‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 382 sur 689 · LA CONTAGION EST SUBORDONNÉE · texte numérisé non relu

LA CONTAGION EST SUBORDONNÉE

une fois au moins dans sa vie , à faire pénétrer dans ses voies respiratoires de l'air chargé de poussières bacillifères? et cependant, tous ne sont pas frappés. Môme parmi ceux qui sont placés dans des conditions éminemment favorables à la contagion répétée, ceux qui, par profession ou autrement, vivent pendant des années entières au contact et en promiscuité avec des phtisiques, même parmi ceux-là, il en est beaucoup qui demeurent indemnes. La statistique montre bien que, toutes choses égales d'ailleurs, ces individus payent à la tuberculose un tribut plus large que ceux qui ne sont pas exposés à ces causes multiples d'infection ; mais elle nous enseigne aussi que beaucoup sortent intacts de l'épreuve. Nous avons vu particulièrement que la contagion maritale, l'une des plus évidentes, est loin d'être constante et qu'en somme elle n'est que l'exception.

On a voulu voir dans ces faits négatifs un argument en faveur de la non-contagiosité de la tuberculose; à tort assurément. Ces faits ne prouvent pas que la tuberculose ne soit pas contagieuse ; ils ne prouvent même pas , comme on l'a dit, qu'elle soit, parmi les maladies contagieuses , la moins contagieuse; l'extrême fréquence de la phtisie montre trop clairement qu'il n'en est rien. Ce que ces faits montrent nettement, c'est qu'en matière de tuberculose, plus peut-être que pour toute autre maladie infectieuse, l'intervention du microbe n'est pas tout; pour être efficace, cette intervention est surbordonnée à des causes adjuvantes et prédisposantes multiples : la misère , les fatigues excessives , les chagrins , les privations , la sédentarité, l'alcoolisme, etc. ; certaines maladies aussi : la rougeole, la coqueluche, le rétrécissement de l'artère pulmonaire, le diabète, etc. Nos connaissances sur la biologie du bacille de Koch, sur les conditions qui permettent sa vie et sa multiplication dans le corps des animaux sont encore trop incomplètes pour que nous puissions interpréter le mode d'action de ces causes secondes, si puissantes dans l'étiologie de la tuberculose. On a invoqué, dans certains cas, une explication mécanique; on a pensé que des modifications de l'épithélium pr(jtecteur des bronches, en affaiblissant ou en abolissant les mouvements des cils vibratiles , pouvaient permettre au bacille de la tuberculose, apporté avec Tair inspiré, de se fixer dans un point déterminé du poumon , d'y faire son nid et de s'y développer, tandis

A DES CAUSES ADJUVANTES ET PRÉDISPOSANTES. 407

que chez les individus sains, il est presque sûrement expulsé avec les mucosités éliminées grâce aux mouvements de ces cils vibratiles. Cette hypothèse n'a rien d'invraisemblable et peut être exacte dans certains cas ; mais elle ne nous explique pas pourquoi tant d'individus , atteints de catarrhe chronique avec stagnation des sécrétions purulentes dans les bronches, sont épargnés par la tuberculose ; pourquoi tant d'autres dont la muqueuse bronchique semble parfaitement normale deviennent au contraire les victimes de la maladie. D'autres facteurs, d'ordre chimique peut-être, beaucoup plus importants assurément, doivent intervenir et tant que nous les ignorerons, nous demeurerons aussi dans l'ignorance sur les causes qui font de tel sujet un terrain favorable , de tel autre un terrain réfractaire à l'infection tuberculeuse.

Il est une autre particularité qui masque souvent la contagion ou en fait méconnaître la date parfois extrêmement éloignée : c'est la fréquence des tuberculoses dites latentes, sur lesquelles, à diverses reprises, j'ai déjà eu occasion d'appeler l'attention. Laënnec avait déjà observé qu' « il n'est pas rare de trouver, à l'ouverture des corps des sujets qui ont succombé à des fièvres graves, quelques tubercules, quelquefois assez volumineux, dans le poumon et surtout dans les glandes bronchiques ». Depuis lors, tous les anatomo-patliologistes ont signalé combien il est fréquent de rencontrer à l'autopsie d'individus ayant succombé à des maladies diverses des foyers tuberculeux anciens, en voie de transformation fibreuse ou caséocalcaire, occupant les ganglions bronchiques ou mésentériques, les sommets du poumon, la plèvre ou, plus rarement, d'autres organes. Ces lésions avaient -évolué et guéri silencieusement, sans se révéler pendant la vie par aucune symptôme pouvant faire songera l'existence d'une affection tuberculeuse. Buhl avait déjà, comme nous l'avons vu, insisté sur la fréquence de vieux foyers caséeux dans les cas de tuberculose aiguë; il les a constatés vingt et un fois sur 23 cas et il a placé dans ces foyers anciens le point de départ de la généralisation de la maladie. Baumgarten déclare qu'en moyenne une fois sur 3 ou 4 autopsies, quelle qu'ait été la cause de la mort (la tuberculose exceptée), on rencontre des foyers tuberculeux latents, en voie de guérison plus ou moins avancée; Kelsch estime môme à une fois sur

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