, l'observation d'un médecin qui prit à neuf heures du soir un lavement avec 3 grammes de créosote. A onze 'heures, ses urines étaient déjà noires; à trois heures du matin, le maximum de coloration se produisait, puis, la teinte décroissait peu à peu et, vers huit heures, l'urine reprenait son aspect pormal.
Opinion En résumé, écrit lé docteur L. Blanc, (in thèse,
Paris, 1 895), l'absorption de la Créosote par le rectum est rapide et l'élimination se fait également très vite. L'absorption se fait par les branches de la veine-porte. L'élimination se fait par les glandes salivaires (saveur créosotée), la muqueuse pulmonaire (exhalations créosotées) et surtout par les reins (créosote décelée dans les urines par la coloration et ses réactifs).
« On devra donc, d'après Révillet, avant de prescrire de hautes doses de créosote, s'assurer de l'intégrité du foie, du cœur et des reins. La présence de l'albumine dans les urines est une contre-indication formelle. »
L'absorption par le rectum étant ainsi un fait acquis, deux moyens sont possibles pour introduire la Créosote par cette voie, les lavements et les suppositoires.
Lavements créosotes
Burlureaux remarquant que la partie inférieure du gros intestin est d'une tolérance remarquable pour la créosote, puisqu'il a pu administrer sans inconvénient, sans provoquer même de sensations douloureuses, des lavements contenant de i5 à 20 grammes de créosote — que cette tolérance locale est durable puisque, pendant des mois entiers, il a pu donner des lavements à fortes doses, tous les deux jours^ sans amener ni rectite, ni coliques, ni diarrhée, mais •en améliorant même cette dernière si elle existait au début du traitement, — conseille de commencer systématiquement tout traitement créosote par l'administration quotidienne -d'un lavement contenant un gramme de créosote. « Si cette dose minime n'était pas tolérée par l'économie, c'est-à-dire si le malade éprouvait même, à leur moindre degré, les symptômes de l'intolérance, il faudrait désespérer de le sauver, ne pas insister sur la créosote et surtout ne pas aborder le traitement sous-cutané. Ce gramme de créosote, donné pendant trois ou quatre jours de suite par l'intestin, peut donc servir de pierre de touche. »
Véhicules Sous quelle forme prescrire les lavements créo-
des lavements. , -
sotes ?
On a proposé, à cet égard, les véhicules les plus divers pour la créosote.
Révillet fait remarquer que le degré de tolérance de la médication tient souvent au soin apporté à la préparation dans laquelle l'huile doit , être parfaitement émulsionnée. Il prescrit:
Créosote pure de goudron de hêtre 2 à 4 gi .
Huile d'amandes douces 25o »
Jaune d'œuf N° 1
Faire dissoudre d'abord la créosote dans l'huile, puis émulsionner avec le jaune d'œuf.
Chabaud préfère les lavements à Veau créosotée, à raison de 1 à 3 grammes [de Créosote pour 100 à 3oo grammes d'eau. Il les trouve moins irritants et d'une absorption plus facile.
D'autres cliniciens ont [recours, pour les lavements, au Lait Créosote, qui assure une émulsion parfaite et par suite une absorption et une tolérance plus grandes. Mélangée au lait dans la proportion de 4 à 10 grammes pour 100, la créosote se dissout pour une faible partie dans ce liquide ; le reste s'émulsionne presque instantanément par simple agitation.
Burlureaux conseille justement de donner les lavements le soir, parce qu'ils ne risquent pas d'être rendus pendant la nuit. Les malades ont en général, le lendemain matin une selle extrêmement fétide,
LA TUBERCULOSE ET LA MÉDICATION CRÉOSOTÉE j3
dont l'odeur ne rappelle en rien celle de la créosote. Il est inutile de faire précéder le lavement médicamenteux d'un remède évacuateur. L'essentiel est de le donner très lentement, sans que le malade le sente pénétrer.
Suppositoires créosotes
Le second mode [d'administration de la Créosote par la voie rectale est le suppositoire Créosote.
Il existe divers modèles de suppositoires. Ils peuvent revêtir différentes formes.
On peut les faire d'après le procédé de confection ordinaire, avec{o,5o de créosote pour 3 grammes de beurre de cacao.
En Angleterre et en Allemagne, on utilise les suppositoires creux à couvercle, pouvant contenir un gramme environ de substance active.
On trouve également dans les pharmacies des ovules créosotes tout préparés] et contenant o gr. 5o de créosote ; la matière englobante dans ces ovules tst généralement constituée par un mélange de gélatine et de glycérine (glycogélatine).
Le Docteur L. Blanc préfère le suppositoire au
lavement créosote ; il trouve les avantages suivants : plus facile à administrer, ne demandant pas urie préparation souvent délicate et compliquée, il peut être appliqué par le malade lui-même, sans répugnance, sans effort; il ne craint pas de le rendre avant l'absorption complète de la substance active. Enfin, il permet, tout aussi bien que le lavement, la médication intensive.