‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 368 sur 689 · CONTAGION DANS LES HOPITAUX · texte numérisé non relu

CONTAGION DANS LES HOPITAUX

X..., interne des hôpitaux (1846), santé excellente, pas de tuberculeux dans la famille, vivait avec une femme qui mourut de la poitrine entre ses bras. Il lui avait prodigué, dans son logement de garçon, les soins les plus dévoués jusqu'à la fin. Quelques mois après la mort de cette femme, il fut pris d'hémoptysies et d'une tuberculose à marche rapide, à laquelle il ne tarda pas à succomber. Lui-même (à. cette époque déjà) ne douta pas de la manière dont il avait contracté la maladie et en avait fait de suite le pronostic (Bocquoy, BuUet. de la Soc. méd. des hôpitaux, 1886, p. 106).

La découverte du bacille de la tuberculose a donné une impulsion nouvelle aux investigations cliniques destinées à mettre en évidence la contagiosité de la maladie. Debove, dans une série de leçons remarquables, s'appliqua à mettre en évidence que la tuberculose est toujours contagieuse et parasitaire et que nul ne devient tuberculeux s'il ne reçoit de l'extérieur le germe de la maladie. Cette contagion est rendue possible ou facilitée par des conditions particulières, inhérentes à l'individu, héréditaires ou acquises ; mais ces conditions n'agissent qu'en préparant le terrain ou en favorisant la pénétration du germe. Debove insiste sur ce point que le séjour des hôpitaux est particulièrement dangereux, à cause du grand nombre de phtisiques qui se trouvent dans les salles. L'hôpital devient un véritable foyer de contagion. Trousseau, Charcot, Peter avaient déjà signalé la fréquence de la phtisie, comme maladie terminale, chez les ataxiques, les épileptiques, les paraplégiques, les rhumatisants chroniques condamnés à un séjour prolongé dans les hôpitaux. « La phtisie, dit Debove, est d'une fréquence extrême chez les sujets atteints de maladies chroniques qui ont dû séjourner longtemps dans les hôpitaux ou hospices; c'est elle ordinairement qui met un terme à des maladies de longue durée, telles que les paraplégies, les hémiplégies, les ataxies locomotrices, les scléroses en plaques, etc., et nous pouvons affirmer, en nous appuyant sur notre pratique de Bicètre, que rien n'est plus fréquent que la phtisie chez les malades qui peuplentcet établissement. . . Quantaux infirmiers, ils fournissent un chiffre de phtisiques considérable. Il y a déjà bien longtemps qu'on l'a remarqué. A Bicètre, où je suis médecin de l'infirmerie, je suis, non point frappé, mais effrayé du chiffre de phtisiques fournis par le personnel*. » Rappelons du reste que

i. Debove, Leçons sur la tuberculose parasitaire, Paris, 1884, p. 22.

4o0 FRÉQUENCE DE LA PHTISIE PARMI LES INFIRMIERS,

cette fréquence de la phtisie parmi les infirmiers n'était pas universellement acceptée; la maladie était même considérée comme particulièrement rare parmi les infirmiers. « La rareté de la phtisie chez les gardes-malades et môme chez les infirmiers des hôpitaux, ditLomhard, nous montre combien peu est fondée l'opinion des auteurs qui regardent cette maladie comme contagieuse. Nous pouvons affirmer que, du moins à Genève, Paris, Vienne et Hambourg, la contagion n'existe pas, puisque les infirmiers, qui respirent une atmosphère chargée des émanations d'un grand nombre de phtisiques, sont rarement atteints par cette maladie. Peut-être n'en est-il pas de même dans les pays méridionaux, quoique jusqu'à présent l'on ne connaisse aucun fait bien positif sur ce point'. »

Laverai! avait déjà appelé l'attention sur la fréquence de la phtisie parmi les infirmiers militaires, dont la mortalité, en 4873, était de 4,40 par 1000 hommes d'effectif, tandis que pour l'armée entière elle n'était que de 2,27 -. La fréquence de la phtisie plus grande parmi les iniirmiers militaires que parmi le reste de l'armée, signalée par Laveran dès 187.5, subsiste encore aujourd'hui daiib l'armée française. Le rédacteur de la statistique médicale pour l'année 1890 fait remarquer que «les sections d'infirmiers militaires sont les plus maltraitées; résultat qui accuse à la fois un recrutement défectueux, des fatigues excessives et peut-être la contagion^ ». Du reste, cette mortalié plus grande par phtisie parmi les iniirmiers ne s'observe pas seulement pour l'armée française. D'après les chiffres mentionnés par Kirchner, la mortalité annuelle générale de l'armée prussienne se répartit de la façon suivante : ouvriers militaires 2,2 p. 1000; pionniers et troupes de chemin de fer 3,2 p. 1000; infanterie 3,3 p. 1000; cavalerie et artillerie 3,8 p. 1000; train 5,4 p. 1000; prisonniers militaires 5,3 p. 1000; infirmiers militaires 11,0 p. 1000. Cet excès de mortalité des infirmiers est, à n'en pas douter, en grande partie le fait de la tuberculose '*.

\ . LoMitARD, Do l'influence dos professions sur la phtisie pulmonaire {Annales d'Hyg. pic/A.. 1. 21, p. 301).

2. L.wERAN (A.), Traité des maladies et épidémies des armées, Paris, 1875, p. 312.

3. Statistique médicale de l'armée pendant l'année 1890 (Paris, Inipriiuerio nationale, p. 100).

4. KiRciiNiîR, Ueber die Nothwendifïkeit und die beste Art der Sputumdesinfection, etc. [Centralbl. f. Bakteriol. 1891, Bd 9, p. 7).

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