CONTAGION INTRA-UTÉRINE. — INFECTION OVULAIRE
J'ai fait, avec Gamaleia, des expériences analogues chez les cobayes et chez les lapins, en leur introduisant des cultures de tuberculose humaine ouaviairc dans la trachée, ou directement dans le poumon par piqûre à travers la paroi thoracique. Les animaux succombaient dans ces cas dans le même laps de temps environ que les animaux inoculés, à dose égale, dans la veine, et à l'autopsie ils présentaient une rate et un foie volumineux, et renfermant de nombreux bacilles. On détermine ainsi, presque aussi sûremenar que par l'injection intra- veineuse, non pas une tuberculose pulmonaire à marche chronique, mais une tuberculose à forme septicémique
La plupart des faits de tuberculose congénitale, tant spontanée qu'expérimentale, qui viennent d'être exposés, doivent sans doute être ramenés, en dernière analyse, à une contamination intra-utérine s'effectuant à travers le placenta ; ce sont proprement des faits de contagion intra-utérine. On peut supposer aussi que l'ovule peut être infecté directement, par 'le fait de la mère, avant la fécondation. On cite toujours à ce sujet les recherches de Pasteur qui a montré la présence, dans l'œuf des vers à soie, des corpuscules de la pébrine qui plus tard envahiront les vers ou les papillons; mais il est bien hasardeux de conclure de ce fait à ce qui pourrait se passer dans le cas de pénétration, dans l'ovule d'un mammifère, du bacille de la tuberculose. Il faudrait admettre que la présence de ce bacille (ou de ses spores) à l'intérieur de l'ovule n'empêcherait ni la fécondation, ni la migration, ni le développement de cet ovule pendant toute la durée de la vie embryonnaire. C'est là une hypothèse bien difficile à prouver et même à accepter, mais qu'on ne peut cependant écarter d'une façon absolue.
Si l'infection ovulaire directe, d'origine maternelle, est bien problématique, combien l'est encore davantage l'hérédité patei-nelle directe, sans maladie maternelle, c'est-à-dire l'infection de l'ovule par le sperme ! Dans le cas de maladie de la mère, l'infection tuberculeuse de l'ovule, dans l'ovisac, peut s'expliquer, somme toute, facilement en admettant que le bacille y est apporté par le sang ou par la lymphe qui baigne
1. Straus et Gamaleia, Recherches expérimentales sur la tuberculose; tuberculose humaine et aviaire {Arch. de méd. expérim. et d'anat. pathol., 1891, p. 46T, «3, 480).
INFECTION OVULAIRE PAR LE SPERME TURERGULEUX. obi
l'ovaire. Mais pour comprendre l'infection paternelle directe, il faut admettre de toute nécessité que le spermatozoïde qui vient féconder l'ovule est chargé d'un bacille qu'il transporte avec lui jusqu'à l'intérieur de l'ovule.
Parmi les faits cliniques empruntés à la tuberculose humaine, les exemples sont nombreux qui semblent établir l'hérédité de la maladie par le fait du père seul, la mère étant saine au moment de la grossesse et de l'accouchement et le demeurant ultérieurement. Mais ces faits soulèvent les mômes objections que comporte l'hérédité maternelle elle-même; s'agit-il bien dans ces cas d'une maladie conceptionnelle et non pas d'une infection post partum, facilitée par l'hérédité de la prédisposition.
Les vétérinaires rapportent également de nombreux exemples de transmission de la tuberculose par le taureau malade, la vache étant et demeurant saine. Johne en cite de nombreux exemples, pour lesquels nous renvoyons à sa monographie. Bang déclare, de son côté, que « l'on est obligé d'admettre comme possible une infection directe par le père. Le fait, qui n'est pas rare, que tous les produits d'un taureau deviennent tuberculeux, alors que les vaches, en partie du moins, restent saines, pourrait bien être invoqué à l'appui de l'opinion qui admet une infection directe de l'œuf par le sperme du mâle tuberculeux. » Mais ici les mêmes objections peuvent être élevées.
Une question préjudicielle se pose d'abord, c'est celle de savoir si le sperme des phtisiques ordinaires (en faisant absti^action pour le moment des sujets atteints de tuberculose génitale) peut contenir des bacilles tuberculeux. Landouzy et Martin ont abordé cette question au point de vue expérimental ; sur un cobaye atteint de tuberculose généralisée, ils ont prélevé de la pulpe d'un testicule, sain en apparence, qu'ils introduisirent dans le péritoine d'un cobaye; celui-ci mourut tuberculeux trois mois après. Ils font eux-mêmes la remarque que cette expérience est peu probante, puisqu'on inoculait non seulement le contenu des canaux séminifères, mais la glande elle-même avec ses vaisseaux sanguins et lymphatiques pouvant contenir des bacilles. Deux autres expériences furent faites avec le « sperme contenu dans les vésicules séminales »