CHAPITRE II
PREMIÈRES ÉTUDES HISïOLOGIQUES DU TUBERCULE. DUALISME DE VIRCHOW
Sommaire. — Corpuscule, tuberculeux de Lcbert. — Reiiiliardt. — Vircliow. Sa définition du tubercule : c'est une néoplasie conjonctive aboutissant rapidement à la caséificalion. — Il en distinguo les inflammations catarrhalcs caséouses, nodulaires ou diffuses. — Comment Virchow comprend les rapports de la scrofule et du tubercule. — Dualité de la phtisie pulmonaire. — Le caséiim engendre le tubercule ; Diltricli, Buhl. — La clinique s'empare de la doctrine dualiste : Niemeyer, Jaccoud. — Protestations isolées : Hérard et Cornil.
Nous arrivons vers le milieu de ce siècle, à une ère nouvelle, signalée par l'introduction des observations microscopiques dans les recherches anatomo-pathologiques. Lebertfutun de ceux qui s'engagèrent tout d'abord dans cette voie et, du premier coup, il crut, aussi bien pour le tubercule que pour le cancer, avoir trouvé la caractéristique histologique '. Comme objet d'étude, il choisit la matière tuberculevise proprement dite, dans l'acception de Laënnec et de Louis, c'est-à-dire le tubercule jaune cru. 11 y constata la présence de ce qu'il a appelé le corpuscule ou le globule tuberculeux. C'est une masse granuleuse, anguleuse ou irrégulièrement arrondie, mesurant de 1/140 à 1/100" de millimètre, sans noyau apparent; elle n'est autre qu'une cellule incomplètement développée, entravée dans son évolution par la forte consistaace du blastème qui l'entoure. Ce corpuscule était pour Lebert un élément spécifique, sans analogue dans l'économie, difTérent des globules blancs, des globules de
1. Lebert, Traité pratique des maladies scrofuleuses et tubercicleuses. Paris,
LERERT : CORPUSCULE TUBERCULEUX.
pus et de tout autre élément histologique connu. De même que, pour lui, il y avait une cellule cancéreuse, de même il existait un corpuscule tuberculeux. Les vues si simples de Lebert confirmant la notion de la spécificité du tubercule par la preuve et la sanction histologiques furent accueillies avec faveur, en France surtout où elles cadraient si bien avec les idées de Laënnec et de Louis, en Allemagne par Rokitansky et en Angleterre par Hugbes Bennett.
Lebert fit aussi appel au microscope pour décider la question, toujours pendante, des rapports de la tuberculose et de la scrofule. Pour lui, la scrofule est une maladie de l'enfance et de l'adolescence caractérisée par une série d'inflammations chroniques, avec tendance très prononcée à la suppuration et à l'ulcération et se localisant de préférence sur la peau, les oreilles, les yeux, les articulations et les os; selon lui, les ganglions lymphatiques superficiels engorgés si souvent chez les scrofuleux sont habituellement le siège de tubercules. La scrofule ne reconnaît pas, comme le tubercule, un produit spécifique, une cellule caractéristique, comparable au corpuscule tuberculeux; il n'y a pas de produit scrofuleux, tangible et histologiquement démontrable. Ce que l'on considérait jusqu'alors comme la lésion caractéristique de la scrofule, les adénites scrofuleuses, les écrouelles rentrent dans le domaine du tubercule. La scrofule est donc vine maladie spéciale, diathésique, distincte de la tuberculose ; les deux maladies offrent cette particularité de se rencontrer fréquemment chez le môme individu.
Dès 1847, Reinhardt s'éleva contre les vues de Lebert. Il montra que le fameux corpuscule tuberculeux peut se former aux dépens du pus ordinaire et que par conséquent il n'a rien de spécifique. En 1830, il fit paraître un travail ovi il s'appliqua à montrer, par des preuves histologiques, que le tubercule est simplement un produit intlammatoire'.
Reinhardt établit d'abord une distinction absolue entre le tubercule gris, isolé ou infiltré, et le tubercule jaune ou l'infiltration tuberculeuse jaune. 11 n'y aurait jamais passage de l'un de ces états à l'autre et pour Reinhardt ce sont deux processus différents, quoique tous deux inilammatoires. Le tubercule gris
1. Reinhardt, Ueber die Uebereinstiinmung der ïubcrkclablagerungcn mit don Entzundungsprodukten. {Charité Annalen, Berlin, 1850, Bd 1.)