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CHAPITRE II

Etude chimique de la Créosote

Lorsqu'on compare les travaux qui ont été écrits sur la composition de la Créosote, une chose frappe tout d'abord : c'est l'extrême diversité des résultats auxquels ont abouti les auteurs.

Les conclusions fermes paraissent difficiles à poser en un pareil sujet, et les recherches chimiques, qu'il a suscitées, ont reçu des solutions si différentes qu'on est tout étonné de la complexité imprévue d'un médicament qu'on croyait relativement simple. Aucun corps, en effet, n'est plus complexe que la Créosote, à tel point, qu'il n'existe pas une Créosote, mais des Créosotes.

M. Burlureaux commence par ces lignes son important ouvrage sur le Traitement de la Tuberculose par la Créosote :

« Les Créosotes sont des mélanges complexes,

extraits des goudrons de Houille et de Bois »

Deux grandes divisions sont à établir en effet, de prime abord dans l'étude chimique de la Créosote : les unes dérivent du goudron de Houille, les autres du goudron de Bois.

La Créosote de Houille

Nous dirons simplement quelques mots des Créosotes de Houille dont l'usage est des plus restreints en thérapeutique.

La Créosote de Houille est un liquide incolore, caustique ayant l'odeur forte de l'acide phénique.

Sa constitution est complexe «t variable ; parfois, elle ne contient que du phénol : ordinairement on y trouve aussi du Crésylol.

C'est la Créosote dite dentaire. Les dentistes l'employaient autrefois pour calmer les rages de dents ; son action n'est efficace que si la pulpe est à nu et enflammé. Lorsque la carie s'accompagne de périostite alvéolo-dentaire, son emploi est plus nuisible qu'utile ; car il peut exaspérer la douleur de la périostite.

impureté On a souvent confondu la Créosote de Houille et

de cette Créosote. la Créosote de Hêtre. Et, ce qui a prêté à la confusion,

c'est que les dentistes prétendaient tout d'abord employer la créosote pure, (c'est ainsi qu'ils dénommaient beaucoup plus par soin de réclame que par prétention à l'exactitude chimique, le produit qu'ils employaient); or, la chimie devait montrer que la créosote dentaire est précisément, de toutes les Créosotes, celle qui mérite le moins cette épithète laudative, étant de toutes la plus impure.

« On attribue quelquefois, dit Manquât, les propriétés de la Créosote de goudron de houille à celles du goudron de bois et Ton rapporte de cette dernière les observations que les dentistes avaient faites au sujet de la première. Or, les dentistes employaient celle-là bien avant que celle-ci fut en usage. Lors des premières recherches de Bouchard sur la Créosote de Bois (1874), il n'en existait pas, dit cet auteur, ' un gramme dans les pharmacies de France ; c'était donc bien la Créosote de Goudron de Houille

qu'employaient les dentistes sous le nom de Créosote pure »

La médecine a laissé à l'art dentaire qui'a, croyons-nous d'ailleurs, fini par l'abandonner aussi, la Créosote de Houille. Ses recherches ont porté uniquement sur la Créosote de goudron de bois, et c'est d'elle seule que, désormais, nous nous occuperons.

Créosote de Hêtre

Les Créosotes de bois sont plus ou moins bonnes: i° suivant l'essence d'arbre qui la fournit: la plus estimée est- la créosote de goudron de hêtre; 2 suivant le soin qui a présidé à la distillation du bois.

Si l'on ne considère que les propriétés physiques,

celles qui sont immédiatement constatables, des Créosotes de Bois, on peut en donner avec Burlureaux, cette définition :

« Les Créosotes sont des liquides légèrement oléagineux, à odeur plus ou moins pénétrante, suivant qu'elles sont plus ou moins pures. »

Préparation Reichenbach la prépara pour la première fois, on

primitive. j e sa [^ en distillant le goudron de bois de hêtre. De-

puis, la technique s'est perfectionnée, et Ton obtientun produit moins impur en rectifiant plusieurs fois celui qui résulte de la distillation du goudron de hêtre. De nombreux essais, nous l'avons dit, ont été faits touchant son analyse. Aussi la composition infiniment complexe n'en a-t-elle été fixée que peu à peu. Hiasievitz et Barth y signalent d'abord la présence du CréosoL

Gorup-Besanez isola quelque temps après le Gdiacol que H. Deville avait déjà obtenu précédemment par la distillation sèche de la résine de gaiac.

Enfin, Morasse, reprenant l'étude de la Créosote et de ses dérivés, a reconnu que la Créosote de hêtre contient toujours, mais en proportion très variable, et à titre de simple mélange, deux corps : Créosol et Gaiacol.

Sa composition . A côté d'eux, on trouve encore, suivant le degré

d'impureté de la Créosote de petites quantités de Cresylol et de Phénol De là, disent MM. A. Weill et

S. Diamantberger, l'inconstance et la variabilité infinie des propriétés thérapeutiques des Créosotes du commerce, qui ne sont très souvent qu'un simple mélange de phénols, en plus ou moins grande quantité de Créosol, de Gaiacol et de Crésylol.

Plus récemment, MM. Béhal et Choay ont entrepris de caractériser qualitativement et quantitativement les différents composants de la Créosote. Selon eux, la Créosote renferme un mélange de monophénols et d'éthers méthyliques de diphénols dont les principaux sont :

Phénol ordinaire

Crésylols Monophénols ^ Métaxylénol i, 3, 5.

Ortho-étylphénol.

Gaïacol Diphénols.... j Créosol

Homocréosol,

Quantitativement, Béhal et Choay ont ainsi fixé la composition de la Créosote officinale :

Monophénols : 40 0/0

Gaïacol 25 0/0

Créosol 35 0/0

Les auteurs résument ainsi les résultats de leurs investigations :

« On désigne sous le nom de Créosotes les huiles lourdes qui proviennent de la distillation des goudrons de différentes essences végétales.

Distillation Ce sont des mélanges dont la composition varie

de la Créosote. avec j es g OUC j rons générateurs et avec la manière dont

la distillation a été conduite.

La France et l'Allemagne se partagent la production des créosotes pour le monde entier.

Les corps énumérés ci-après ont été signalés dans la Créosote de Hêtre provenant des fabriques du Rhin:

Acide phénique passant à la distillation à à 182

Crésylols — — 186 2o3°

Gaïacol — — 2o5°

Créosol — — .... 2 1 7

Phlorol — — 220

etc.

On voit par là que si Ton recueille les produits qui distillent ayant 200 , on recueillera des Créosotes qui renferment surtout de l'acide phénique ; si l'on recueille les produits distillant au-delà de 210 , on aura les produits autres que le Gaïacol. Le Codex français, dans le but d'obtenir une Créosote uniforme, a fixé entre 200 et 210 les températures auxquelles doit s'effectuer la distillation du goudron de Hêtre. Dans ces conditions, la Créosote officinale est, en majeure partie, formée de Gaïacol bouillant à 200 uni à des Crésylols et à une petite quantité de Créosol.

... « Ainsi, écrit le docteur Burlureaux, toutes Créosotes

les Créosotes du Commerce contiennent en propor- du commerce tions variables ces divers composés bouillant à des températures différentes, ayant des densités différentes. On comprend, dès lors, cortiment il n'y a pas deux Créosotes qui se ressemblent, comment les unes distillent entre i85 et 210 degrés, les autres entre 210 et 220 degrés, etc.. Mais, dira-t-on, si Ton distillait les Créosotes entre deux températures extrêmes bien déterminées, entre 200 et 210 degrés par exemple, — (nous venons de voir que ce sont là précisément les limites assignées par le Codex), n'auraiton pas la certitude d'avoir des mélanges sinon d'une composition toujours identique, du moins d'une composition à peu près fixe ?... Étudions donc la composition de la Créosote ainsi rectifiée.

D'après ce qu'on sait des températures d'ébullition des divers corps qui composent les Créosotes, on croirait qu'en distillant entre 200 et 210 degrés, il ne doit passer à la distillation que le paracrésylol qui bout à 202 degrés, le métacrésylol qui bout à 201 degrés et le gaiacol qui bout à 2o5 degrés. Mais ce serait mal connaître les lois qui président à la distillation des mélanges. La vérité est que, outre les trois corps cidessus, il passe à la distillation des traces d'orthocrésylol et d'acide phénique, bien que le point d'ébullition de ce dernier soit assez éloigné de 200 degrés, et des traces notables de Créosol et de Phlorol, bien que ces deux corps n'entrent en ébullition qu'au-dessus

de 210 degrés. Bref, cette immixtion dans la Créosote officinale distillée entre 200 et 2 10 degrés, de produits de tête et de queue est inévitable; elle le sera tant qu'on préparera la Créosote et qu'on la rectifiera par les procédés anciens.

Pour avoir une Créosote toujours identique, il faudra arriver à la faire de toutes pièces, en mélangeant en proportions invariables le gaiacol et les autres produits constituants préparés eux-mêmes par Synthèse. »

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