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SIGNIFICATION DE LA CELLULE GÉANTE

une troisième couche concentrique plus ou moins puissante, se trouvent des cellules petites, rondes, uninucléaires, cellules lymphatiques ou embryonnaires. Les cellules géantes à noyaux multiples sont pour Schûppel la caractéristique du tubercule ; elles en forment l'élément constitutif nécessaire et primordial ; ce sont elles qui servent de point de départ à toute l'édillcation du nodule * .

Schilppel signale bien les difl'érences qui distinguent le follicule tuberculeux, tel qu'il vient d'être décrit, d'avec un fol-

FiG. 3. — Follicule tuberculeux, a, cellule géante; A, cellules cpithélioïdes ; f, c, eucocytes.

licule lymphatique ou un nodule lymphomateux avec lequel E. Wagner avait voulu l'identifier. Les cellules du follicule lymphatique sont rondes, uninucléaires, disposées dans les mailles d'un iin réticulum; les cellules du follicule tuberculeux sont des cellules géantes et des cellules épithélioïdes. Les follicules lymphatiques et les lymphomes possèdent un réseau très apparent de capillaires qui font entièrement défaut dans le follicule tuberculeux.

Les opinions de Schûppel au sujet de l'origine de la cellule géante ont beaucoup varié dans ses publications successives. Au début il la considérait comme résultant de l'hypertrophie d'un globule blanc du sang, avec multiplication nucléaire excessive. Puis il abandonna cette manière de voir, ainsi que celle qui faisait dériver la cellule géante d'une cellule nodale du réti-

1. ScHUEPPEL, hntersuchungen ûber Lyrnphdrusentuberkulose. Tiibingen, 1871.

UiNITÉ ANATOMIQUE DE LA PHTISIE.

ciilum clii follicule tuberculeux. Il considéra le tubercule comme se développant, dans la majorité des cas, à l'intérieur des vaisseaux sanguins ; la partie centrale de la cellule géante ne serait qu'un coagulum albumineux, la zone marginale de noyaux résultant de la prolifération des cellules endothéliales du vaisseau. Entin,dans un travail subséquent, Schûppel arriva à une conception plus singulière de la cellule géante ; elle naîtrait dans l'intérieur des vaisseaux d'un « protoblaste sans noyaux » ou d'un amas de protoplasma granuleiix, par une sorte de genèse cellulaire, dérivant directement des matériaux du sang. Dans ce « protoblaste » apparaîtraient ensuite des noyaux et ainsi se formerait la cellule géante. Les cellules épithélioïdes dériveraient par bourgeonnement de la cellule géante et môme le réticulum en proviendrait'.

Toutes ces recherches histologiques ne s'adressaient qu'au tubercule vrai, légitime, dans le sens de Virchow, à la granulation tuberculeuse ; elles n'osaient point aborder le groupe confus des inflammations dites caséeuses.

La doctrine de la dualité de la phtisie, émise par Virchow, continuait donc à être universellement acceptée. Les protestations timides de quelques médecins, formulées surtout au nom de la clinique, paraissaient bien attardées et demeuraient sans écho. On avait, il est vrai, sous la main, depuis la découverte de Villemin, un nouveau critérium, le plus puissant de tous : celui de l'inoculation ; mais les temps n'étaient pas venus oii la démonstration expérimentale piit être appréciée à sa juste valeur. L'anatomie pathologique avait le pas sur la clinique aussi bien que sur l'expérimentation; c'est en elle surtout qu'on avait foi; c'est d'elle surtout que l'on attendait la solution des grands problèmes de la médecine. Ce fut donc un véritable événement scientifique quand, il y a près de vingt ans, Grancher, Thaon et enfin Charcot, se plaçant sur le terrain même de l'anatomie pathologique, combattirent le dualisme artificiel et forcé de Virchow^ et restaurèrent la conception uniciste de Laënnec. Aujourd'hui, après les grandes conquêtes de la médecine expéri-

1. ScHUEPPEL; op. cit. et Ueber flic Entstehung der Ricsenzcllcn im Tulierkc {Arch. f. Heil/eunde, 1872, p. 69). — Ueber die Identitat der Tuberkulosc mit der Perlsucht [Virchow's Arch., 1812, Bd 56, p. 45).

GRANCHER : UiMTÉ DE LA PHTISIE.

mentale et de la bactériologie, cette controverse d'ordre purement anatomique a perdu de son actualité et de son importance; mais il serait injuste de ne pas lui faire la place qui lui appartient dans cette histoire des doctrines de la tuberculose.

A Grancher revient le mérite d'avoir ouvert la voie'. En 1872, dans un mémoire où il étudie comparativement la structure d'une granulation tuberculeuse et d'un noyau de pneumonie caséeuse, il montre l'analogie de ces deux lésions en apparence si dissemblables et il conclut à la nature tuberculeuse des grosses masses caséeuses de la pneumonie de Reinhardt. Ce fut le point de départ. L'année suivante, dans une étude d'ensemble qui fait date dans l'histoire de la tuberculose^, Grancher conclut hardiment à « l'unité de la phtisie ». Reprenant un à un les principaux caractères invoqués parVirchow et ses partisans pour séparer radicalement le tubercule des inflammations caséeuses, il montra ce que ces distinctions comportaient d'exagéré et d'artificiel. Pour Virchow, la granulation seule relèverait du processus tuberculeux et les produits n'affectant pas une forme nodulaire devaient en être distraits. Grancher montre, par l'examen de poumons dans la phtisie granuleuse aiguë « qu'à côté de granulations tuberculeuses types, il existe des agglomérations cellulaires plus petites et une alvéolite tuberculeuse, siégeant en grande partie dans la paroi alvéolaire. La forme nodulaire est sans doute un caractère excellent du tubercule, mais non un caractère absolu et indispensable... La définition que Virchow a donnée du tubercule est inexacte, puisqu'elle ne comprend que la granulationtuberculeuseadulte.il faut ajouter à cette forme type lesjeunes nodules visibles au microscope seulement, et les amas irréguliers de tissu cellulo-embryonnaire qui ont la môme structure et la même destinée que le tubercule et qu'on rencontre, soit dans les cas de granulie aiguë, soit dans les pneumonies caséeuses sans granulations pulmonaires. »

La localisation de la pneumonie caséeuse à l'intérieur des alvéoles et celle du tubercule dans le tissu conjonctif ne constituent pas non plus un élément décisif de distinction. Colberg, Hérard et Cornil avaient déjà prouvé que le tubercule pulmo-

1. Grancher, Etude sur le tubercule et la pneumonie caséeuse [Arch. de physiol. norm. et path., 1872, p. 624).

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