‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 208 sur 689 · PAR DES ÉLÉMENTS MIGRATILES · texte numérisé non relu

PAR DES ÉLÉMENTS MIGRATILES

éprouvent do la part des cellules accumulées au centre du nodule.

C'est alors aussi que les leucocytes deviennent de plus en plus abondants dans le néoplasme. En même temps s'établit une hyperémie manifeste de l'iris, dont les vaisseaux se dilatent. A l'examen microscopique on constate que les capillaires et les veinules de cette membrane sont bondés de leucocytes disposés le long de la paroi vasculaire. Beaucoup de ces leucocytes ont franchi la paroi et ont ainsi envahi le tubercule. Ces leucocytes sont donc manifestement des éléments migratiles provenant des vaisseaux et non pas de la prolifération des cellules fixes qui, à ce moment, ne présentent déjà plus de karyokinèse. La pénétration du nodule par les leucocytes devient tellement abondante et touffue , que la plupart des cellules épithélioïdes en sont masquées. Le tubercule paraît alors un simple amas de cellules blanches et revêt l'aspect lymphoïde que Virchow avait pris pour la forme primitive et typique du tubercule. Cependant, à un examen plus attentif et avec de forts grossissements, on arrive toujours à démêler la présence de cellules épithélioïdes au milieu de l'amas de leucocytes. Parallèlement à cette accumulation de lymphocytes, s'accomplit la multiplication de plus en plus active des bacilles au sein du tubercule.

Vient enfin la phase de mortification et de dégénérescence. Elle débute au contre du nodule et frappe d'abord les leucocytes qui se ratatinent, prennent des formes irrégulières et dont le protoplasma se détruit ; les noyaux se fragmentent et les débris nucléaires, qui continuent à se colorer assez vivement pendant un certain temps, finissent par perdre toute affinité pour les matières colorantes. Les mêmes altérations s'observent sur les cellules épithélioïdes qui se transforment en masses opaques, sans coloration nucléaire, renfermant des bacilles en abondance. Le processus marche progressivement du contre à la périphérie et tout le nodule finit par subir la caséifîcation, caractérisée, comme l'a établi Weigert, par une sorte de coagulation du protoplasma avec destruction du noyau (nécrose de coagulation) puis par l'apparition de gouttelettes graisseuses et la colliquation finale.

Jusqu'ici il n'a pas été question de cellules géantes dans

CELLULES GÉANTES. — HISTOGENÈSE

cette description des tubercules de l'iris et de la cornée; Baumgarten n'en a pas observé, lorsqu'il inoculait des fragments de tissu tuberculeux provenant du cobaye ou du lapin; il en constatait au contraire lorsque l'inoculation dans la chambre antérieure se faisait avec des fragments de pommelière ou avec de la culture tuberculeuse. A quoi tient cette différence dans les effets de ces inoculations? D'après Baumgarten, la cellule géante résulte de la prolifération nucléaire d'une seule cellule (épitlîélioïde) sans que le protoplasma prenne part à cette division. Pour que la division du protoplasma ne marche pas ainsi de pair avec celle du noyau, il suppose un faible degré d'irritation, s'épuisant au premier stade de l'irritation cellulaire, à la division du noyau. Quand l'irritation est intense, comme celle que provoque l'inoculation d'un fragment de tubercule du cobaye ou du lapin, la division cellulaire est complète et on ne rencontre dans le tubercule que des cellules épithélioïdes. Les nodules de pommelière contiennent généralement moins de bacilles, de sorte que par leur inoculation on réalise des conditions d'irritation moindre qui donneraient naissance aux cellules géantes. Les cultures artificielles du bacille de la tuberculose exerceraient également sur le tissu de l'iris et de la cornée une irritation relativement faible et permettant la formation de cellules géantes. C'est pour ce motif aussi que, dans les diverses manifestations de la tuberculose humaine, les cellules géantes sont nombreuses et très volumineuses dans le lupus, dans les fongosités des tumeurs blanches, dans les adénites scrofuleuses oii le nombre des bacilles est très restreint et par conséquent l'irritation exercée par eux est très modérée; ces cellules sont rares au contraire là oii les bacilles sont abondants, dans les granulations miliaires de la tuberculose aiguë, par exemple.

L'étude du développement des tubercules secondaires, métastatiques, dans les divers organes, au cours de la tuberculose expérimentale du lapin, a conduit Baumgarten à vérifier là encore cette donnée fondamentale que l'édification première du tubercule s'effectue aux dépens et par la prolifération des éléments fixes des tissus. Ainsi, dans les ganglions lymphatiques cervicaux du lapin, qui se prennent les premiers après l'inoculation intra-oculaire, les lésions débutent par les folli-

DU TUBERCULE MÉTASTATIQUE.

Cilles, OÙ l'on trouve des bacilles libres ou contenus dans l'intérieur des cellules fixes du réticulum, ou bien encore dans les cellules endothéliales des capillaires. Ces cellules apparaissent nettement en karyokinèse, et c'est à leurs dépens que prendraient naissance les cellules épithélioïdes et les cellules géantes. Les lymphocytes mobiles ne pénètrent dans le nodule tuberculeux que tardivement, comme on l'a vu pour les tubercules de l'iris et de la cornée. Dans le poumon, les tubercules, à leur naissance, siègent le plus souvent dans les alvéoles; ils proviennent de la division karyokinétique des cellules épithéliales alvéolaires et de l'endothélium des capillaires, que l'on observe dans les points où les bacilles sont arrêtés; ainsi se développe, au sein d'un groupe d'alvéoles, le tubercule pulmonaire, avec des cellules épithélioïdes et géantes entremêlées de rares leucocytes et de filaments de fibrine. Ce n'est que plus tard que l'invasion des leucocytes devient abondante, au point de masquer, là aussi, à un examen superficiel, la présence des cellules épithélioïdes. Bientôt après, le nodule subit la caséification progressive.

Le tubercule miliaire pulmonaire dont il vient d'être question est d'origine métastatique, les bacilles étant apportés au poumon par la voie sanguine. Si l'on injecte directement dans la trachée d'un lapin ou d'un cobaye une culture pure du bacille de la tuberculose, on provoque ainsi une tuberculose pulmonaire par inhalation ou par « aspiration » qui offre de grandes analogies avec la pneumonie caséeuse de l'homme. Un grand nombre d'alvéoles ou même plusieurs lobules sont envahis à la fois, d'où des infiltrations lobulaires ou lobaires. Là aussi, d'après Baumgarten, la lésion première et fondamentale consisterait dans la prolifération, par voie de karyokinèse, du revêtement épithélial alvéolaire; seulement, dans ces cas de pneumonie caséeuse expérimentale, l'accumulation des leucocytes dans le foyer tuberculeux s'accomplit d'une façon plus précoce et plus intense que dans le tubercule miliaire ordinaire.

Le tubercule expérimental du rein prend naissance par un processus analogue ; la prolifération des éléments épithéliaux y jouerait le rôle prépondérant; les endothéliums des capillaires intertubulaires et glomérulaires, l'épithélium de la capsule du

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