PARALLÈLE AVEC LA MORVE
dans leur centre un ou plusieurs globules de mercure... Ici, point de doute sur le caractère du travail morbide qui a donné lieu à la production des tubercules : c'est un travail inflammatoire'. »
Plus tard, quand Virchow, en répétant et en variant les injections de particules solides dans le système vasculaire, établit la doctrine de l'embolie, on ne tarda pas à l'appliquer à la pathogénie de la tuberculose. Panum, notamment, se prononça en faveur de l'origine embolique probable des tubercules miliaires du poumon. En injectant dans les veines de chiens de petites coagulations sanguines, il provoqua dans les poumons de petits nodules hyalins, blanc jaunâtre, fibroïdes, qu'il compare aux tubercules ; et il pense que les tubercules pulmonaires de l'homme pourraient bien résulter de petites embolies fibrineuses siégeant dans les terminaisons de l'artère pulmonaire'. Nous verrons, dans la suite, la tuberculose expérimentale fréquemment confondue avec les métastases d'origine embolique.
De tout temps, vétérinaires et médecins avaient été frappés de l'analogie étroite que la morve-farcin des solipèdes, la morve chronique surtout, présente avec la tuberculose de l'homme. Le rapprochement que l'on peut établir entï^e ces deux afl"ections porte sur presque tous leurs caractères respectifs. Il n'est pas jusqu'aux fluctuations des opinions sur la nature et la cause des deux maladies qui ne prêtent à un parallèle intéressant.
On sait que la morve est caractérisée anatomiquement par de petites tumeurs siégeant surtout dans les poumons, la muqueuse nasale, souvent aussi dans la rate et le foie; ce sont les granulations morveuses. Il s'agit d'une petite tumeur arrondie, d'abord d'un blanc grisâtre et d'une consistance ferme; plus tard, elle devient blanc jaunâtre, prend une consistance sèche et caséeuse, et finalement elle subit un travail de colliquation aboutissant à la formation d'ulcères. Ces ulcères siégeant sur la pituitaire ressemblent parfois à s'y méprendre aux ulcères tuberculeux de l'intestin chez l'homme. Dans le poumon, les granulations morveuses sont souvent confluentes et afl'ectent l'apparence'
1. Cruveilhier, Traité d'analomie pathol. générale. Paris, 1862, t. 4, pp. 444, ■ÏOo, 707.
2. Panum, Experimcntellc Boitrâgc zur Lchrc von der Embolie [Virchow' s. 4/-c/ii(;, 1862, Bd 25, pp. 303 et 483). . , -
68 CONTAGION ET INOCULÂBILITÉ
de foyers de broncho-pneumonies lobulaires ou pseudo-lobaires qui se ramollissent et donnent naissance à des cavernes. Gomme la tuberculose, la morve a une prédilection marquée pour l'appareil lymphoïde; le glandage est un de ses symptômes les plus caractéristiques, occupant les ganglions de l'auge, ceux des bronches et, dans les cas de farcin,les ganglions correspondant aux régions sous-cutanées envahies par le mal. Enfin, on rencontre dans le farcin une lésion des vaisseaux lymphatiques connue sous le nom de corde farcineuse, qui consiste dans l'infiltration des parois de ces vaisseaux et dans la réplétion de leur lumière par la néoplasie morveuse. La corde farcineuse a la plus grande analogie avec les cordons sinueux, bosselés, remplis et inliltrés de matière tuberculeuse que l'on observe assez fréquemment le long du mésentère chez les individus atteints de tuberculose intestinale.
Ces analogies, qu'il serait aisé de multiplier, avaient conduit plusieurs vétérinaires du commencement de ce siècle, surtout Dupuy, à conclure à l'identité des deux maladies. Il est vrai que Dupuy faisait de la morve aiguë et de la morve chronique deux maladies distinctes, et c'est la morve chronique seulement qu'il considérait comme étant la tuberculose du cheval'.
Il ne faudrait pas croire que pour la morve elle-même la notion de virulence et d'inoculabilité se soient établies sans conteste. Nous assistons là à des controverses qui rappellent singulièrement celles que vont susciter l'inoculabilité et la spécificité de la tuberculose. Quand Viborg (1797), Gohier (1813) et plus tard Saint-Cyr firent connaître les résultats de leurs inoculations, on nia d'abord le fait, puis, forcé par l'évidence, on ne l'admit que pour la morve aiguë. La morve chronique, d'après Delafond, ne reconnaîtrait d'autre cause que « l'action de fatigues longues, soutenues et très pénibles, de l'alimentation longtemps continuée avec des aliments avariés ou peu nutritifs; du séjour dans des lieux humides et froids, peu aérés et sombres; des arrêts de la transpiration; de longues souffrances, des résorptions de toute espèce qui ont lieu pendant le cours de beaucoup de maladies ^ »
1. Dupuy, De Vaffeclion tuberculeuse vulgairement appelée morve. Paris, 1817.
2. Delafond, Traité sur la police sanitaire des- animaux domestiques. Paris,