VILLES DES HAUTS PLATEAUX AMÉRICALNS
Reste toujoui^s l'argument des cités américaines à grandes altitudes ; mais il faut bien reconnaître que la prétendue immunité phtisique de ces villes repose plutôt sur des appréciaciations superficielles que sur des données statistiques sérieuses. De plus en plus, les observations contradictoires se font jour, établissant que cette immunité a été singulièrement exagérée, si tant est qu'elle existe. A Bogota, par exemple, « la tuberculose, dans toutes ses manifestations, est une maladie fréquente, et la pthisie pulmonaire entre pour une part non négligeable dans le chiffre de la mortalité. Elle ne s'attaque pas seulement aux individus qui, n'ayant pas séjourné toute leur vie sur le plateau, peuvent être considérés comme n'ayant pas encore l'immunité que l'altitude confère ; elle est, au contraire, plus fréquente chez les individus dont la race habite le plateau depuis des siècles, et qui ne l'ont jamais quitté » Pour Mexico, on sait que Jourdanet s'est trompé en affirmant son immunité, puisque la mortalité phtisique y est de 11,2 p. 100 de la mortalité générale (Le Roy de Méricourt)^
Toutefois, il semble bien que la phtisie soit moins fréquente dans plusieurs villes des hauts plateaux américains que dans nos capitales européennes ; mais rien ne prouve que l'altitude en soit la cause. « Les villes de l'Amérique méridionale sont largement bâties, les habitations espacées, les rues spacieuses. Sucre, capitale de la Bolivie, a 4985064 mètres carrés et 17000 habitants, ce qui fait 34 habitants par hectare (Paris en a 287). Les personnes riches sont largement logées, les pauvres n'ont pas de vitres aux fenêtres, ce qui fait que les habitations sont bien ventilées, surtout avec les vents violents qui régnent dans le pays. Il faut ajouter que les villes sont très proprement tenues, la vie matérielle facile, de sorte que les classes pauvres gagnent largement leur vie. Sur les 17000 habitants, le méde-
1. Restrepo (H.), Contribution à l'étude de la pathologie des altitudes. La tuberculose pulmonaire dans ses rapports avec le climat et les races au plateau de Bogota (Thèse de Paris, 1890).
2. D'une façon générale, il faut se garder d'une confiance trop robuste dans ce qui est publié sous le nom de statistiques. Golberg, cité par Jacoby (thèse citée, p. 64) raconte qu'à Quito, capitale de l'Équateur, on estimait généralement la population de 76000 à 80000 habitants; les autorités firent un recensement et n'arrivèrent qu'au chilfrc de 18000 ; ou refit le recensement et on obtint 22000; alors on s'y prit une troisième fois, par une autre méthode, et on trouva 41000 habitants. Si les choses se |)assent ainsi pour un simple recensement de population, que penser des statistiques médicales?