‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 476 sur 689 · EXPÉRIENCES NÉGATIVES DE SCHOTTELIUS · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES NÉGATIVES DE SCHOTTELIUS

Les particules tuberculeuses pulvérisées agissaient bien en pénétrant par la respiration dans les poumons et non par leur introduction dans la bouche et dans l'estomac; en effet, les mêmes crachats, mêlés à dose assez forte aux aliments avalés par d'autres chiens ne déterminèrent aucune lésion tuberculeuse. Ces expériences montrent donc que l'on peut sûrement tuberculiser les chiens, animaux résistants à la tuberculose, par l'inhalation de faibles quantités de produits tuberculeux \

Schottelius répéta les expériences de Tappeiner, en faisant respirer des chiens, pendant plusieurs semaines, dans un espace clos oîi l'air tenait en suspension des crachats provenant de phtisiques, des crachats de simple bronchite, ou des particules finement divisées de fromage (dit de Limbourg), de cervelle de mouton, de veau ou de porc. Dans tous ces cas, il dit avoir obtenu des lésions pulmonaires identiques, à savoir des nodules miliaires consistant en foyers de pneumonie lobulaire ou résultant de l'obstruction de petites bronches. Il en concluait que l'inhalation de produits tuberculeux n'agit que par la pénétration, dans la profondeur du poumon, de particules organiques et que, dans tous ces cas, c'est de la pneumonie catarrhale et non du tubercule que l'on provoquerait*.

En réalité Schottelius s'était placé dans des conditions toutes différentes de celles où s'était mis Tappeiner. Comme il faisait inhaler à ses animaux des quantités bien plus considérables de particules pulvérisées, ces corps étrangers provoquaient de la sorte mécaniquement des lésions vulgaires suffisantes pour amener la mort. Tappeiner, procédant de la même façon que pour les inhalations de produits tuberculeux, fit respirer pendant plusieurs semaines à des chiens de l'air tenant en suspension des particules de cervelle de veau, sans constater à l'autopsie aucune lésion du poumon ni des autres organes. En 1880, il fit de nouvelles expériences d'inhalation chez le chien, avec des crachats tuberculeux pulvérisés, qui confirmèrent pleinement les résultats antérieurement obtenus. Des chiens soumis à l'inhalation de particules de pus. de ganglion scrofu-

1. Tappeiner, Ucbcr ciac noue Méthode Tubei-kulosc zu crzcugcn {Virchow's Arch., 1878, Bd. 7i, p.393).

2. Schottelius, Experiin. Untcrsuchungjn iiber dio Wirkung inhalici-ter Substaiizen {Virchovys Arch., 1878, Bd. 73, p. 524).

EXPÉRIENCES DE BERTHEAU, WEICHSELBAUM.

leux provenant d'un enfant ne contractèrent pas de lésions tuberculeuses, d'où Tappciner conclut à une distinction entre la tuberculose et la scrofule*.

Bertlieau fit respirer trois chiens et une chèvre dans un espace clos dans lequel il pulvérisait de l'eau tenant en suspension des particules de crachats de phtisiques ou de ganglions caséeux finement broyés. La quantité de matière inhalée pendant chaque séance était très faible. Il provoqua chez ces animaux une éruption typique de granulations tuberculeuses dans les poumons, des cavernes tuberculeuses, des lésions tuberculeuses de l'intestin, du foie, de la rate et des reins. Bertheau sacrifia un certain nombre d'animaux un à plusieurs jours après les avoir soumis à l'inhalation de particules tuberculeuses ; à l'autopsie il ne put, à ce moment, constater aucune lésion appréciable du poumon. C'est une preuve que les particules inhalées n'agissent pas mécaniquement, auquel cas les effets se manifesteraient dès les premiers jours qui suivent l'inhalation, mais qu'elles ne développent leur action qu'au bout 4'un ceiiain temps; on assiste donc là à une véritable période d'incubation : nouvelle preuve que les nodules ainsi développés dans le poumon ne sont pas des broncho-pneumonies lobulaires, dues à une irritation mécanique banale, mais résultent d'une cause spécifique, virulente. C'est ce que prouve aussi la généralisation des lésions aux différents viscères. Un chien témoin, à qui l'on fit inhaler des crachats pulvérisés d'individus atteints de pneumonie ou de catarrhe chronique des bronches, ne présenta, à l'autopsie, aucune lésion pulmonaire. D'après Bertheau, les lésions de broncho-pneumonie obtenues dans les expériences de Schottelius tenaient sans doute à ce que les particules solides qu'il employait dans ses pulvérisations n'étaient pas assez finement divisées

Weichselbaum fit inhaler des crachats tuberculeux pulvérisés à onze chiens qui tous présentèrent à l'autopsie des nodules miliaires dans les poumons et parfois dans les reins, nodules ayant tous les caractères des granulations tuberculeuses. Trois chiens furent soumis à l'inhalation de particules pulvérisées de fro-

1. Tappeiner, Noue cspcrim. Bcitrage zur Inhalationstuborculosc dor Hunde [Virchow's Arch., 1880, Bd. 82, p. 3S3).

2. Bertheau, Zur Lehrc von der Inhalationstuberculose {Deutsches Arch, f, klin. Med., 1880, Bd 26, p. 523).

o74 EXPÉRIENCES DE VERAGUTH, DE KOCH.

mage de Limbourg, de rate et de substance cérébrale, finement émulsionnées dans de l'eau ; deux de ces chiens périrent au bout de cinq à trente jours, de gastro-entérite, sans aucune lésion pulmonaire; le troisième, en revanche, présentait dans le poumon des foyers nodulaires. Weichselbaum conclut à une différence entre les effets provoqués par l'inhalation de particules tuberculeuses et celle d'autres substances organiques. Les premières, quelque faible que soit la dose employée, provoqueraient constamment des nodules de structure et d'aspect tuberculeux, tandis que les matières organiques non tuberculeuses ne provo- (jueraient ces nodules qu'exceptionnellement et en petit nombre. D'après Weichselbaum l'incubation des lésions pulmonaires déterminées par l'inhalation de crachats de phtisiques ne serait pas aussi longue que l'admettent Tappeiner et Bertheau; ces lésions existeraient déjà dès les premiers jours, mais ne pourraient être constatées, il est vrai, que par l'examen microscopique '.

Veraguth additionna d'eau des crachats de phtisiques, filtra le mélange à travers de la flanelle et pratiqua des pulvérisations dans une pièce close où se trouvaient des chiens soumis journellement à ces inhalations pendant une heure. Sur 24 animaux, tués au bout de deux à cent cinquante jours, 12 furent trouvés tuberculeux, dont un dès le quatorzième jour après le début de l'expérience. Des animaux témoins, auxquels on fit inhaler des crachats d'emphysémateux pulvérisés et des fragments d'un poumon atteint de pneumonie vermineuse, ne présentèrent aucune lésion appréciable de l'appareil respiratoire^.

Koch, à la suite de sa découverte, fît des expériences d'inhalation avec des cultures pures du bacille de la tuberculose. Il procéda de la façon suivante : une boîte de grande dimension, portant sur une de ses faces une ouverture pour recevoir l'orifice d'un appareil à pulvérisation, fut placée dans un jardin, à vuie certaine distance des endroits habités, pour éviter tout danger de contamination. La pulvérisation s'effectuait à distance, à l'aide d'une poire en caoutchouc. Les cultures étaient broyées et finement émulsionnées dans l'eau distillée de façon que le liquide

1. Weichselbaum, Experim. Untersuchungen uber Inhalationstuberkulose [Cenliaibl. f. d. med. Wissensch., 1882, p. 338).

.2. Veraguth, Experimcntclle Unlcrsuchungen iibcr Inhalationstuberculose(^rcA. /■. experim. Pathol. 1883, Bd 2, p. 261.)

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