SUR LA TUBERCULOSE PAR INHALATION
à l'étuve à une température de 30° à 35°, ou bien ils ont soumis à la dessiccation naturelle des fragments de poumons de vaches phtisiques, étalés sur du papier à filtre. Ces produits furent pulvérisés dans un mortier puis passés au moulin à poivre. A l'aide de petits soufflets on dissémina cette poussière tuberculeuse dans des caisses hermétiquement fermées, oîi l'on plaça journellement, pendant plusieurs heures, un certain nombre de cobayes et de lapins. Afin d'empêcher les matières tuberculeuses de se déposer sur le plancher de la caisse, un double courant d'air, déterminé par un gros soufflet et par une roue à palettes, balayait constamment la surface du plancher et maintenait l'atmosphère chargée de poussière. 46 lapins et cobayes furent soumis pendant plus d'un môis, chaque jour pendant une heure, au séjour dans un pareil milieu; sacrifiés plusieurs mois plus tard, deux seulement furent trouvés tuberculeux. Si, au lieu d'employer des particules tuberculeuses à l'état sec, on pulvérisait ces mêmes substances à l'aide d'un liquide, on provoquait régulièrement la tuberculose. D'oii Gadéac et Malet tirent celle conclusion qui mériterait d'être contrôlée par de nouvelles recherches : « Les voies respiratoires sont très favorables au développement de la tuberculose, quand les bacilles qui pénètrent dans leur intérieur ont pour véhicule un liquide ; ces bacilles s'implantent au contraire difficilement quand les agents virulents sont incorporés à des poussières'. » Je serais plutôt enclin à attribuer les résultats presque constamment négatifs obtenus dans la première série d'expériences, par ce fait que les produits tuberculeux desséchés n'ont pas subi une division assez fine pour pénétrer profondément dans les voies respiratoires.
Preyss fit des expériences pour déterminer à quelle dose des produits tuberculeux sont susceptibles de provoquer, chez le cobaye la tuberculose par inhalation. Il délaya des crachats tuberculeux dans de l'eau en s'appliquant à obtenir une répartition égale des bacilles dans ce liquide; la teneur du liquide en bacilles était établie par des numérations aussi précises que possible. Des cobayes placés dans l'appareil à pulvérisation de Buchner furent soumis à l'inhalation de liquides plus ou moins riches en bacilles pendant 20 à 30 minutes ; ils furent sacrifiés
1. Cadéac et Malet, Les différents modes de transmission de la tuberculose Congrès pour l'étude de la tuberculose, Paris, 1888, p. 313).
b82 PRÉSENCE DE GERMES TUBERCULEUX DANS L'AIR.
au bout de six à dix semaines. L'expérience montra qu'il suffit, pour provoquer la tuberculose par inhalatiQn chez le cobaye, de un millième de milligramme de crachats tuberculeux contenant environ 40 bacilles de la tuberculose. L'inhalation de doses trois ou quatre fois plus fortes produit la tuberculose immanquablement. L'intensité et l'extension des lésions sont proportionnelles à la dose employée. Dans la tuberculose ainsi provoquée, les glandes bronchiques sont atteintes le plus gravement et probablement les premières, puis les poumons, la rate, le foie, plus rarement les reins. Preyss s'assura en outre que les lésions ainsi provoquées évoluent d'une façon plus rapide et plus intense chez les animaux affaiblis par le jeûne ou rendus diabétiques par suite de l'administration de phloridzine. Le mélange au liquide pulvérisé de fines poussières de limaille de fer détermina dans les poumons les lésions de la sidérose, mais ne parut pas influencer d'une façon bien sensible la marche de la tuberculose '.
On voit par ce qui précède que l'existence de germes tuberculeux flottant dans l'air et provoquant, par leur inhalation chez l'homme, la tuberculose pulmonaire était une donnée généralement acceptée ; mais la démonstration directe du fait n'a pas laissé que d'offrir des difficultés sérieuses. C. Th. Williams a placé au-devant des bouches servant à la ventilation des salles de phtisiques de Brompton Hospital des plaques de verre enduites de glycérine sur lesquelles l'air au passage se dépouillait d'une partie de ses poussières; il dit avoir pu constater par l'examen microscopique, dans le dépôt ainsi obtenu, la présence d'un certain nombre de bacilles de la tuberculose'. Gelli et Guarnieri firent passer dans un entonnoir revêtu d'une couche de sérum sanguin une certaine quantité d'air d'une salle de phtisiques ; ni l'examen microscopique, ni l'inoculation ne révélèrent la présence, dans le dépôt pulvérulent, de bacilles de la tuberculose. V. Wehde plaça dans une salle de tuberculeux des assiettes contenant un peu de glycérine, pour fixer les particules solides
1. Preyss, Ueber den Einfluss der Verdunnuiig iind dev kiinsllicli ci-zcugtou Disposition auf die Wirkung des inhalirten tuberkuloscn Giftes [Miinchner med. Wockenschr., 1891, p. 421).
2. C. Tn. Williams, The relation of tubercle bacillus to phtliisis {The La?icel, 1883, 28juillet, p. 135).