‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 189 sur 689 · EFFETS DES INJECTIONS INTRA-VEINEUSES · texte numérisé non relu

EFFETS DES INJECTIONS INTRA-VEINEUSES

parfois extrêmenieni nombreuses, ressemblant à s'y méprendre aux granulations tuberculeuses. Elles sont de dimensions variables, les unes extrêmement petites, les autres de la grandeur d'un grain de mil et au delà. Lorsque la mort a été relativement rapide, on ne trouve souvent à l'œil nu qu'un semis extraordinairement fin de granulations qui n'apparaissent nettement qu'avec la loupe. Le foie et la rate ne présentent pas de lésions analogues. A l'examen microscopique des coupes du poumon, durci par l'alcool, on constate que ces granulations sont formées par des amas de cellules embryonnaires et de cellules épithélioïdes; au début on ne constate pas de cellules géantes, qui toutefois apparaissent quand la mort est moins rapide. Au milieu des cellules se trouvent des bacilles en nombre variable, facilement colorables par le procédé d'Ehrlich ou de Ziehl. Le plus souvent ces bacilles sont enchevêtrés les uns dans les autres et agglomérés. En pratiquant sur la lamelle des frottis avec le tissu du foie et de la rate et en les traitant par le procédé de Ziehl, on met aussi en évidence la présence dans ces organes de bacilles nettement colorables.

L'injection de bacilles tués par la chaleur, pratiquée dans la veine jugulaire du cobaye, donne les mêmes résultats : présence dans les poumons d'une véritable éruption de tubercules. Les cobayes ayant reçu dans les veines une injection de 1 ce. d'une suspension assez dense de bacilles sont morts très rapidement, au bout d'une semaine environ; à l'autopsie, nombreuses granulations tuberculeuses dans les poumons, bacilles colorables dans le frottis des divers organes.

Les lésions qui viennent d'être décrites se développent quand la suspension des bacilles morts est assez épaisse. Quand, au contraire, on prépare une suspension extrêmement fine, dans laquelle les bacilles sont séparés les uns des autres autant que possible et qu'on les injecte cependant en quantité à peu près égale à celle qui vient d'être dite, les effets sont autres : les animaux maigrissent et meui*ent exactement comme nous l'avons dit plus haut; mais, à l'autopsie, les lésions nodulaires du poumon font défaut. La mort dans ce cas a lieu par une sorte d'intoxication, avec cachexie progressive.

Les résultats qui viennent d'être exposés sont ceux que détei'mine l'injection intra-veineuse de fortes doses de bacilles

ET INTRA-PÉRITONKALES 1)E BACILI.ES MORTS.

tués. Si chez le lapin on injecte des doses vingt fois plus faibles, la mort est plus lente à venir; elle peut arriver au bout d'un, deux, trois mois après l'injection. L'animal maigrit d'abord; au bout de quelques semaines, il reprend son poids primitif et semble avoir récupéré la santé. Mais il reste très vulnérable et très sensible aux divers agents perturbateurs, par exemple au froid. Si on lui injecte de nouveau des doses très faibles de bacilles, vivants ou morts, la mort a lieu généralement déjà au bout de 24 heures, ce qui ne s'observe jamais, même par l'inoculation de doses énormes, chez le lapin sain. Dans ces cas, les bacilles morts provoquent, non pas une maladie chronique, mais une intoxication aiguë qui se traduit par une fièvre intense et peut amener la mort rapide de l'animal. Ce fait prouve que l'animal, sain en apparence, est cependant profondément modifié par le fait de la première injection qui lui imprime une susceptibilité extrême à l'égard d'une nouvelle infection tuberculeuse. Cette même susceptibilité se retrouve chez le chien soumis à la même injection intra-veineiise préalable d'une faible dose de cadavres de bacilles tuberculeux.

Avec des doses extrêmement petites de cadavres de bacilles tuberculeux (par exemple 0?', 00005 en poids sec), les elfets sont absolument nuls. L'animal supporte parfaitement l'injection et continue àdemeurer bien portant. Si on le sacrifie, on ne trouve aucune lésion.

Si l'on répète tous les dix à douze jours l'injection de ces faibles doses, en les augmentant graduellement, on arrive à constater chez les lapins vine certaine accoutumance à l'introduction des cadavres de bacilles tuberculeux. On peut ainsi faire supporter aux lapins des doses très considérables de bacilles morts, doses qui, injectées à des animaux non préparés, détermineraient sûrement cette vulnérabilité spéciale à l'égard de la réinfection dont il vient d'être parlé.

Injections intra-péritoncales. — L'injection dans la cavité péritonéale de 1 à 5 ce. d'une su.spension assez dense de bacilles de la tuberculose, tués par la chaleur humide, provoque chez le lapin, le cobaye et le chien des effets généraux analogues à ceux qu'entraîne l'injection intra-veineuse (vulnérabilité plus grande pour la réinfection tuberculeuse, amaigrissement progressif et mort) ; mais ces effets sont beaucoup plus lents à se manifester.

INJECTIONS SOlîS-CUTANÉES DE BACILLES xMORTS.

Les lésions constatées à l'antopsie des animaux morts spontanément ou sacrifiés au bout d'un temps assez long (un à trois mois) peuvent se ramener à deux types principaux.

Dans certains cas, on trouve dans la cavité péritonéale des tumeurs de la grosseur d'un grain de poivre à celle d'une noisette, arrondies, isolées ou disposées en chapelet, surtout dans le voisinage du grand épiploon. Quand on incise ces masses, on voit qu'elles sont formées d'une matière puriforme, blanc jaunâtre, homogène, dense, enkystée dans une membrane fibreuse assez épaisse et vascularisée. Cette matière puriforme est constituée par des leucocytes et par des amas de bacilles parfaitement colorables. Par places, à la surface du péritoine, on trouve des plaques jaunâtres, molles, circulaires, peu adhérentes à la séreuse, que l'examen microscopique montre presque exclusivement formées d'une véritable purée de bacilles entremêlés de globules de pus. Lorsque ces plaques siègent à la surface du foie et de la rate, elles y creusent une légère dépression cupuliforme.

Les lésions qui relèvent de ce premier type sont produites par l'injection intra-péritonéale de quantités relativement considérables de bacilles tués, tenus en suspension grossière dans le liquide. Lorsque, au contraire, on a soin de diviser très finement la culture morte, de façon à obtenir une émulsion aussi parfaite que possible, les lésions sont différentes. On trouve alors tout le péritoine viscéral et pariétal ainsi que l'épiploon recouverts de granulations saillantes, dures, la plupart très petites, quelques-unes plus volumineuses, ayant tout à fait l'aspect de granulations grises, miliaires. La surface du foie, de la rate, celle des intestins sont recouvertes de ce même semis. L'aspect rappelle d'une façon frappante celui de la péritonite tuberculeuse chez l'homme. Les lésions sont exclusivement localisées à la surface péritonéale; elles ne s'observent jamais dans l'intérieur du foie, de la rate ou dans aucun autre organe. A l'examen microscopique, ces granulations se montrent formées de cellules embryonnaires, de cellules épithélioïdes et de cellules géantes en très petit nombre, avec des bacilles facilement colorables.

Injections sous-ciitanées. — Si l'on injecte dans le tissu cellulaire sous-cutané d'un cobaye 1 ce. d'eau tenant en suspen-

Page 1