PULMONAIRE
On a expérimenté de bonne heure les inhalations créosotées. Se servir de la respiration pour soigner les maladies de l'appareil respiratoire, avoir recours à la fonction pour véhiculer le médicament jusqu'à l'organe malade, paraît tout d'abord une conception logique. Et, de fait, Reichenbach et ses successeurs eurent recours à l'inhalation créosotes avec l'espoir de faire une véritable médication locale, c'est-à-dire de soumettre le poumon aux vapeurs qu'ils considéraient comme balsamiques et cicatrisantes du résineux extrait de la distillation du goudron de hêtre. Mais, bien vite, ils renoncèrent à ce mode d'administration qui ne leur donnait aucun résultat.
C'est qu'il faut des conditions toutes spéciales, Degré
une extrême volatilité du produit inhalé, une ventila- de la venili * tlon
.... . . . pulmonaire.
tion pulmonaire plus active que ne le comporte généralement le poumon malade, enfin une ferme volonté, une ténacité du malade surtout, à répéter très fréquemment les séances d'inhalations qui sont, d'autre part, pour sa fonction fatiguée, un exercice pénible, pour espérer recueillir quelque bénéfice de l'inhalation de vapeurs médicamenteuses.
... « Il suffit, écrit Burlureaux, de réfléchir un instant pour voir quelle minime dose de créosote peut être absorbée par la voie pulmonaire soit, en effet, une chambre de 20 mètres dans laquelle on ferait évaporer, je suppose, par 24 heures, la dose de 20 grammes de créosote: c'est une dose maxima qu'on ne peut pas dépasser dans une chambre normalement ventilée, sous peine d'en rendre l'atmosphère irrespirable , et d'incommoder non seulement le % malade, mais encore son entourage. Pour que cette chambre soit ventilée convenablement, il faut que l'air en soit renouvelé trois fois par heure dans sa totalité, c'est donc dans cette chambre que doivent être introduits 1440 mètres cubes; or, que deviennent les 20 grammes de créosote diluée dans cette masse énorme ?
Et calculons quelle fraction de ces 20 grammes va effleurer le poumon : à chaque inspiration le malade absorbe un demi-litre d'air ; admettons qu'il fasse 20 inspirations par minute, combien fera-t-il
entrer de créosote dans son poumon ? Exactement 20 centigrammes en 24 heures. »
Inhalation de la créosote sous pression .
L'inhalation créosotée simple, telle que l'expérimentèrent les premiers thérapeutes de la Créosote est donc une méthode presque illusoire pour administrer ce médicament. On se demanda alors si les résultats ne seraient pas changés en donnant de Yair créosote sous pression. Ce procédé fut expérimenté il y a peu d'années par Germain See et Tapret, avec une fortune variable. Il est certain que, pour un temps fixe de séance inhalatoire, on introduit par pression plus de vapeurs créosotées dans les conduits bronchiques que si Je malade se contente d'inspirer l'air créosote à la pression atmosphérique. Mais dans quelle mesure, se demanda Burlureaux ? « C'est difficile à préciser et nous avons pensé à admettre qu'une surpression de 1 à 2/10 d'atmosphère parvienne à introduire dans l'économie une dose pondérable de Créosote, d'autant que ce n'est que pendant un nombre d'heures limité, trois heures par jour au plus que les malades peuvent rester sous la cloche à pression pour respirer de l'air créosote. Nous avons peine à admettre qu'un homme qui ne fait pénétrer dans son poumon que 20 centigrammes de Créosote, alors qu'il respire 24 heures de suite un air chargé de vapeurs créosotées, en absorbera beaucoup plus en restant trois heures à respirer sous une cloche le même air créosote sous une pression un peu supérieure à la normale. »
Pour notre part, nous avons vu maintes fois les ApprécUiion inhalations créosotées sous quelque forme que les ma- péronnelle. lades s'y soumettent n'apporter aucune modification appréciable dans son état. Ça n'est souvent qu'une façon de l'amuser et de lui donner confiance car il partage, généralement, d'incroyables illusions sur l'efficacité de ce traitement. C'est un de ceux dans lesquels il a le plus de foi. Et cette thérapeutique par l'idée n'est pas négligeable, même dans une maladie aussi profondément organique, à lésions aussi constatables que la tuberculose.
Un de mes élèves, M. André Roblot, rapporte le cas d'un malade, un jeune homme, parvenu à la dernière période de la maladie, porteur d'une grosse caverne à droite, émacié fébricitant, presque cachectique dont l'épuisement était extrême. Ce patient était bien à la fois, comme la plupart à cette période de leur mal, phtisique et tuberculeux. Les symptômes fonctionnels marchaient de pair avec les lésions. Il voulut essayer des inhalations créosotées ; et, muni d'un simple inhalateur à deux tubes, rappelant la disposition des appareils à sérum artificiel, il partit pour la campagne faire son traitement par inhalations.
Il s'y soumit avec une régularité mathématique faisant deux séances d'inhalation par jour, le matin et le soir, d'une heure et demie chacune.
Il prétendait recueillir de ces séances un soulagement et une amélioration qui, deux fois par jour,
ramenaient un peu d'espoir dans son esprit désabusé. , Au bout de trois mois, son état était bien meilleur ; au bout de six mois, il se considérait comme guéri. Et, [en effet, il [avait augmenté de poids, l'appétit était excellent, la toux et l'expectoration étaient arrêtées; l'auscultation enfin ne révélait plus que d'anciennes lésions endormies et déjà cicatrisées. Depuis huit ans, la guérison s'est maintenue. Jamais, à voir cet ancien malade, on ne pourrait imaginer qu'il fut un condamné. Aussi, ne tarit-il pas d'éloges sur le traitement par les inhalations créosotées. Mais il est bon d'ajouter que concurremment aux inhalations, il se soumettait à une cure hygiéno-diététiqûe sévère : vivant à la campagne, dormant les fenêtres ouvertes, s'imposant un repos absolu, se soumettant à une suralimentation raisonnée : œufs crus, lait, crèmes, jus de viande, etc Bref, il s'était à la campagne fort intelligemment composé et imposé une existence de Sanatorium qui réalisait, dans la mesure du possible, la triple cure d'air, de repos et d'alimentation de la trilogie de Brehmer. Nijl doute que ce malade n'ait retiré de sa cure hygiéno-diététique plus de bénéfice que de sa cure médicamenteuse. Mais telle est la propension du malade à n'accorder de confiance qu'aux médicaments qu'il ne rapporte sa guérison qu'aux inhalations de Créosote : c'est souvent ainsi que certains remèdes passent pour avoir guéri la tuberculose.
Quoi qu'il en soit, la respiration peut être utilisée à porterie médicament jusqu'au niveau du poumon malade. Pour la Créosote, en particulier, la chose a pu être faite avec quelque avantage.
L'inhalation créosotée, seule, serait insuffisante à constituer le tout d'un traitement par la Créosote. Mais c'est encore une voie pour faire pénétrer un peu plus de Créosote dans l'organisme. Elle offre l'avantage de ménager les voies digestives et de porter la substance active jusqu'auprès de la lésion. C'est un moyen de ménagement et d'épargne pour laisser reposer le malade, pendant quelque temps, des autres procédés qu'on met en œuvre dans sa « créosotisation » intensive. Alternant avec eux ou les complétant, l'inhalation créosotée n'est pas à dédaigner. Bouchard, Gimbert* Burlureaux, Fischer, n'ont-ils pas démontré que, pour agir, la Créosote doit être administrée à hautes doses, et Sommerbrodt n'a-t-il pas dit que, jusqu'aux limites de l'intolérance, le malade ne prend jamais trop de Créosote ?
L'inhalation
est un
simple adjuvant
de crèosotisation .
8o SAMUEL BERNHEIM