‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 44 sur 689 · D'INOCULATION DU TUBERCULE · texte numérisé non relu

D'INOCULATION DU TUBERCULE

Laënnec s'est également préoccupé de l'inoculabilité de la tuberculose et il relate à ce sujet son cas personnel, devenu célèbre. « Une inoculation directe, dit-il, peut-elle produire le développement, au moins local, de la matière tuberculeuse? Je n'ai à cet égard qu'un seul fait; et quoiqu'un fait unique prouve peu de chose, je crois devoir le rapporter ici. Il y a environ vingt ans, en examinant des vertèbres dans lesquelles s'étaient développés des tubercules, un coup de scie m'eflleura légèrement l'index de la main gauche. Je ne fis d'abord aucune attention à cette égratignure. Le lendemain, un peu d'érythème s'y manifesta; il s'y forma pevi à peu, presque sans douleur, une petite tumeur obronde qui au bout de huit jours avait acquis la grosseur d'un gros noyau de cerise et paraissait situé dans l'épaisseur de la peau. A cette époque, l'épiderme se fendit sur la tumeur, au lieu même oii avait passé la scie, et laissa apercevoir un petit corps jaunâtre, ferme, et tout à fait semblable à un tubercule jaune cru. Je le cautérisai avec de l'hydrochlorate d'antimoine déliquescent (beurre d'antimoine). Je n'éprouvai presque aucune douleur, et au bout de quelques minutes, lorsque le sel eut pénétré la totalité de la tumeur, je la détachai en entier par une pression légère. La place qu'elle avait occupée formait une espèce de petit kyste dont les parois étaient gris de perle, légèrement demi-transparentes et sans aucune rougeur. Je les cautérisai de nouveau; la cicatrice se fitpromptement et je n'ai jamais senti aucune suite de cet accident'. » Peu de temps après avoir écrit ces lignes, Laënnec succombait à la phtisie pulmonaire; mais il semble bien difficile d'admettre, comme on le fait communément, que la maladie qui a causé la mort prématurée de ce grand homme ait eu pour point de départ le tubercule anatomique contracté par lui plus de vingt ans auparavant.

Les expériences qui précèdent, quoique négatives dans leurs résultats, sont intéressantes en ce sens qu'elles étaient instituées en vue de rechercher si la tuberculose est inoculable à la façon des maladies virulentes. D'autres expériences ont été faites, en

citation et les trois précédentes sont puisées dans un article do Boisseau : Quelques mots sur l'inoculation du tubercule, au point de vue historique [Union médicale, 1868, t. 0, p. i;j).

1. Laiînnec, Traité, de l'auscultation médiate, édit. de la Faculté de médecine, Paris, 1879, p. 42").

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