A UNE INFECTION ANTÉRIEURE A L'EMPRISONNEMENT
deux premières années qui suivent l'emprisonnement ; comme d'autre part nous savons que la tuberculose depuis le moment de l'infection jusqu'à l'apparition des premiers symptômes et à partir d'alors jusqu'à la mort exige une durée qui, dans la plupart des cas, dépasse deux ans ; pour ces motifs nous devons admettre que la plupart des cas de tuberculose observés dans les prisons y sont importés. On ne saurait donc, d'une façon absolue, mettre sur le compte du séjour dans les prisons l'origine de toutes ces phtisies. 11 en est autrement si l'on envisage les cas, moins nombreux, de décès par phtisie constatés après un plus grand nombre d'années d'emprisonnement. Ici encore la mortalité par tuberculose dépasse notablement celle de la population libre et cet excès de la mortalité doit évidemment être attribué aux conditions créées par le fait delà vie pénitentiaire.. . Comme nous savons, aujourd'hui que ni les chagrins, ni l'alimentation défectueuse, ni l'air confiné ne peuvent provoqîier la tuberculose et que ces facteurs n'interviennent qu'à titre de cause adjuvante; comme nous savons que le bacille de la tuberculose est l'agent unique et nécessaire, la condition si/te qua non de la tuberculose, nous devons en conclure que l'air des prisons est riche en bacilles ou que le prisonnier est plus exposé que l'homme en liberté à l'inhalation d'air ainsi contaminé. »
Ces conditions d'infection. Cornet les trouve dans le longséjour des prisonniers dans les salles de travail en commun, généralement mal ventilées, et dans les dortoirs, où l'air peut être chargé de poussières infectieuses. Il reconnaît lui-même que ces conditions n'existent pas pour les prisonniers soumis au régime cellulaire et, dans ce cas particulier aussi, il fait remarquer que la mortalité par tuberculose est surtout fréquente dans les premières années de l'incarcération. A la prison cellulaire de Moabit, de 1865 à 1875, on constata 56 décès par tuberculose, dont 20 pendant la première année, 26 pendant la seconde année et 10 pendant la troisième année de prison cellulaire, soit 82 p. 100 des cas de mort pendant les 3 premières années. Il est probable que dans ces cas la tuberculose avait été contractée avant l'entrée en prison ; mais il reste toujours difficile de se rendre compte comment ont pu être infectés ceux qui sont morts au bout d'un séjour plus long dans les cellules.
464 lINTÉRÊT DE L'ÉTUDE DE LA PHTISIE DANS LES PRISONS.
Cette question de la tuberculose dans les prisons, qui se rattache à celle de la tuberculose dans les armées, est particulièrement intéressante au point de vue de la détermination de la contagion. Là, et à degré beaucoup plus grand que pour l'armée, toutes les conditions sont en quelque sorte réunies pour se prêter à une vaste expérience sur l'homme. En pratiquant, avec une rigueur absolue, la désinfection des planchers et des murailles, en obligeant tous les prisonniers indistinctement à cracher dans des crachoirs, en isolant tous les cas de tuberculose naissants ou simplement soupçonnés, on pourrait placer les prisonniers, sur lesquels on a bien plus de prise que sur des individus disposant librement d'eux-mêmes, dans des conditions qui excluent, dans une mesure presque complète, les chances d'infection. L'expérience montrerait si, oui ou non, l'on parviendrait ainsi à diminuer sensiblement cette grande mortalité par tuberculose qui règne dans les prisons. Une proposition de cette nature a été récemment émise par Bollinger ' et il serait bien à souhaiter qu'on y donnât suite quelque part. On saurait ainsi à quoi s'en tenir et l'on pourrait décider si la mortalité excessive des prisons tient ou bien à des causes plus fréquentes d'infection, ou bien, simplement, à l'éclosion d'une tuberculose demeurée jusqu'alors latente, sous l'influence de causes banales telles que l'encombrement, l'air conhné, la sédentarité, la mauvaise alimentation, le chagrin. Il est bien entendu que par tuberculose latente il ne faut pas comprendre seulement des tuberculoses héréditaires, congénitales, mais aussi ces foyers caséeux, ganglionnaires le plus souvent, que l'on rencontre si fréquemment à l'autopsie des phtisies aiguës et qui tiennent à des contaminations antérieures, le plus souvent infantiles. Ces foyers auraient pu demeurer silencieux, latents indéfiniment, sans l'intervention des mauvaises conditions hygiéniques créées par la captivité; sous ces influences fâcheuses, ces foyers se sont réveillés et ont déterminé la phtisie ou la tuberculose généralisée à marche rapidement mortelle.
Depuis que nous savons que la tuberculose est due à un
1. Bollinger, Die Prophylaxie der Tuberkulose. Gutachtcn des kgl. bayr. Obermcdicinalausschusses {Munchner med. Wochenschr., 1889, n° 37).