‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 31 sur 689 · WEIGERT : NÉCROSE DE COAGULATION · texte numérisé non relu

WEIGERT : NÉCROSE DE COAGULATION

c'est-à-dire les noyaux des cellules, deviennent de plus en plus nombreux et de plus en plus gros, jusqu'à la zone embryonnaire où ils atteignent leur maximum de développement et forment autour des foyers caséeux une ceinture rouge, limitante. « Ce qui n'est pas moins remarquable, c'est la rapidité du développement de ce processus. Dans les pneumonies tuberculeuses les plus aiguës et dans les tubercules les plus jeunes de ces pneumonies, les cellules épithéliales de la bronche et des vaisseaux ont déjà cet aspect de bloc lisse et homogène. Ce n'est donc pas le dernier stade d'une dégénérescence déjà ancienne, mais bien vme évolution spéciale, un mode de destruction, distinct de l'infiltration granulo-graisseuse ou muqueuse et qui mérite d'être appelée la dégénérescence vitreuse. Sur le fond gris, miroitant du poumon apparaîtront bientôt quelques taches opaques et blanc jaunâtre, ou saumonées, qui s'étendront peu à peu à tout le tissu, pendant que les points les plus altérés subiront une nécrobiose moléculaire. La dégénérescence vitreuse des cellules ne tarde pas en effet à faire place à une infiltration granulograisseuse qui précède l'élimination moléculaire et la formation des cavernes. A ce moment, l'examen histologique du caséum ne permettrait de reconnaître aucune cellule; on ne peut trouver que leurs fragments et des granulations graisseuses isolées ^ »

Pour Virchow, la dégénérescence caséeuse consistait proprement en une dégénérescence graisseuse, suivie d'inspissation par résorption partielle d'eau. Les recherches de Weigert sur la nécrose de coagulation ont beaucoup contribué à novis mieux faire comprendre le processus de caséification du tubercule. Les cellules sont lentement frappées de mortification et se transforment en masses coagulées, homogènes, ou finement granuleuses, avec disparition du noyau, que les réactifs colorants deviennent impuissants à déceler. Ces masses subissent ultérieurement une infiltration graisseuse, d'oii l'aspect blanc, opaque du tubercule ainsi caséifié-.

Le tubercule n'évolue pas toujours et fatalement vers la

1. Grancher, Tuberculose pulmonaire lArc/i. de phtjsiol. 7iorm.et palhol. ,iS8{, p. 511).

2. Weigert, Ueber dio pathol. Gcrinnungsvorgange [Virchow's Arch., 1880, Bd. 19, p. 87). Kritischeund crgiinzende Bemerkungen zur Lehre von der Coagulationsnekrose, etc. (Deutsche med. Woclienschr., 1885, p, 747). — Art. Coagulationsnécrose, in Eidenburg's Realencyclopedie.

TLBERCLLE FIBREUX.

caséification. Cruveilhier déjà avait fait remarquer que les tubercules, ceux du poumon en particulier, sont curables à toutes les périodes de leur développement [tubercules de guériaon, Cruveilhier), grâce à une sorte d'enkystement fibroïde. C'est encore à Grancher que l'on doit d'avoir surtout mis en lumière la signification exacte de la granulation fibreuse. « Toute granulation, dit-il, qui se développe lentement devient fibreuse et guérit, c'est-à-dire se transforme en un produit anatomique scléreux et inofïensif. C'est pourquoi j'ai proposé de définir le tubercule une néoplasie fibro-caséeuse... Cette lutte d'organisation et de destruction est capitale dans l'évolution du tubercule, car l'avenir de la petite tumeur dépend du triomphe définitif de l'un ou de l'autre des deux processus : fibreux ou caséeux... En réalité, le tubercule est une néoplasie d'abord embryonnaire, puis adulte, et enfin caséeuse ou fibreuse : embryonnaire, elle est simplement composée de cellules formant un petit nodule microscopiquet adulte, elle est caséeuse au centre, embryonnaire à la périphérie, et, selon que l'un ou l'autre des deux processus devient prépondérant, il se forme des cavernes ou des nodules fibreux de guérison. En clinique, cette double évolution se rencontre fréquemment sur le même sujet'. » Sans doute, Bayle et Laënnec, Cruveilhier et Virchow et tous les observateurs avaient vu des tubercules guéi'is par ce procédé, mais ils le considéraient comme un fait d'exception, Grancher, en définissant le tubercule « une néoplasie fibro-caséeuse » regardait la sclérose comme étant le mode le plus commvin de la guérison du tubercule et la montrait comme une conséquence de la structure élémentaire du néoplasme'.

Charcot insiste également sur l'évolution fibreuse si fréquente du tubercule miliaire. « Le tubercule fibreux peut se présenter sous deux formes principales : tubercule miliaire (granulation de Bayle) et agglomération tuberculeuse. Dans le tubercule fibreux, il ne s'agit pas d'évolution partielle, fibreuse, s'opérant dans la zone embryonnaire, au pourtour de la zone caséeuse, comme dans le tubercule de guérison. Il présente cette particularité que de très bonne heure il perd sa structure cellu-

1. Grancher, Tuberculose pulmonaire {Arch. de pkysiol., norm. et patliol., 18T8, p. 30 et passim).

2. Grancher, Maladies de l'appareil respii-atoire, Paris, 1890, p. 244.

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