VIRCHOW LES SÉPARE
à ce sujet. S'il s'agit d'un enfant ou de quelque lésion assez légère pour que le malade s'en soit à peine occupé et que des semaines, des mois ou même des années se soient écoulés depuis, comment parviendra-t-on à connaître la vérité ? Personne, dans ce cas, ne songe au premier mal; les parents ne s'en souviennent plus; tout le monde soutient qu'il n'existait rien ailleurs que là où sont les soufï'rances ou les grosseurs actuelles'. >•>
Ainsi, pour Broussais comme pour Velpeau,les strumes ganglionnaires résultent de l'irritation des surfaces se propageant aux ganglions où se développe un travail inflammatoire ou « subinflammatoire ».
Cependant la plupart des cliniciens ainsi que des anatomopathologistes, à l'exemple de Baylc et de Laënnec, Cruveilhier, Meckel, Andral, Lobstein, persistaient à faire rentrer les lésions scrofuleuses dans le cadre de la tuberculose. Ils étaient guidés dans cette assimilation, d'une part, par la caséification ultime, caractère commun aux deux processus, d'autre part par les liens intimes si nombreux qui unissent les deux maladies.
Virchow surtout s'éleva contre cette manière de voir et s'appliqua à séparer la scrofule de la tuberculose.
La conception générale de la scrofulose, telle que la formule Virchow, se rapproche étroitement de celle de Broussais; la plu part des lésions scrofuleuses sont pour lui de nature inflamma toire ou subinflammatoire, confondues à tort avec les lésions proprement tuberculeuses, à cause du caractère qui leur est commun à toutes deux, la tendance finale à la caséification. La scrofulose, pour Virchow, est toutefois « quelque chose de particulier » se traduisant par une vulnérabilité spéciale des parties et par la persistance des désordres inflammatoires et régressifs dont ces parties sont le siège. Il explique ces particularités par « une faiblesse, une imperfection locale des tissus en question », qui fait que les lésions superficielles ou ganglionnaires, au lieu de se résoudre et de se dissiper, s'éternisent et aboutissent à la régression caséeuse. « Cette moindre aptitude des tissus à résister aux troubles morbides et de ceux-ci à se résoudre » peut être héréditaire ou bien acquise (alimentation mauvaise, insuffisante, manque d'exercice, air vicié).
1. Velpeau, Maladies du système lymphatique, 2"= mémoire [Arcli.gén. de médecine, 20 série, 1. 10, 1836, p. 11).
MÉTASTASES DU TUBERCULE.
Les principales manifestations de la scrofule, l'adénite scrofuleuse (bubon scrofuleux, écrouelles), les abcès froids, les caries osseuses, les arthrites fongueuses, relèvent donc pour Virchow de processus originairement hyperplasiques, inllammatoires ou suppuratifs, aljoutissant communément à la métamorphose caséeusc ; ce dernier caractère est le seul que les produits scrofuleux aient de commun avec les produits tuberculeux. Les hépatisations caséeuses du poumon, dont il a été question plus haut, rentrent aussi dans le cadre des (( inflammations scrofuleuses ».
Le tubercule vrai, d'après Virchow, par son mode de dissémination et ses métastases, « se comporte comme une tumeur maligne». 11 rappelle à cet égard que Laënnec déjà, avec sa pénétration habituelle, avait établi une distinction entre les « éruptions » primitives et secondaires du tubercule, celles-ci succédant au ramollissement du foyer primitif. Virchow montre de même que les tubercules se propagent d'abord par une infection de voisinage. Les tubercules de l'intestin sont d'abord solitaires, puis se groupent en foyers et finissent par constituer une véritable infiltration ; ils gagnent ainsi en surface et en profondeur. Au bout d'un certain temps, on voit, sur les ulcérations tuberculeuses de l'intestin , apparaître des éruptions tuberculeuses dans le tissu sous-séreux correspondant; elles se prolongent le long des lymphatiques , jusqu'aux ganglions. La tuberculose miliaire de l'épididyme gagne d'une part le corps du testicule, d'autre part la prostate, par infection propressive. « 11 existe enfin des métastases dans les organes éloignés. Dans une tuberculose primitive de l'appareil génito-urinaire, on ne trouve que de petits nodules submiliaires dans les poumons et la plèvre. D'autres fois, dans la tuberculose primitive du poumon, par exemple, les mêmes petits foyers multiples secondaires se trouveront dans le foie et les reins. »
Antérieurement à Virchow, du reste, ces infections de voisinage, dans la tuberculose, avaient été étudiées par divers anatomo-pathologistes. Andral, Carswell, Cruveilhier avaient attiré l'attention sur les lésions des chylifères si fréquentes dans la tuberculose intestinale. Andral surtout a montré que quand il existe une ulcération tuberculeuse de la muqueuse intestinale, on voit fréquemment, au point correspondant aux ulcérations,
LYMPHANGITE TUBERCULEUSE.
de petits groupes de granvilalions d'où partent des traînées de granvilations fines disposées comme les grains d'un chapelet. Elles suivent le trajet connu des chylifères, dont elles occupent la paroi; elles aboutissent généralement à des ganglions mésentériques tuméfiés et caséeux'.
Lépine a depuis repris cette étude de la propagation des tubercules, qui les rapproche de la dissémination des néoplasmes malins et de la syphilis. Il a signalé une lymphangite tuberculeuse superficielle du poumon, chez les phtisiques, identique à celle qu'on trouve sur les chylifères. D'un foyer pulmonaire tuberculeux part une chaîne de granulations, multiple le plus souvent, suivant exactement les espaces polygonaux qui circonscrivent, au niveau de la plèvre, la base des lobules pulmonaires. Toujours ces lymphatiques aboutissaient à un ganglion bronchique caséeux. Lépine a, en outre, signalé un autre fait intéressant : il a observé que, chez des sujets atteints de lésions tuberculeuses du poumon ayant intéressé la plèvre viscérale, on voit fréquemment de, fines granulations grises sur la plèvre pariétale, souvent dans un point limité, répondant exactement à la plèvre viscérale. On assiste donc là, comme il le fait observer, à une sorte de greffe tuberculeuse, à vme véritable infection de voisinage'.
Virchow était un observateur trop exact pour ne pas être frappé lui-même de la coexistence habituelle, chez le même individu, des granulations tuberculeuses et des masses jaunes, caséeuses, coïncidence trop fréquente pour être fortuite. Tout en signalant le fait, il se montre très réservé dans l'interprétation : « Je regarde, dit-il, comme bien plus conforme aux faits et comme la seule voie qui permette d'arriver à leur appréciation exacte, de distinguer d'abord les deux ordres de choses, de convenir de leur grande affinité, de leur coïncidence et de leur succession fréquente, tout en réservant à la tuberculose une certaine indépendance et son individualité. »
L'ancienne hypothèse de Dittrich pouvait être invoquée pour expliquer l'éruption tuberculeuse succédant aux inflammations