ET L'ORIGINE DES CELLULES GÉANTES
nion émise dès cette époque par Malassez, à savoir que sous le nom de cellules géantes on a décrit des éléments qui sont loin d'être anatomiquement semblables. Malassez rappelle à cet égard l'enseignement de Charcot qui pense que les cellules géantes du tubercule doivent être absolument dilîérenciées des éléments analogues que l'on peut rencontrer dans d'autres néoplasies (sarcomes, cellules à noyaux multiples qui se rencontrent dans les inflammations osseuses, bourgeons charnus des plaies, produits inflammatoires des séreuses, etc.). Elles s'en distinguent par difTérents caractères et notamment par la disposition marginale si frappante des noyaux. Dans les myéloplaxes et les fausses cellules géantes, les noyaux sont disséminés dans le corps de la cellule et se voient au centre aussi bien qu'à la périphérie. Une autre particularité de la cellule géante vraie, tuberculeuse, c'est la dégénérescence caséeuse qui est la règle et qui ne s'observe pas sur les autres variétés de cellules géantes. De même, les cellules géantes expérimentales obtenues par Ziegler, Weiss, Baumgarten, etc., n'ont aussi qu'une ressemblance éloignée avec les cellules tuberculeuses. En somme, pour Malassez, la cellule géante du tubercule a des caractères propres et bien tranchés. Cet histologiste ne va pas jusqu'à lui accorder le rôle et l'importance d'un élément spécifique, puisque, d'une part, elle peut manquer dans certains tubercules vrais et que, d'autre part, sa présence bien constatée ne suffit pas à affirmer la nature tuberculeuse de la néoplasie oii on la rencontre; mais il n'en reste pas moins acquis qu'elle constitue un des attributs caractéristiques de la tuberculose'.
Hip. Martin a pris pour objet d'étude la tuberculose de la séreuse périfonéale, mettant à profit la transparence et la simplicité de structure de cette membrane pour résoudre quelques problèmes relatifs au siège et au développement du tubercule. Ses recherches ont porté sur, l'épiploon du lapin, rendu tuberculeux par inoculation, et aussi sur l'épiploon de jeunes enfants tuberculeux. Il fut surtout guidé dans ces recherches par l'analogie des tubercules avec les plaques laiteuses sur lesquelles Ranvier venait d'appeler l'attention des
1. Malassez et Ch. Monod, Sur les Uiineurs à mycloplases {Arch. de phrjsiol. norm. et pathol., t. 5, 1878, p. 398).
60 HIP. MARTIN. — KIENER : HISTOGENÈSE
histologistes. On sait que Ranvier désigne sous ce nom des amas de cellules lymphatiques, d'aspect blanchâtre à l'œil nu, que l'on voit disséminés sur le grand épiploon des lapins âgés d'un à trois mois. Comme le montrent les imprégnations d'argent, ces amas de cellules sont recouverts par les deux feuillets endothéliaux de la séreuse; les uns sont en rapport avec les vaisseaux, les autres en sont indépendants et ne peuvent se former que par des cellules migratrices. La méthode de l'argent appliquée par Hip. Martin à l'étude des tubercules du grand épiploon du lapin lui donna des images comparables aux plaques laiteuses. On peut trouver les deux feuillets endothéliaux intacts et tapissant le nodule tuberculeux, ce qui prouve que celuici ne provient pas de la prolifération des cellules endothéliales. D'autre part, beaucoup de ces nodules ne sont pas au contact d'un vaisseau sanguin ou lymphatique. Hip. Martin en conclut que le tubercule (comme la plaque laiteuse physiologique) n'est « qu'une agglomération de cellules migratrices qui, sorties du torrent circulatoire par diapédèse, se sont réunies en un point de cette membrane pour y subir l'évolution pathologique qui caractérise le tubercule... La granulation tuberculeuse des séreuses, la plus facile à étudier et qui peut servir de type, n'est qu'une agglomération de cellules lymphatiques sous-endothéliales*. »
Kiener s'est également adressé aux tubercules des séreuses pour élucider l'histogénèse du tubercule. Ses recherches ont été faites sur l'homme et le cobaye tuberculeux. Il montre que les nodules offrent des sièges d'élection; tantôt ils embrassent, à la façon d'un manchon, un capillaire sanguin ou un vaisseau lymphatique, exceptionnellement un tronc nerveux; d'autres fois, ils affectent des rapports de voisinage avec les vaisseaux sanguins, artérioles ou veinules, dont ils dépriment la paroi; un dernier lieu d'élection est le tissu adipeux qui enveloppe les gros troncs vasculo-nerveux.
Le tubercule à son début, d'après Kiener, apparaît sous la forme d'une tache laiteuse constituée par un tissu embryonnaire et par un très riche réseau capillaire. Le tissu embryonnaire,
1. Hip. Martin, Recherches anatomo-pathol. et oxp. sur le tubercule [Thèse de Paris, ISld, p. 11). — Tuberculose des séreuses et du poumon. Pseudo-tuberculose expérimentale (Archives de physiol. norm. et palhol., 1880, p. 131).