REINHARDT. — VIRCHOW
(ou rinfiltration grise, infiltration gélatineuse) résulterait d'un exsudât, d'abord liquide ou gélatineux, s'organisant plus tard et aboutissant à une néoformation conjonctive, aune sorte de tissu de cicatrice. C'est proprement une pneumonie chronique à tendance fibroïde. Le tubercule jaune (isolé ou infiltré) n'est au contraire que du pus épaissi. Il s'agit d'un exsudât purulent intra-alvéolaire qui subit un travail de résorption partielle; de là l'apparition de globules ratatinés, irréguliers et mortifiés qui ne sont que les corpuscules tuberculeux de Lebert. C'est une pneumonie lobulaire ou alvéolaire avec exsudât purulent aboutissant à la régression et à l'inspissation. Ce travail de Reinhardt n'est pas sans avoir exercé une certaine influence sur les recherches célèbres de Virchow qui ont pendant si longtemps dominé dans la science.
Virchow' rejette la conception du tubercule, telleque l'avaient formulée Bayle et Laënnec ; elle reposerait sur une confusion consistant à regarder comme tuberculeux tout ce qui est caséeux. Un autre reproche que Virchow adresse à Laënnec, est d'avoir de préférence placé la question sur le terrain de la phtisie pulmonaire, oii les lésions sont si complexes, et « d'avoir fait ses recherches en spécialiste ». 11 fallait étudier le processus sur des tissus de structure plus simple, sur les séreuses, par exemple; Virchow s'efforce d'abord de bien définir ce qu'il faut entendre par « matière tuberculeuse » ; pour lui ce n'est pas un produit spécial, propre au tubercule, mais un mode de terminaison de divers processus de nature néoplasique, phlegmasique, purulente ou catarrhale. Cette « matière tuberculeuse » pour laquelle il préfère la dénomination de matière caséeuse, qui ne préjuge rien, est le résultat d'une dégénérescence spéciale, d'une nécrose ou d'une nécrobiose des éléments cellulaires qui se transforment en petits corps arrondis, plus ou moins infiltrés de particules graisseuses, les corpuscules tuberculeux de Lebert. Ces corpuscules ainsi que la métamorphose caséeuse peuvent se rencontrer dans la période régressive des états les plus divers, dans le pus épaissi, dans la matière typhique, à l'intérieur des vieux cancers ou des sarcomes aussi bien que dans les produits proprement tuberculeux.
1. y mcnovf , Pathologie cellulaire, trad. française, 2" édit. Paris, 1874. — Traite des tumeurs, trad. française, 1871, t. 3, p. 66-174.
GRANULATION TUBERCULEUSE
Il existe cependant un tubercule vrai et une maladie géné raie, la tuberculose ; une partie au moins de l'œuvre de Bayle et de Laënnec subsiste et doit être respectée : c'est le tubercule ou la granulation grise de Laënnec, avec ses différents stades d'évolution.
Pour Virchow, comme pour Laënnec, le tubercule est un produit spécial, une tumeur, la plus petite des tumeurs. La comparaison avec un grain de mil est un peu exagérée et les tubercules dits miliaires résultent déjà de la conglomération de plusieurs tubercules plus petits, submiliaires. Souvent même, le nodule tuberculeux n'est visible qu'à la loupe ou au micro-
FiG. 1. — Structure de la granulation tuberculeuse d'après Virchow.
scope; c'est ce qui a lieu pour le foie notamment, dans la tuberculose généralisée. La granulation tuberculeuse présente des caractères particuliers empruntés à sa structure, à son origine et à son évolution. Le tubercule est un produit formé d'un amas de cellules petites, arrondies, à protoplasma généralement très mince, de sorte qu'au premier aspect, on dii-ait un simple amas de noyaux. Ces cellules ressemblent tout à fait aux cellules lymphoïdes des ganglions lymphatiques ou de la rate. Parmi elles, il en existe de plus volumineuses, pouvant contenir jusqu'à 12, 14, 24 et 30 noyaux. Virchow décrivait en outre, interposé entre ces cellules, un fin réticulum conjonctif, d'où l'assimilation du tubercule à un follicule lymphoïde, à un lymphome.
Quant au siège du néoplasme, la réponse est formelle : les tubercules se développent exclusivement dans le tissu connectif. Bayle déjà avait conclu de ses recherches que le tissu cellulaire était le lieu d'origine du tubercule, et nous avons vu qu'Andral plaçait également les tubercules dans « le tissu cel-