‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 229 sur 689 · LOCALISATIONS DE LA POMME LIÈRE · texte numérisé non relu

LOCALISATIONS DE LA POMME LIÈRE

Déjà en 1872, Schiippel confirmant pleinement les vues de Villemin établissait, au point de vue histologique, l'identité du tubercule humain et de la pommelière, et montrait qu'il est inexact de vouloir faire rentrer, avec Virchow, ces productions dans le cadre des sarcomes ou des lymphosarcomes Enfin, Koch apporta une preuve nouvelle et décisive à l'appui de l'identité, en montrant que dans les produits de la pommelière on rencontre constamment un bacille identique, quant à la forme, aux réactions colorantes et aux caractères des cultures, au bacille de la tuberculose de l'homme.

La tuberculose bovine, comme celle de l'homme, affecte les localisations anatomiques les plus diverses. Quoique chez les bovidés, comme chez l'homme, la localisation pulmonaire soit probablement de toutes la plus fréquente, la pommelière se caractérise néanmoins par une grande prédilection pour les séreuses, la plèvre et le péritoine notamment, puis pour les ganglions lymphatiques, dans la poitrine les glandes des médiastins et des bronches, dans l'abdomen les ganglions mésentériques et rétro-péritonéaux. Les lésions viscérales proprement dites sont souvent insignifiantes quand on les compare à l'énorme développement des masses qui occupent l'appareil séreux et lymphatique.

Les tubercules de la pommelière présentent les dimensions les plus variables. La forme la plus rare, principalement sur les séreuses, est la granulation miliaire,. que l'on observe un peu plus souvent dans les parenchymes, surtout dans le poumon. C'est une nodosité arrondie, de la grosseur d'un grain de mil, grisâtre, à peine transparente et de consistance ferme, presque fibreuse. Le centre jaunit rapidement, se caséifie et s'infiltre de sels calcaires. Presque toujours un certain nombre de ces granulations deviennent confluentes et sont réunies parunegangue conjonctive, de façon à former des tumeurs grosses comme une lentille ou comme un pois, ou des conglomérats plus volumineux, atteignant les dimensions du poing ou d'une tête d'enfant. Ces masses sont irrégulières, bosselées, en forme de grappes, de choux-fleurs et cet aspect lobulé indique qu'elles

1. ScHUEPPEL, Uber die Identitat der Tuberkulose mit der Perlsucht (Virchow's Archiv, 1872, Bd 56, p. 38.)

DESCRIPTION MACROSCOPIQUE. — CALCIFICATION.

proviennent de la confluence de foyers séparés et originairement indépendants. Tantôt ces masses s'insèrent sur la plèvre ou le péritoine par une large base, elles sont sessiles, ou bien elles sont pédiculées et peuvent pendre dans la cavité séreuse, comme des polypes dont le pédicule est formé par du tissu fibreux. Toute la plèvre pariétale et viscérale peut être remplie de pareilles masses dont le poids dépasse parfois 30 à 40 kilogr.

A la coupe ces tumeurs présentent une apparence fibreuse ou charnue quand elles sont relativement jeunes; quand elles sont arrivées à un stade plus avancé, elles offrent sur la coupe une coloration jaune particulière et crient sous le scalpel (fig. 38) : les tubercules ont rapidement passé à la caséification et à la cré-

berculose bovine, au même titre que la caséification pour la tul)erculose de l'homme. « Si on voulait distinguer les deux afi'ections d'après leur mode de terminaison, dit justement Virchow, il faudrait appeler ce processus une lithiase. Delafond a parlé, en effet, d'une phtisie crétacée. Des granulations toutes petites, de la grosseur d'un grain de chènevis, contiennent déjà un ou plusieurs noyaux calcaires... La crétification des tumeurs de lapommelière se distingue de la crétification du tubercule humain en ce que la première ne forme jamais de grandes masses calcaires cohérentes, mais qu'il reste toujours une certaine trame de tissu, parsemée de petites particules pierreuses, dures, arrondies ou oblongues, parfois ramifiées. Ces particules ont une couleur jaune ou jaune brun qui tranche fortement sur le fond grisâtre du tissu. Au microscope, on ne trouve que des grains ou des amas amorphes de phosphate ou de carbonate de chaux'. »

1. Virchow, Pathologie def: lumeurs, trad. franc., t. 3, p. 189.

Fio. 38. — Une coupe à travers le poumon montrant la couleur jaune soufre des tuliercules calcifÎL's. Grandeur naturelle.

tification; ces masses jaunes sont tantôt assez denses et compactes, d'autres fois elles ont subi un degré plus ou moins prononcé de colliquation et donnent alors au toucher l'impression d'une matière friable, molle, analogue à du mortier. Cette tendance à la crétification est caractéristique pour la tu-

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