‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 437 sur 689 · ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE L'HÉRÉDITÉ INFECTIEUSE · texte numérisé non relu

ÉTUDE EXPÉRIMENTALE DE L'HÉRÉDITÉ INFECTIEUSE

variole intra-utérine et congénitale (enfants de mères atteintes de variole pendant la grossesse, qui naissent avec des cicatrices de petite vérole, ou en pleine éruption variolique, ou revêtus de l'immunité contre l'inoculation de la variole ou de la vaccine). Pour d'autres maladies infectieuses, la rougeole, la scarlatine, la fièvre intermittente, il existe également des exemples de transmission s'effectuant de la mère au fœtus pendant la vie intra-utérine ; enfin on sait combien sont nombreux les cas de syphilis congénitale et de syphilis héréditaire.

Au point de vue expérimental, l'hérédité parasitaire a été abordée pour la première fois, et d'une façon décisive, par Pasteur, dans ses travaux sur les maladies des vers à soie : comment les corpuscules de la pébrine se transmettent aux œufs des papillons, pourquoi les papillons corpusculeux donnent dans certains cas des œufs corpusculeux et dans d'autres des œufs privés de corpuscules, tous ces problèmes étudiés par Pasteur constituent aujourd'hui encore un modèle pour l'interprétation de l'hérédité parasitaire et infectieuse

En ce qui concerne les maladies infectieuses des animaux supérieurs, ce fut le charbon qui, pour le point spécial qui nous occupe, fut d'abord et surtout étudié. Les premières recherches expérimentales faites dans cette direction avaient donné des résultats inattendus. Pendant que l'observation clinique établissait, comme on vient de le voir, d'une façon presque certaine la transmission intra-utérine d'un certain nombre de maladies infectieuses humaines, les expérimentateurs qui s'occupaient de l'étude du charbon arrivaient à une conclusion diamétralement opposée. Brauell (de Dorpat) fut le premier qui s'enquit de la manière dont se comportent les fœtus de mères ayant succombé à l'affection charbonneuse. Ses expériences portèrent sur des juments et des brebis pleines, auxquelles il avait inoculé le charbon. A l'autopsie, il constata que, pendant que le sang de la mère était rempli de bactéridies et virulent, le sang des fœtus n'en contenait pas et était privé de virulence". Davaine répéta ces expériences sur des femelles de cobayes pleines; il constata à son tour que le sang et les organes des fœtus étaient privés de

1. Pasteur, Étude sur le.i maladies des vers à soie, Pélirine, t. 1, p. TO.

2. Brauell, Weiterc Mitthcilungea iiber Milzbraiid und Milzbrandblut ( l'iVc/iOw's Arch., m%, Bd 14, p. 432j.

PASTEUR. — BRÂUELL. — DAVAINE.

bactéridies et no possédaient aucune virulence'. Bollinger,plus tard, arrivait à la même conclusion. A partir de ce moment, le placenta fut universellement regardé comme constituant une barrière infranchissable pour \Q,bacillm anthracis;on admettait comme démontré que les humeurs et les tissus du fœtus ne contiennent pas de bactéridies, pendant que ceux de la mère en pullulent; cette notion était devenue classique et l'on devine son importance au point de vue de la théorie générale de l'hérédité infectieuse. Le liltre placentaire fut considéré comme un liltre parfait, bien plus sûr que les filtres artificiels à l'aide desquels Pasteur, Klebs et Tiegel cherchaient alors à séparer les microbes des liquides dans lesquels ils sont contenus.

Toutefois, en 1882, Arloing, Cornevin et Thomas, dans leurs belles recherches sur le charbon symptomatique, s'assurèrent que la bactérie du charbon symptomatique, chez la brebis pleine, traverse le placenta et envahit le fœtus; mais ils demeuraient convaincus del'exactitude de la loi de Brauell-Davaine et ils enregistrèrent ce fait comme un caractère différentiel de plus à ajouter à ceux qui distinguaient déjà le charbon symptomatique du vrai charbon ^

Tel était l'état de la question quand, en collaboration avec Chamberland, j'abordai l'étude expérimentale de la transmission intra-utérine des maladies infectieuses. Le charbon fut l'objet principal de nos recherches. Elles portèrent, comme celles de Davaine, sur des femelles de cobayes pleines, inoculées du charbon à diverses périodes de la gestation et qui succombaient à la maladie au bout de trente à quarante heures. Les fœtus, extraits rapidement et avec soin, furent immédiatement plongés dans de l'eau bouillante, pendant un temps plus que suffisant pour tuer les quelques bactéridies provenant du sang maternel ou placentaire qui auraient pu souiller leur peau. Ils furent ouverts avec toutes les précautions nécessaires et la surface des organes 011 l'on allait puiser le sang était toujours brûlée par surcroît de précaution. Sur chaque fœtus de la portée, des prises de sang furent faites dans le cœur et dans le foie; le sang ainsi recueilli fut : 1" soumis à l'examen microscopique ; 2" semé

\. Davaine, Note lue àTAcadémio do médecine, séance du 3 dcc. 1867. 2. Arloing, Cornevin et Thomas, Sur l'état virulent du fœtus chez la brebis morte de ch-arbon symptomatique [C. R. de l'Acad. des sciences, 1882, t. 92, p. 139).

b24 STRAUS ET CHAMBERLAND : PERMÉABILITÉ DU PLACENTA.

dans du bouillon; 3" inoculé à un certain nombre de cobayes.

L'examen microscopique du sang pratiqué, il est vrai, sans le secours des méthodes de coloration, qui nous aurait dans certains cas donné des résultats positifs, ne révéla pas la présence de bactéridies; à cet égard, nos observations semblaient confirmatives de celles de Brauell et de Davaine.

Il en fut autrement des cultures; plusieurs éventualités se présentèrent : dans certains cas, tous les fœtus d'une portée donnèrent du sang dont la culture fut féconde; dans d'autres cas, sur une portée de 3, 4, 5 fœtus, le sang de quelques-uns, ou d'un seulement fut semé avec succès; dans d'autres cas encore (tout à fait exceptionnels) le sang puisé dans tous les fœtus d'une portée demeura stérile". Les bacilles charbonneux passent donc de la mère aux fœtus, en petit nombre, il est vrai, puisqu'on peut prélever chez les fœtus une quantité assez notable de sang qui ne renferme pas de bactéridies.

En substituant, par conséquent, à l'examen microscopique du sang fœtal la méthode des cultures, beaucoup plus pénétrante et plus sûre, nous avons réussi à déceler dans ce sang la présence de bactéridies, fait nié par nos prédécesseurs.

En inoculant du sang fœtal à des cobayes, tantôt ces inoculations échouèrent, tantôt elles donnèrent des résultats positifs; le sang des fœtus se montrait d'autant plus sûrement virulent qu'on en inoculait des quantités plus grandes.

Ces résultats ont été obtenus à n'importe quelle période de la gestation et quel que fût le moment, après la mort, où l'autopsie ait été pratiquée; plusieurs fois l'autopsie a pu être faite immédiatement après la mort de la mère, écartant ainsi l'objection du passage post mortern de la bactéridie à travers le placenta.

Le placenta ne constitue donc pas, comme on le croyait avant nos recherches, une barrière infranchissable pour le bacille du charbon; il n'est pas un filtre parfait, quoiqu'il joue un rôle de filtration manifeste, en ce sens qu'il ne laisse passer qu'un nombre restreint de microbes. Dans quelques cas seulc-

1. Pour affirmer que le corps de ces fœtus no contenait pas de bactéridies, il aurait fallu ensemencer la totalité de leur corps. Il est à présumer que si nous avions prélevé, sur chaque fœtus, des quantités encore plus notables de sang et de fragments de tissus que nous ne l'avons fait, le nombre des cas négatifs aurait été beaucoup plus faible et peut-être nul.

Page 1