ET DE
SES DIVERS MODES d'à DMINISTRATION
Quelle Méthode adopter? Quelle voie choisir?
Conclusions.
Pour l'instant, nous voulons seulement nous demander, — maintenant que nous avons en mains tous les moyens de réaliser la médication créosotée à hautes doses, et de par la méthode des injections intensives comme la pratique Burlureaux, et de par l'emploi simultané ou successif des divers moyens ci-dessus énumérés, — quelle est, de parti-pris, la méthode optima et si Ton peut, à priori, répondre à cette question : « Le traitement créosote doit-il être intensif, arriver d'emblée ou très vite aux hautes doses, ou bien se maintenir dans les doses moyennes ou petites ? »
Les opinions Si nous consultons les auteurs à cet égard, nous
diffèrent voyons que leurs réponses sont des plus variables et
ont changé, comme il arrive toujours, non seulement selon les époques, sous l'influence de la mode thérapeutique, mais surtout sous l'influence plus raisonnable des modes d'administration que la technique des divers procédés leur permettait de mettre en œuvre.
C'est ainsi que la nécessité de la méthode intensive ne fut guère proclamée que le jour où les perfectionnements de la technique administrative permirent d'en apprécier la valeur. H est un fait, cependant, c'est que les premiers expérimentateurs crurent s'apercevoir très vite de l'insuffisance -des petites doses ou des moyens qui, comme les pulvérisations créosotées, les inhalations, ne permettent que l'introduction de petites doses.
Bouchard, le premier, déclara qu'on ne pouvait juger la Créosote que si on la donnait à doses vraiment thérapeutiques. Mais combien la dose utile préconisée par ses premiers travaux sur la question, et qui ne dépasse pas o gr. 80 à i 4 gr. de créosote pure, par jour, devait être jugée insuffisante quand la méthode des injections intensives permit d'atteindre jusqu'aux confins de l'intolérance et des manifestations toxiques du créosotisme.
A telle enseigne qu'aujourd'hui les praticiens, suivant la pente qui les entraînait du côté de la méthode intensive, déclarent volontiers, au moins pour la majorité, avec Sommerbrodt, que la Créosote agit d'autant mieux que le malade en supporte davantage, avec Burlureaux que, quand le médica-
ment est indiqué, « la dose la plus utile est la dose maxima tolérée ».
Ces conclusions n'ont pas été cependant sans soulever des réserves judicieuses :
« Nous ne sommes pas partisans des hautes
doses de Créosote, déclare le D r L. Blanc, dans sa thèse sur « V administration de la Créosote par la voie intestinale ». Il ne faut pas oublier que la médication créosotée produit un abaissement très remarquable de la température. Là se montre un inconvénient des doses fortes ; la Créosote, donnée à 3 et 4 grammes, peut produire une réfrigération pénible.
« On a dit aussi qu'il fallait, avant de prescrire de hautes doses de créosote, s'assurer de l'intégrité du foie, du cœur et des reins ; la présence de l'albumine dans les urines est une contre-indication formelle. Mais les tuberculeux ont fréquemment de l'albumine dans les urines, souvent un mauvais foie, un cœur défectueux. Il ne faut pas oublier non plus que la Créosote, même à doses thérapeutiques, peut produire un empoisonnement mortel »
« On peut reprocher, dit Manquât, à la
méthode intensive :
« i° D'amener une déperdition considérable de potasse et de soude dans les urines (fait que nous avons signalé en traitant des voies et modes d'élimination de la Créosote) ;
« 2 D'exposer à des accidents locaux (abcès) ;
Reproches
adressés
à la méthode
intensive.
« 3° D'être nuisible aux reins lorsque ceux-ci sont malades (Gimbert) ;
« 4 Dans les cas graves, les doses massives ne sont pas tolérées, et, dans les cas moins graves, l'ingestion des doses modérées est, de plus, souvent suffisante.
« Nous estimons donc que la dose maxima de i gramme, fractionnée en 24 heures, ne devra guère être dépassée et que les doses moyennes de o gr. 3o à
gr. 60 seront généralement suffisantes. »
Bourget déclare que, pour sa part, il n'institue jamais de traitement intensif par la Créosote ou le Gaïacol, consistant en injections, inhalations, frictions et lavements : c'est ajouter, selon lui, à l'intoxication par les toxines tuberculeuses un empoisonnement par un corps chimique.
En outre, — et peut-être en cela est-il le seul de son avis, — il prescrit d'administrer de préférence la Créosote ou le Gaïacol par la voie stomacale ; c'est par cette voie, dit-il, qu'elle se montre le plus active ; donnée à la dose journalière de jb centigrammes à
1 gramme, elle agit d'une façon puissante sur les divers microorganismes, ferments et levures qui se développent généralement dans un estomac hypochlorhydrique, comme celui des tuberculeux. Sous cette influence, l'appétit renaît, et le malade, mieux nourri, lutte plus facilement contre la marche de la tuberculose.
Opinion Pour nous, il nous semble que ce serait plutôt le
personnelle 'contraire qui serait l'expression de la vérité clinique :
la Créosote, introduite par l'estomac, provoque souvent des phénomènes d'intolérance gastrique dont le premier est la perte de l'appétit et le dégoût des aliments.
Par conséquent, en thèse générale, nous sommes partisans convaincus de la méthode sous-cutanée, la seule qui permette au thérapeute d'administrer une grande dose de Créosote. Cette méthode a, du reste, rallié les suffrages de la majorité des cliniciens qui l'emploient exclusivement ou du moins de préférence aux autres modes d'administration.