CHAPITRE V
Action physiologique de la Créosote
et la nutrition.
Avant d'étudier le mode d'action de la Créosote et d'entrer dans le détail de ses applications, dans l'étude clinique de ses indications et contre-indications, il nous paraît nécessaire de rappeler ses effets physiologiques.
Quelle est son action sur la nutrition ? La Créosote
D'après les expériences de Bouchard et de Bravet, il semble que cette action soit peu marquée.
Bouchard étudia pendant plusieurs semaines, chez un adulte sain de poids moyen, comment se comportaient les fonctions de nutrition, circulation, respiration, fonctions digestives, etc., en notant son poids, sa température matin et soir, la .quantité d'urine émise, la teneur de cette urine en urée, acide urique, acide phosphorique, etc.... pour 24 heures. Puis pendant une semaine, il nota comment se comportaient les mêmes fonctions, alors qu'on administrait au sujet une dose quotidienne de 40 centigr. de Créosote. II y eut peu de changements observés, tout au plus constata-t-on, sous l'influence de là Créosote, une légère diminution de l'acide urique.
Action de la
Créosote sur
l'homme sain.
Bravet se soumit lui-même à une expérimentation rigoureuse pendant quarante-trois jours. Pendant les treize premiers jours, il ne prit aucun médicament ; pendant le reste du temps, il prit o gr. 40 de Créosote par jour. Le poids fut trouvé invariable, et la teneur de l'urée dans l'urine resta sensiblement la même.
Par conséquent, à dose thérapeutique et plutôt faible, la Créosote n'apporte aucun changement dans la nutrition de l'homme sain.
Chez le tuberculeux, Bravet nota, au contraire, une élévation de la courbe de l'urée, nous dit-il, par suite de l'action directe de la Créosote, mais par action secondaire, consécutivement au retour de l'appétit et de l'activité des échanges nutritifs sous l'influence de la Créosose.
Elimination de la Créosote.
Saillet observe que la Créosote, ne s'éliminant pas en nature par les urines mais à l'état de combinaisons avec le sulfate de potasse, soustrait à l'organisme une certaine quantité de ce sel. Or, cette déperdition en soufre et en potasse ne saurait être considérée comme négligeable, lorsqu'on donne la Créosote à hautes doses.
On connaît son action caustique et irritante sur L'appareil digestif. Si on l'administre en solutions trop concentrées, elle provoque des nausées et même des vomissements. Au titre de o gr. 80 pour 1.000, il
est rare qu'elle ait ces inconvénients ; elle produit même alors une amélioration des fonctions digestives — qui n'est que passagère, il est vrai, et qui, selon Bravet, doit être rapportée à la cessation de la toux. Selon Hayem, l'emploi prolongé de la Créosote peut déterminer une gastrite interstitielle qui conduit à l'atrophie glandulaire.
Ses effets sur la respiration se traduisent, à dose Effets
non mortelle, par un ralentissement du rythme physiologiques
sut* les (lilTérpi\ts
respiratoire. Mais à dose toxique, elle provoque une oraanei
hypersécrétion bronchique qui gêne la respiration et peut l'entraver complètement : — La mort survient alors par asphyxie.
Sur le système nerveux, la Créosote n'a pas d'action, à faibles doses. Lorsqu'on arrive aux doses plus élevées, voisines de l'intolérance, il survient chez le malade des vertiges, de la céphalée, des phénomènes vaso-moteurs, des bouffées de chaleur.
La Créosote s'absorbe facilement par la muqueuse digestive, par la peau et le tissu cellulaire souscutané. Elle s'élimine par les poumons et surtout parlesreins.
Dans les urines, l'élimination s'effectue sous forme de Créosotosulfate de potasse c'est-à-dire de combinaison avec le sulfate de potasse (Saillet).
Sous l'influence de la Créosote, l'urobiline disparaît de l'urine des tuberculeux (Hanot).
Pouvoir toxique.
Son pouvoir toxique a été étudié par Bouchard, chez le lapin, au moyen d'injections sous-cutanées d'huile créosotée dans la proportion de 5o o/o.
5 Ce. de Créosote par kilogramme d'animal tuent en deux heures trente minutes ; 4 Gc. 22 tuent en 24 heures; 3 Ce. i5 font apparaître de l'albumine dans l'urine. L'animal, quoique albuminurique, guérit.
Si l'on fait des injections intra-veineuses d'une solution de 1 0/0 dans de l'eau alcoolisée, on trouve que, pour tuer un kilogramme d'animal, il faut o Ce. 17, c'est-à-dire que, en injections ^veineuses, l'équivalent toxique est de 0.17. Si l'on veut mesurer sa tolérance et son intolérance chez l'animal (question sur laquelle nous reviendrons), on voit qu'une dose quotidienne de o Ce* 25 par kilogramme, en solution huileuse ( 1 partie de Créosote pour 3 d'huile), injectée dans la peau est inoffensive pour le lapin. Cette dose équivaut pour un homme de 60 kilogrammes, à 1 5 grammes de Créosote pure.
Action
caustique de la
Créosote.
Enfin, on sait qu'en applications cutanées, la Créosote a une action topique des plus manifestes, qui se manifeste par une cuisson intense pouvant, si le contact est prolongé, aller jusqu'à la brûlure.
L'action est surtout intense sur les muqueuses : l'épiderme est détruit ; il se détache une mince pelli-
cule qui laisse voir le derme ulcéré. Ces effets ne se produisent que si la Créosote est appliquée pure ; en solution étendue elle perd sa causticité et devient simplement astringente.
Nous réservons l'étude de l'intoxication créosotée et Résumé
, * i i • v „. des considérations
de ses symptômes pour le chapitre ou nous traite- . um
rons de la tolérance et de l'intolérance de l'organisme vis à vis de la Créosote.
Si nous voulons résumer ces considérations physiologiques nous pouvons conclure :
i° Que le pouvoir antiseptique de la Créosote est égal à celui de l'acide phénique ;
2° Que l'absorption de la Créosote se fait facilement par la peau et la muqueuse digestive ;
3° Que son élimination se fait par les poumons et surtout par les reins ;
4° Que l'action locale du médicament sur la peau et sur les muqueuses est une cuisson, pouvant, avec un contact prolongé, aller jusqu'à la brûlure.
5° Que son action générale se manifeste :
a) sur l'appareil respiratoire, par un ralentissement de rythme ;
b) sur l'appareil digestif, par une irritation de l'estomac et peut-être une gastrite interstitielle ;
c) sur la nutrition, par une augmentation chez le phtisique; elle est sans action chez l'homme sain.
n'intolérance.
Signes Sans préjuger des résultats que nous fournira
l'étude clinique de la tolérance et de l'intolérance de l'organisme pour la Créosote, de ses indications et contre-indications, il est quelques notions que nous voulons établir ici, afin de pouvoir exposer, à la fin de ce chapitre, le mode d'action de la Créosote.
Elles ont trait à l'intolérance, c'est-à-dire de la saturation de l'organisme par la Créosote, et ont été bien posées par Burlureaux dans un travail que nous aurons à examiner plus en détail.
Burlureaux indique comme signes de l'intolcrance :
La* persistance du goût de Créosote dans la
bouche ; Les urines noires ; Les sueurs profuses pendant sept ou huit
heures ; L'apparition de vertiges, d'ivresse ou de torpeur; Enfin, la sensation de refroidissement avec hypothermie réelle ou, au contraire, avec hyperthermie, succédant à la période algide.
L'hypothermie peut aller jusqu'à 33° ; une hyperthermie pouvant aller jusqu'à 41 ° lui succède au bout de trois quarts d'heure à une heure.
Ce qui, selon Burlureaux, caractérise Ja véritable intolérance, c'est la sensation de refroidissement avec hyperthermie consécutive, analogue à ce quiseprocu't dans l'intoxication phéniquée. MM. Burlureaux et
Faisans ont observé des accidents pseudo-méningitiques par suite de l'intoxication créosotée : fièvre, puis hypothermie, alternatives de torpeur et de délire hallucinatoire, incontinence de matières et d'urine.
L'amélioration survenait au bout de quatre jours, et la guérison le sixième. Ces accidents de pseudoméningite se sont produits sous l'influence de 4 grammes, 4 gr. 35 et 9 grammes de créosote.