LÉPINE. — CHARCOT : TOPOGRAPHIE DU TUBERCULE
qui s'observe assez fréquemment au voisinage d'un foyer caséeux. Il n'est pas rare, en effet, à l'autopsie d'un phtisique, de rencontrer un foyer caséeux d'où partent des traînées de granulations tuberculeuses qui se dirigent vers le hile du poumon où elles aboutissent à un ganglion bronchique caséeux. « Ces granulations, dit Lépine, siègent dans la paroi d'un vaisseau lymphatique facilement reconnaissable et l'examen microscopique d'une coupe permet à la fois d'étudier la structure de la granulation tuberculeuse et d'affirmer qu'elle s'est développée dans la paroi d'un vaisseau lymphatique ; souvent ces granulations ne présentent qu'un petit point opaque à leur centre, alors que le ganglion bronchique auquel elles aboutissent est entièrement envahi par la matière caséeuse, ce qui n'a rien d'étonnant puisque le tissu adénoïde du ganglion est plus apte que la paroi d'un vaisseau à donner naissance à un tubercule. De même on voit souvent des ganglions mésentériques entièrement caséeux sans que les chylifères qui y aboutissent présentent toujours une altération appréciable. Evidemment, il n'y a pas propagation de proche en proche des lésions tuberculeuses; ce sont des substances charriées par la lymphe et provenant du foyer caséeux périphérique qui déterminent la formation des granulations sur les lymphatiques. Ce mode d'infection me paraît prouver jusqu'à l'évidence la nature tuberculeuse du foyer dont elle provient. Comment pourrait-il, s'il ne possède des propriétés spéciales, donner naissance à des granulations, c'est-àdire à des produits morbides spéciaux ? Personne ne met en doute la nature spéciale du « suc » qui, provenant d'un cancer, va provoquer le développement d'un cancer ganglionnaire de l'aisselle. Chez un tuberculeux, une irritation de cause banale amène une adénite ou une lymphangite simple ; si nous constatons une lymphangite tuberculeuse, nous devons admettre que l'irritation a été de môme nature... Ainsi donc, la pneumonie caséeuse qui produit directement des granulations, révèle, par le fait, sa nature tuberculeuse». »
Charcot, dans ses Leçons sur les maladies du jooumon, a repris la question et consacre un exposé synthétique magis-
1. Lkpine, De la pneumonie caséeuse (TAè^e d'agrégation, Paris, 1872, p. 8i)J.
DANS LA PHTISIE PULMOiNAIRE.
tral à l'étude du tubercule en général et de la tuberculose pulmonaire'. Il décrit comme unité tuberculeuse typique le /o//?'cule tuberculeux (Schllppel) ou tubercule élémentaire , comme il l'appelle, avec ses trois zones concentriques : cellule géante, cellules épithélioïdes et cellules embryonnaires . Les granulations tuberculeuses dans la plupart des cas et, à plus forte raison, les gros tubercules sont des tubercules agcjlomérés, c'est-à-dire composés d'un certain nombre de follicules élémentaires entourés et réunis par une ceinture commune de petites cellules.
Dans la phtisie chronique vulgaire, la lésion fondamentale est le tubercule miliaire. Pour la localisation de ce tubercule, Charcot adopte, d'une façon générale, le schéma de Rindtleisch ; le tubercule siège sur la bronche terminale au point oii celle-ci s'abouche avec les conduits alvéolaires de l'acinus correspondant. Rindfleisch suppose qu'à ce niveau les éperons. de division de la bronche acineuse retiennent les cellules tuberculeuses qui descendent des bronches supérieures et qu'il se produit là une infection locale ou une grelTe tuberculeuse.
La granulation tuberculeuse, conclut Charcot, siège donc à la terminaison de la bronche acineuse, dans l'épaisseur de sa paroi et autour de chaque conduit alvéolaire près de son origine. En général, la masse tuberculeuse n'embrasse pas complètement le tuyau bronchique ; elle s'accumule sur un de ses côtés, laissant libre la paroi opposée; d'où une forme semilunaire du néoplasme. Si, sur un nodule ainsi formé, on pratique une section et que cette section intéresse les trois conduits alvéolaires auxquels aboutit en général la bronchiole acineuse, on obtiendra la figure, si fréquente dans la phtisie commune à son début, d'une feuille de trèfle. Le nodule a un diamètre de 1 à 2 millimètres. A l'examen microscopique de la coupe, on constate qu'il s'agit non d'un tubercule élémentaire, mais d'une agglomération de follicules régulièrement disposés autour de certains centres de formation ; la zone centrale, caséeuse, est percée d'un trou irrégulier, qui n'est autre que le vestige du conduit alvéolaire ; la zone périphérique est formée de cel-
1. GiiARCOT, Tuberculose du poumon et pneumonie caséeuse, leçons résumées par Oulmont [Revue de médecine et de chirurgie, 1877, p. 877). — Anatoinic pathol. de la phtisie pulmon., leçons résumées par Hanot. {Ibid., 1879, p, 900). Voir aussi Charcot, Œuvres complètes, Paris, 1888, t. 5.