DE LA MORVE
La contagion de la morve du cheval à l'homme, signalée en 1821 déjà par Schilling et établie d'une façon définitive en 1836 par les belles recherches de Rayer, ne suffit même pas pour entraîner toutes les convictions. La spécificité même de la morve fut révoquée en doute et l'on prétendit provoquer cette maladie par l'inoculation de substances autres que les produits morveux. Rappelons à ce sujet l'expérience si souvent citée de Renault et Bouley qui annoncèrent avoir provoqué la morve typique chez le cheval par l'injection intra-veineuse de pus prélevé sur un cheval non morveux'. Nous pouvons aujourd'hui affirmer qu'il s'agissait là certainement d'une erreur d'expérimentation ; le cheval qui avait fourni le pus ou celui qui l'avait reçu était sûrement atteint de morve latente et méconnue. Mais cette expérience qui eut un grand retentissement, et d'autres analogues, exercèrent pendant longtemps une inlluence fâcheuse, non seulement sur les notions relatives à la spécificité et à la virulence de la morve, mais aussi sur la conception de la spécificité en général. On les invoquait volontiers comme une preuve frappante de la possibilité de provoquer une maladie spécifique, telle que la morve, par un agent commun et banal, le pus phlegmoneux, le traumatisme, etc.
Ainsi l'exemple de la morve, si instructif cependant, devait, pendant longtemps encore , rester infructueux pour la tuberculose .
Dans son travail historique très complet sur la tuberculose, publié quelques années après la découverte de Villemin, Waldenburg signale un ouvrage de H. Klencke, paru en 1843, consacré à des recherches diverses sur « l'anatomie, la physiologie, la micrologie et la médecine scientifique ^ »; l'auteur y développe cette idée que la contagion est produite par « des cellules demiindividuelles, des cellules pathologiques » parmi lesquelles il range les cellules carcimonateuses, tubercuLeuses, mélanotiques, celles des verrues, du molluscum, de l'ozène, du charbon, de la rage. Ces cellules auraient la propriété de généraliser l'affection à partir du point primitivement atteint et même de la
1. Renault et H. Bouley, Introduction dans les veines d'une jument d'une émulsion de matière purulente provenant d'un cheval non affecté de la morve; développement de la morve aiguë; contagion [Recueil de me'd. vëtévin., 1840, t. 16, p. 237).
2. H. Klencke, Untersuchungen und Erfahrmigen im Gebietder Anaiomie, Physiologie, Mikrologie, wissenschaftlichen Medicin, Leipzig, 1843, Bd 1, p. 123.