N'A PAS DE RÉACTION COLORANTE « SPÉCIFIQUE
dans la solution aqueuse ou hydro-alcoolique de fuchsine ou de violet de méthyle maintenue bouillante. J'ai eu l'idée aussi d'essayer l'eau bouillante comme agent de décoloration : j'ai constaté que les bacilles colorés par le procédé d'Ehrlich ou de Zielil conservent, mais en partie seulement, leur coloration, après un séjour de près d'une minute dans l'eau en ébullition. Les bacilles colorés dans les simples solutions aqueuses se décolorent tous et presque instantanément.
On voit donc que le Ijacille de Koch ne possède pas, à proprement dire, de réaction colorante spécifique. Gomme tous les autres microbes, on peut le colorer parles simples solutions aqueuses des couleurs basiques d'aniline. Il s'en distingue toutefois par ce fait qu'il se colore et que de même il se décolore plus difficilement. Nous avons vu les objections qui ont été élevées contre l'hypothèse d'Ehrlich, d'après laquelle il existerait autour du bacille de la tuberculose une membrane d'enveloppe que les couleurs pénètrent difficilement, si ce n'est à la faveur de moyens chimiques ou thermiques, et qui serait imperméable aux acides. Si l'on renonce à cette explication physique, il faut admettre qu'il existe, dans la constitution chimique du bacille de la tuberculose, des particularités encore inconnues (jui lui donnent sa réaction colorante spéciale. Cette dernière hypothèse est celle qui parait la plus plausible, car nous verrons plus loin, quand il sera question de la composition chimique du bacille de la tuberculose, que l'on peut retirer de ce bacille une matière amorphe, soluble dans certains réactifs et qui possède la réaction caractéristique d'Ehrlich.
A un moment donné, on crut avoir trouvé l'explication très simple de la réaction colorante du bacille de
Koch; ce fut lors de la découverte des « bacilles ^ ^
du smegma » par Alvarez et Tavel. On sait que v
ces auteurs ont rencontré, dans le smegma et ' ^
la desquamation humide des parties génitales "^^
des suiots sains, des bacilles se comportant fic..8.— Baciiies du
' 1 smcgina, colores
comme le bacille de Lustgarten au point de vue v^^ piocodé do
des réactions colorantes. Ces bacilles traités par
la méthode d'Ehrlich se comportent aussi de la môme façon que
BACILLES DU SMEGMA.
les bacilles de la tuberculose'. Il était à supposer que ces bacilles sont redevables de leur réaction colorante particulière au milieu riche en sébum sur lequel ils se développent. Bienstock fit des expériences dans cette direction et cultiva sur de la gélose nutritive additionnée de beurre ditïérents microbes, des saprophytes, le bacillus subtilis, le bacille du charbon, etc. 11 constata que les bactéries ayant ainsi végété dans un milieu imprégné de graisse présentaient d'une part les réactions colorantes du bacille de Lustgarten, et d'autre part celles du bacille de la tuberculose. Colorés pendant dix minutes dans le liquide chauiïé de Ziehl,ces divers bacilles résistaient énergiquement à la décoloration par l'acide nitrique au tiers. Bienstock en concluait que la réaction d'Ehrlich ne devait pas être considérée comme caractéristique du bacille de Koch, celui-ci empruntant uniquement cette réaction à un manteau graisseux qui se formerait autour de lui dans la sécrétion des cavernes et dans les masses caséeuses".
On pouvait déjà objecter à cette manière de voir que le bacille de la tuberculose présente la réaction d'Ehrlich non seulement dans les crachats et dans les masses caséeuses, où il a pu s'envelopper de graisse, mais aussi dans les tubercules gris et dans les cultures artificielles obtenues sur des milieux où la graisse fait complètement défaut. D'autre part, si le fait de se développer dans un milieu riche en matières grasses, comme le contenu des cavernes, suffisait à donner aux microbes la réaction colorante d'Ehrlich, il faut se demander pourquoi néanmoins cette réaction ne s'observe que pour le bacille de Koch et nullement pour les autres microbes qui se rencontrent associés avec lui- dans le contenu des cavernes.
Gottstein, à la même époque, constata que les bacilles que l'on rencontre dans le cérumen du conduit auditif présentent les mêmes réactions colorantes que celles assignées par Alvarez et Tavel aux bacilles du smegma. Répétant, en les variant, les cultures de différents bacilles sur des milieux additionnés de matières grasses(beurre, lanoline), il arriva aux mêmes résultats que Bienstock. Enfin, en faisant des lamelles avec des cultures de
1. Alvarez et Tavkl, Recherches sur le bacille de Lustgarten {A7'ch. de physiol. norm. et pcdhol., 1885, t. 6, p. 303).
2. Bienstock, Zur Fragc dcr sogenannten SyphilisbaciUen und dcr Tubcrkelbacillenfarbung: {Furlschr. d. Medicln, 1880, p. 193).