LE BACILLE DU CHARBON PASSE DE LA MÈRE AU FOETUS. E
ment, cas exceptionnels, la filtration semble parfaite et le sang du fœtus ne possède ni bactcridie, ni virulence. La loi de Brauell- Davaine, qui généralise une exception, est donc erronée'.
Ces recherches sur la transmissibilité du charbon de la mère au fœtus furent répétées et confirmées par un grand nombre d'expéi'imentateûrs (Perroncito, Koubassof, Malvoz, Birch- Hirschfeld, Morisani, M. Wolff, etc.), et elle n'est plus contestée par personne.
Les recherches faites, dans cette direction, par Chamberland et par moi portèrent encore sur deux autres microbes pathogènes, le vibrion septique et le microbe du choléra des poules. Nous avons inoculé le vibrion septique de Pasteur à des cobayes pleines; après la mort, le sang et les organes des fœtus furent examinés avec soin au microscope, sans révéler la présence du vibrion septique. Mais, instruits par les expériences précédentes, nous eûmes recours à la méthode des cultures. Du sang des fœtus fut recueilli avec les précautions voulues dans un tube de verre effilé et cultivé, à l'abri de l'air, à l'étuve, pendant plusieurs jours. Au bout de ce temps, on y constata facilement la présence du vibrion septique. Il est donc certain que ce microbe peut aussi passer de la mère au fœtus. Nous démontrâmes aussi cette transmission pour le microbe du choléra des poules, chez des lapines pleines inoculées avec des cultures virulentes : le sang des fœtus, semé dans du bouillon, donnait régulièrement la culture caractéristique-. Cette transmissibilité du microbe du choléra des poules était établie, à la môme époque, parles expériences de F, Ghambrelent (de Bordeaux) ^
Sur les poules inoculées avec le microbe du choléra des poules, nous avons constaté, à l'examen microscopique, la présence du microbe, non seulement dans le sang et dans les organes, mais aussi dans les ovisacs. Un lapin inoculé avec le
1. Straus et CHAMBERLA.ND, Passage de la bactéi'idie charbonneuse de la mère au fœtus (C. fi. de laSoc. de ùioL, Iti décembre 1882, et C. fi. de l'Acad. des sciences, 18 déc. 1882). — Recherches expérimentales sur la transmission de quelques maladies virulentes, en particulier du charbon, de la mère au fœtus [Arch. de physiol. norrn. et pathol., 1883, t. 1, p. 436-'no).
2. Straus et Chamberland, Recherches expérimentales sur la transmission des maladies virulentes aiguës de la mère au fœtus (C. fi. de la Soc. de biol., 1882, p. 683) et mémoire cité plus haut des Archives de physiol. norm. et pathol.
3. Ghambrelent, Recherches sur le passage des éléments figurés à travers le placenta [Thèse de la faculté de méd. de Bordeaux, 27 déc. 1882).
FIRKET : CONDITIONS ANATOMIQUES
liquide contenu dansunovisac succomba en moins de 24 heures au choléra des poules : c'est un exemple de véritable infection omdaire expérimentale.
A partir de ce moment, les recherches de cette nature se multiplièrent, et l'on établit la transmissibilité de la mère au fœtus, à travers le placenta, de divers autres microbes pathogènes : le bacille d'Eberth, le pneumocoque, les microbes de la suppuration, le coli-bacille, etc. La tuberculose ne devait pas tarder à être l'objet de recherches expérimentales du même genre; cependant, je tiens à faire remarquer que les faits qui viennent d'être exposés n'impliquent pas nécessairement que les choses doivent se passer de la même façon pour la tuberculose. Dans les maladies signalées plus haut, le charbon, le choléra des poules, etc., le microbe pathogène envahit rapidement le sang et s'y développe abondamment ; il s'agit là, dans l'acception littérale du mot, de véritables septicémies. L'arrivée du microbe dans le placenta y est donc la règle, et la principale des conditions nécessaires au passage de ce microbe à l'embryon se trouve ainsi assurée. Ces conditions n'existent plus, du moins dans la très grande majorité des cas, pour la tuberculose où, comme l'on sait, les bacilles demeurent cantonnés dans les organes malades et dans l'appareil lymphatique correspondant et ne pénètrent qu'exceptionnellement, et en petite quantité, dans la circulation générale. En bactériologie, plus que partout ailleurs, il faut se garder de trop généraliser, et ce qui est la règle dans telle maladie peut entièrement faire défaut ou ne se manifester qu'exceptionnellement dans telle autre.
Firket a bien mis en évidence les conditions anatomiques spéciales qui ne permettent pas de généraliser les notions acquises relativement au passage à travers le placenta du bacille du charbon, du choléra des poules, et de les appliquer sans restrictions à la tuberculose. Il fait remarquer que, pour que le passage du bacille tuberculeux s'effectue à travers le placenta, il faut une condition première, indispensable : la présence des bacilles dans le sang de la mère. Or cette condition ne se trouve pas réalisée (comme elle l'est pour le charbon par exemple, ou pour le choléra des poules) dans les cas ordinaires de phtisie pulmonaire chronique. « Dans la tuberculose pulmonaire chronique,