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CHAPITRE III

Généralités sur la médication phospho - créosotée

Nous arrivons au chapitre le plus important de la médication éthéro-créosotée et à l'étude des médicaments qui, au double point de vue thérapeutique et clinique, nous paraissent la réaliser le plus complètement.

Nous avons conclu, en effet, de notre étude de la Créosote que trois inconvénients principaux en restreignaient Temploi ou en entravaient l'action :

i° La créosote est corrosive;

2° Son odeur pénétrante est souvent intolérable pour le malade;

3° Elle est toxique ; et cette toxicité est un inconvénient d'autant plus redoutable que la composition même de la créosote est essentiellement variable, qu'il n'y a pas une seule, mais des créosotes, dont il faudra mesurer le pouvoir toxique à propos de chaque malade, comme il faut avec chaque malade tâter

avec infiniment de prudence sa susceptibilité à l'endroit du médicament, et mesurer sa tolérance.

Avantages de cette médication.

Nous avons dit que la causticité et l'action toxique de la créosote étaient dues en majeure partie aux phé-nols qui entrent dans sa formule, et qu'en éthérifiant ces phénols, c'est-à-dire en les combinant avec un radical acide, on obtient des composés classés sous le nom d'éthers de la créosote, qui ne sont pas caustiques, qui ont une odeur créosotée atténuée et une toxicité fort abaissée. Préparés avec de la créosote répondant aux caractères de pureté du Codex, ils peuvent être définis : « Des mélanges d'éthers phénoliques neutres stables et facilement saponifiables... »

Nous avons vu, au chapitre précédent, avec les carbonates de créosote et de gaïacol que l'action de ces éthers créosotes est beaucoup plus efficace que celle de la créosote, que leur emploi est plus facile et leur tolérance plus grande.

Association d'un

acide fort avec la Créosote.

Grâce au radical acide qui, combiné avec la créosote, constitue l'éther carbonate de la créosote, les trois inconvénients inhérents à l'emploi de la créosote pure sont évités et l'on a, avec le carbonate de créosote, par exemple, un éther créosote qui n'est pas caustique, ménage les voies digestives supérieures, l'estomac et aussi l'intestin puisque, au contact de sa muqueuse, le dédoublement du carbonate en

acide carbonique et en créosote ne s'opère que tardivement, lentement et en diffusant le principe créosote sur toute la surface muqueuse.

Mais, il y a plus. On s'est demandé si à ce radical acide des polyéthers créosotes qui jpue déjà un rôle si important en privant la créosote de ses principaux inconvénients — rôle « empêchant » utile, à coup sûr, quoique simplement négatif comme dans le carbonate de créosote — il ne serait pas possible de conférer, en outre, une action directement utile, de lui faire jouer un rôle actif dans la médication créosotée, en associant ses principes thérapeutiques et en combinant ses propriétés aux propriétés et aux principes de la créosote.

Le rôle du radical acide serait double, dans ce cas ; il permettrait l'emploi de la créosote au même titre que le radical acide — mais indifférent du carbonate par exemple — et de plus, convenablement choisi, il associerait ses propriétés physiologiques et son action thérapeutique à celles de la créosote.

Parcourons la liste des polyéthers créosotes, les mieux connus actuellement.

Rôle double de l'acide fort.

Sans préjuger des conclusions auxquelles nous conduira l'étude détaillée de chacun d'eux, nous pouvons prévoir déjà que pour plusieurs d'entre eux, valérianate, camphorate, phosphates, phosphites, etc.

Jugement

général sur les

combinaisons

de la Créosote.

l88 SAMUEL BERNHEIM

nous aurons à décomposer le complexus physiologique et la synergie thérapeutique, à dire comment les propriétés physiologiques du radical acide et de la créosote, comment leurs actions thérapeutiques se combinent pour accumuler leurs effets et concourir plus sûrement et plus rapidement au but curatif.

Dans cet ordre d'idées, dès maintenant nous pouvons déclarer qu'aucune des combinaisons éthérées de la Créosote, n'est plus active que les éthers phosphores. Ils contiennent, en effet, — phosphate, tanno-phosphate ou phosphite — un radical phosphore qui, à priori même, ne saurait être considéré comme indifférent, étant donné ce qu'on sait aujourd'hui du rôle du phosphore et de ses dérivés dans l'organisme. Nous aurons ainsi à nous demander, dans un chapitre à part sur le mode d'action de ces polyéthers phospho-créosotés, quelle est la part qui revient au radical d'acide, quelle à la créosote. Mais cette étude ne peut que terminer l'étude physiologique et cliriique de ces composés, et c'est par des considérations d'abord chimiques, puis physiologiques et cliniques que nous devons commencer et poursuivre l'étude des éthers phosphores de la Créosote.

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