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SOUS-CUTANÉE

C'est précisément pour satisfaire pratiquement à ce postulat de la médication créosotée dans la tuberculose pulmonaire qu'on a songé à l'administrer par la voie sous-cutanée.

Saillet a même proposé d'utiliser la voie cutanée^ et de même que pour les mercuriaux, avoir recours aux frictions créosotées. On fait les frictions sur la partie supérieure du tronc^et sur les membres avec un mélange ainsi composé :

Créosote )

, aa 5 grammes.

Essence de thérebentine )

Lanoline

Axonge [aa 25 grammes.

Huile d'olives

Saillet est arrivé aux conclusions suivantes : « Les frictions faites avec de la créosote pure ou mélangée avec un corps gras ne donnent pas une absorption suffisante ; elles ont, de plus, l'inconvénient de laisser à leur suite une sensation désagréable.

LA TUBERCULOSE ET LA MÉDICATION CRÉOSOTÉE 8l

Les frictions faites avec une solution alcoolique laissent, au contraire, une sensation agréable, et permettent une absorption importante. Une friction avec 5 grammes d'une solution de 20 0/0 d'alcool, sur les membres seuls, équivaut approximativement à l'absorption de o gr. 10 de créosote. La même dose de frictions sur le tronc seul, équivaut à l'absorption de o gr. 16. Une friction avec i5 grammes sur le tronc et les membres équivaut à l'absorption de o gr. 3o.

Ces frictions sont parfaitement tolérées par la peau ; elles ont l'avantage de ménager l'estomac des phtisiques et celui de stimuler la peau, ce qui est un bon moyen de modérer les sueurs nocturnes. Nous avons observé qu'elles abaissent légèrement la température dans l'heure qui suit la friction, mais elles ont l'inconvénient de provoquer généralement au bout de dix minutes, surtout chez les fébricitants, une crise de sueurs profuses qui dure de 10 à i5 minutes. »

Malgré les nombreuses observations favorables v publiées par M. Saillet, cette méthode d'administration de la créosote est à peu près universellement abandonnée à cause de la petite quantité du médicament absorbé par les frictions.

Par contre, l'injection Créosotée nous parait être

à la suite des phtisiologues qui l'ont employée, de

Burlureaux surtout, qui lui a consacré d'importants

travaux et a systématisé, codifié la méthode des

Avantages

des frictions

créosotées.

SAMUEL BERNHE1M

injections intensives, le mode d'administration le plus sûr et le moins dangereux pour donner de hautes doses de'Créosote.

Avantages des

injections sous-

cutanées.

Burlureaux en énumère ainsi les avantages :

i° Il permet d'apprécier la dose de créosote pénétrant dans l'organisme, ce qui est à peu près impossible lorsqu'on introduit la créosote par la voie pulmonaire, en inhalations, par la voie rectale et même par la voie gastrique, l'assimilation n'étant pas nécessairement égale à l'ingestion.

2° Quand la créosote est donnée par la peau, elle agit à bien plus faibles doses que quand elle est donnée par l'intestin ou par la [bouche.

3° La créosote injectée sous la peau produit des effets rapides qu'on n'obtient pas avec la créosote donnée d'une autre façon.

« L'administration créosotée par la voie souscutanée, dit Burlureaux, remplace tous les autres

modes d'introduction et ne peut pas être remplacée par eux ».

Véhicules des injections sous-cutanées.

Quel véhicule employer pour introduire la Créosote sous la peau?

On a conseillé la glycérine. — Presque tous les thérapeutes l'ont abandonnée pour l'huile, qui est, en même temps, un aliment et qui est le véhicule de beaucoup le plus parfait.

L'huile injectable doit être d'excellente qualité. L'huile d'amandes douces et l'huile d'olives se valent pour cet usage ; mais l'huile d'amandes a l'inconvénient de se solidifier en hiver. L'huile doit être de qualité irréprochable, même quand on l'épure, ce qui est d'ailleurs nécessaire si l'huile était primitivement de mauvaise qualité. Burlureaux a observé que l'injection produisait des accidents d'une intensité proportionnelle à la dose d'huile injectée : douleurs consécutives à l'injection, rougeur et tension de la peau autour de la piqûre, accès fébriles, etc.

Burlureaux insiste pour ne se servir que de créosote rectifiée par la distillation entre 202 et 210 .

« L'huile doit être neutre, c'est-à-dire dépourvue d'acides gras ; pour ce, elle doit être lavée à l'alcool, puis décantée et chauffée pour faire disparaître toute trace d'alcool.

« Elle doit être stérilisée. Le chauffage, s'il est poussé à 1 10 degrés, suffit pour la stérilisation.

« Elle ne doit pas contenir plus de une partie de créosote en poids pour 14 d'huile, sous peine d'être mal tolérée par la peau. Mais on peut employer les solutions plus faibles quand on n'a pas besoin de faire absorber au malade beaucoup de créosote. Nous nous servons souvent de l'huile à 1/100 au début du traitement et pour tâter la tolérance des malades.

« La solution créosotée huileuse, ainsi préparée, se conserve indéfiniment; nous avons pu utiliser 1 kilogramme d'huile créosotée préparée depuis dixhuit mois. »

Appareils

pour injections

sous-cutanées.

L'injection doit être faite très lentement, c'est-à»dire goutte à goutte. Un écoulement de 60 grammes par heure, est une limite qu'il ne faut pas dépasser.

Nous ne décrirons pas tous les appareils qu'on a imaginés pour régler automatiquement l'écoulement de l'huile injectée et sa pression.

Ils ressemblent presque tous à celui que nous avons fait construire chez M. Mathieu, il y a environ dix ans. Ces appareils à deux tubulures et à manomètre sont munis d'une aiguille hypodermique et d'un système de soufflerie ou de pression.

fg^Tels sont les appareils de Gimbert, ceux de Burlureaux et Guerder qu'on a employés depuis pour des injections intensives de sérum artificiel ou de préparations mercurielles.

Région de prédilection des injections.

En quel endroit faire la piqûre ?

Les préférences des praticiens, qui se conforment souvent par nécessité à celles des malades, lesquels accusent des régions plus ou moins sensibles à la douleur de la piqûre, sont variables. Elle peut porter sur l'un des points suivants: parties latérales du dos, région pectorale, flancs, épigastre, hypogastre, hypocondres, régions péri-ombilicales et fessière externe, face latérale et postérieure des bras, face extérieure des cuisses, selon Gimbert. Burlureaux préfère la région trochantérienne. D'ailleurs, on peut, on doit

même varier les lieux d'élection de la piqûre afin de pouvoir continuer le traitement pendant longtemps, à raison d'une piqûre tous les deux jours ou, dans les cas urgents, même d'une piqûre par jour. Au sujet de l'endroit où portera de préférence l'injection, le docteur Camille Lorot fait ces judicieuses observations :

« On évitera le plus possible de faire porter l'injection dans le voisinage d'une articulation pauvre de muscles, comme l'articulation de l'épaule et la région trochantérienne chez les tuberculeux. Une injection intrascapulaire sera douloureuse chaque fois que le malade portera sa main à la tête. Une injection sur la face antéro-externe de la cuisse est assez mal supportée. L'injection dans la paroi abdominale est excellente car. on a là une laxité assez grande du tissu cellulaire ; mais les tuberculeux qui toussent énormément s'en accommodent mal.

« L'injection la plus pratique, la moins douloureuse et la meilleure est certainement celle qui se fait à la fesse dans une région bien déterminée en haut, par une ligne allant de la 5 e vertèbre lombaire à l'épine iliaque antéro-supérieure ; en bas, par le pli fessier ; en dedans, parle sillon inter-fessier; en dehors, par une distance de trois doigts du grand trochanterpour éviter toute blessure du nerf sciatique. Là, on tombe sur la masse charnue des muscles fessiers, qui font saillie et reçoivent impunément, presque sans douleur, les plus fortes injections hypodermiques. »

Voie trachéale. Tels sont les divers modes d'administration de la

Créosote. Ajoutons-y, pour être complet, la voie trachéale, préconisée par Dor, qui recommande une injection intratrachéale quotidienne de 2 grammes d'une solution d'huile créosotée à 20 0/0. C'est un moyen commode, expéditif, d'administrer la Créosote ; toutefois, il n'est pas sans inconvénient, et de plus, il n'est souvent, comme le fait remarquer le D r R. Simon, que « l'hypocrisie de l'injection par voie gastrique, la plupart de ceux qui croient faire des injections trachéales ne faisant que des injections œsophagiennes. »

Les moyens sont donc variés d'administrer la médication créosotée. Cette variété, même aux yeux des phtisiologues, n'a pour but que d'arriver à un traitement intensif, c'est-à-dire aux doses élevées de créosote.

* Nous étudierons en un chapitre spécial, à la suite de l'action clinique de la Créosote, des phénomènes qu'elle provoque, des effets qu'on en peut attendre, la question de l'intolérance et de l'intoxication créosotée. Nous verrons ainsi, quelles sont les doses, — d'ailleurs fort variables, suivant les malades, suivant le stade auquel ils sont parvenus, suivant le degré d'imprégnation créosotée qu'un traitement antérieur, par la Créosote leur a fait acquérir, ce qui laisse plus ou moins le champ ouvert à la créosotisation intensive par une méthode systématique, — qui forment les frontières de la tolérance et de l'intolérance.*

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