‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 475 sur 689 · MODES DE DISSÉMINATION DES CRACHATS DESSÉCHÉS · texte numérisé non relu

MODES DE DISSÉMINATION DES CRACHATS DESSÉCHÉS

protection sur une planche? Quand ^tourmenté par la toux, le malheureux phtisique expectore de gauche et de droite, pendant une nuit d'insomnie, qu'il macule ses couvertures, ses habits, n'y a-t-il pas pour celui qui hérite de son vêtement, de son lit, un véritable danger ?

« Dans les prisons, les couvents, les pensionnats et tous les établissements en général faits pour la vie en commun, les mêmes circonstances se reproduisent. Si dans quelques-uns de ces lieux les planchers ne sont pas recouverts, comme ceux des casernes, par les matières expectorées, les mouchoirs, les lin ges 011 elles sont reçues et où elles se dessèchent, secoués sans précaution, les livrent à tous les hasards de la contamination. Dans la demeure étroite du pauvre oii s'accumulent les membres d'une nombreuse famille, on peut prévoir les désastres occasionnés par la présence d'un phtisique que ne dominent ni les habitudes de la propreté, ni les usages des convenances. La maladie n'enlevant sa victime qu'après des mois et même des années, le réduit commun finit par s'imprégner de la matière contagieuse. Le sol, les murs, les effets d'un commun usage ne peuvent échapper à la souillure'. »

J'ai tenu à citer textuellement ces lignes, écrites en 1869, et où Villemin met en lumière, avec une clairvoyance et une pi'écision qu'on ne saurait trop admirer, le rôle probable que jouent les crachats desséchés dans la dissémination de la tuberculose. Ne trouve-t-on pas là, tout entier et tracé de main de maître, le programme des expériences que Cornet devait exécuter vingt ans plus tard? Il n'est guère douteux que les crachats ne constituent les agents de propagation par excellence de la tuberculose dans l'espèce humaine, et il n'y a pas lieu de s'en étonner si l'on réfléchit à l'immense dissémination de bacilles qui s'effectue par leur intermédiaire : Heller estime que le nombre des bacilles de la tuberculose expectorés quotidiennement par un phtisique s'élève en moyenne à 7 milliards 200 millions !

C'est à Tappeiner que l'on doit d'avoir, le premier, établi expérimentalement la possibilité de provoquer la tuberculose par inhalation. Ses recherches, commencées à Munich, en 1877, dans le laboratoire de Buhl, lui ayant donné des ré-

^. ViLLE.MiN, De la propagation de la phtisie {Gaz. hebdom., 1869, p. 260). '

TAPPEINER : TUBRRCULOSE PAR INHALATION.

sultats positifs, il les continua l'année suivante, sur une plus vaste échelle, à Méran. Ces expériences portèrent sur onze chiens ;

11 choisit ces animaux de préférence à cause de la grande rareté, chez eux, de la tuberculose spontanée. On opérait de la façon suivante : des crachats de phtisiques, en très petite quantité (environ la valeur d'une cuiller à thé), étaient délayés dans 300 à 500 grammes d'eau, et le liquide ainsi obtenu était projeté, à l'aide d'un pulvérisateur à vapeur, dans les chambres à expériences. Celles-ci mesuraient l'",12 de profondeur, 0™,82 de large et 0™.86 de haut; elles étaient fermées en avant par un grillage à claire-voie que l'on recouvrait, pendant la pulvérisation, d'un rideau de toile cirée. Le jet du pulvérisateur pénétrait par une ouverture pratiquée dans la toile. La capacité d'une seconde chambre, grossièrement construite en planches mal jointes, dans laquelle se firent un certain nombre d'autres expériences, était de 12 mètres cubes. Dans les premières expériences, les chiens faisaient deux fois par jour une inhalation d'une heure de durée, et demeuraient dans la cage le reste du temps; dans des expériences ultérieures, ils n'y respiraient qu'une fois par jour et passaient le reste de la journée en liberté. Ces animaux, pendant les séances de pulvérisation, étaient libres dans la chambre et n'étaient par conséquent pas exposés au jet direct du pulvérisateur. La durée des inhalations varia entre 25 et 50 jours. A l'autopsie des onze chiens sacrifiés au bout d'un temps variable, on trouva, sauf dans un seul cas douteux, des tubercules miliaires dans les poumons, le plus souvent aussi, quoique en moins grand nombre, dans les reins, dans le foie et la rate. Dans quelques cas, il existait des cavernes pulmonaires. L'examen microscopique', fait conjointement avec Buhl et le D"" Schweninger, révéla la nature tuberculeuse incontestable des lésions. Les éruptions tuberculeuses commençaient à se manifester vers la troisième semaine après le début des inhalations. -La quantité de crachats nécessaire pour l'infection était remarquablement faible; dans trois expériences, suivies de résultats positifs, on ne pulvérisait, par jour, dans l'espace mesurant

12 mètres cubes, que la valeur d'un gramme de crachats tuberculeux. La quantité de particules solides inhalée ainsi par les chiens était donc absolument insignifiante et ne pouvait agir que spécifiquement et non par une action mécanique.

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