SA NATURE TUBERCULEUSE EST CONTESTÉE
exagération fâcheuse, il y fit rentrer non seulement la pommelière et la phtisie des singes et d'autres animaux, mais encore la morve et le farcin; il rattacha toutes ces affections à l'existence de cysticerques*.
En Allemagne, Gurlt, dans la description anatomique de la phtisie de la vache, se plaça exactement au point de vue de Laënnec et la décrivit sous le nom de phtisie tuberculeuse; pour lui, les foyers ramollis, caséeux ou crétacés des poumons dérivaient constamment de tubercules, et la suppuration vraie du poumon était tout à fait exceptionnelle ^ Pour Hurtrel d'Arboval et la plupart des vétérinaires français, la phtisie pulmonaire des bovidés, d'une part, les tumeurs des séreuses (pommelière), d'autre part, étaient considérées comme des localisations différentes d'un seul processus, le tubercule.
Virchow^ aborda à son tour le problème, mais d'une façon assez malheureuse. Dès 18So, il décrivit les tumeurs de la pommelière, tant des poumons que des séreuses et des ganglions lymphatiques, comme des productions sarcomateuses, des lymphosarcomes, remarquables par leur tendance à la crétification. Dans ses publications ultérieures, il maintint cette manière de voir et s'éleva contre l'assimilation de la pommelière à la tuberculose humaine. Il rappelle à ce sujet l'opinion de John Simon qui niait l'existence du tubercule chez les lapins, les brebis, les chats et les chiens et ne l'admettait que chez les singes, et il ajoute : « Je ne puis pas dire, d'après ma propre expérience, que j'aie jamais vu le véritable tubercule chez des animaux \ »
L'intervention de Villemin dans la question fut décisive. Il inocula à des lapins de la matière provenant d'une vache phtisique et il constata que les etfets de l'inoculation étaient les mêmes que ceux provoqués par les produits de la tuberculose humaine. Il en conclut que « la phtisie calcaire de l'espèce bovine est de nature identique à celle de la tuberculose de
1. Dupuy, De l'affection tuberculeuse vulijairement appelée morve, pulinonie, gourme, farcin, fausse gourme, pommelière, phtisie du sinje, du chat, du chien et des oiseauv domestiques, Paris, 1817.
2. Gurlt (E.-F.), Lelirbuch der palhol. Anatomie der Uaussaugethiere, Berlin, 1831, Bd 1, p. 25, 52.
3. ViRCHOw, Pathologie des tumeurs, trad. française, Paris, 1871, t. 3, p. ICI, et 184.