‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 391 sur 689 · PRÉTENDUE IMMUNITÉ DES PAYS D'ALTITUDE · texte numérisé non relu

PRÉTENDUE IMMUNITÉ DES PAYS D'ALTITUDE

altitudes, variant avec les diverses latitudes. En Suisse, d'après les statistiques de Lombard et de Mtiller, Tinfluence bienfaisante de l'altitude se manifesterait à partir de 1000 à 1200 mètres; dans la Silésie prussienne, d'après Brehmer (de Gœrbersdorf), la zone d'immunité commencerait déjà à 550 mètres.

Mais si l'on consulte les documents statistiques sur lesquels repose cette théorie de l'immunité des altitudes, on s'assure qu'en Europe, du moins, cette immunité apparente est bien plus le fait de la faible densité de la population que de l'altitude proprement dite. Si l'on examine les statistiques de la mortalité par phtisie recueillies par Millier pour la Suisse et par Corval pour le grand-duché de Bade , statistiques sans cesse invoquées comme probantes pour l'influence des altitudes, on s'assurera, sans doute, que, d'une façon générale, la phtisie devient plus rare dans les pays d'altitude; mais l'étude de la courbe de la mortalité phtisique montre qu'elle se modèle complètement sur celle de la densité de la population, et non pas sur celle de l'altitude. Les altitudes, à cet égard, obéissent à la loi générale, et on doit bien s'attendre à ce que la phtisie soit très rare dans une population très peu nombreuse, respirant un air pur, et où les germes de la maladie font entièrement défaut ; comme elle l'est, également, pour les nomades, les Kabyles, les Bédouins, quoique la steppe et le désert soient loin d'être des pays d'altitude. « Quand les habitants des contrées élevées se trouvent agglomérés dans des espaces coniînés, dans des ateliers, comme à Joux, à la Chaux-de-Fonds, dans le Jura suisse, à 1100 mètres d'altitude, le nombre des phtisiques y est aussi considérable que dans les agglomérations ouvrières de la plaine ; ces villes sont peuplées d'ouvriers horlogers, qui travaillent dans des chambres étroites ou dans des ateliei's » (G. Sée). « Le nombre des phtisiques, dit Daremberg, est proportionnel à l'agglomération des êtres; il y a peu de phtisiques sur les montagnes, parce qu'il y a peu d'habitants; on peut en dire autant des steppes. Si l'on crée des agglomérations d'humains mal nourris, mal vêtus, mal aérés, sur le sommet des pics ou au milieu du désert, on verra la phtisie s'y répandre tout aussi rapidement qu'à Paris ou à Londres'. »

I. Daremuerg (G.), Traitement de la phtisie pulmonaire. Paris, 1892, t. 2, p. 116 (Collection Charcot-Debovo).

Page 1