‹ La tuberculose et son bacilleChapitre 485 sur 689 · DE L'AIR, DANS LES MILIEUX PHTISIQUES · texte numérisé non relu

DE L'AIR, DANS LES MILIEUX PHTISIQUES

sont les principaux agents de l'infection tuberculeuse de l'air et qui causent ainsi la mort d'un septième de l'humanité ».

Si le phtisique ne déposait son expectoration que dans des crachoirs que l'on viderait ensuite soit dans les fosses d'aisances, soit dans les éviers, le danger de l'infection de l'air serait presque nul, puisque les crachats ainsi traités restent humides et ne peuvent être soulevés sous forme pulvérulente. Mais beaucoup de phtisiques crachent sur le sol, même dans les appartements les mieux tenus. Ils expectorent en outre dans le mouchoir qu'ils portent sur eux; les crachats s'y dessèchent rapidement et s'y réduisent en particules que le malade dissémine dans l'air chaque fois qu'il déploie le mouchoir pour s'en servir. Le même danger de contagion provient des draps et des objets de literie souillés par l'expectoration des tuberculeux.

De l'enquête minutieuse à laquelle Cornet s'est livré, surtout de celle portant sur les phtisiques de la ville, ressort cette constatation intéressante : les poussières dont l'inoculation rendit les animaux tuberculeux provenaient toutes de locaux occupés par des malades qui expectoraient, non pas seulement dans des crachoirs, mais sur le sol, sur leur mouchoir, leurs draps de lit, etc. Dans tous les cas, au contraire, où l'on put s'assurer, d'une façon, certaine, que le malade évitait absolument de répandre ses crachats sur le sol ou dans son mouchoir, la poussière recueillie dans la pièce et inoculée à des cobayes ne les rendit point tuberculeux.

La poussière se montra le plus fréquemment douée de virulence tuberculeuse dans les salles de phtisiques des hôpitaux, puis dans les appartements privés occupés par des poitrinaires, puis dans les asiles d'aliénés. Les poussières de la rue, celles recueillies dans des salles de chirurgie bien tenues ou dans des maisons particulières non habitées par des phtisiques donnèrent, à l'inoculation, des résultats négatifs. « Malgré la propreté la plus méticuleuse du malade, malgré les conditions sociales les plus favorables, on trouvait des bacilles dans la poussière de l'appartement, lorsque le malade répandait ses crachats sur le sol ou dans des mouchoirs, tandis que ces bacilles ne pouvaient être décelés dans la poussière des logements d'une malpropreté sordide, mais 011 le malade expectorait toujours dans un crachoir ». Cornet va sans doute trop loin dans les conclu-

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sions qu'il tire de ces intéressantes recherches, quand il pense que la prophylaxie de la phtisie chez l'homme se ramène à obtenir que le phtisique crache dans un crachoir, et non sur le sol ni dans son mouchoir. Mais il a montré, plus précisément qu'on ne l'avait fait avant lui, que le bacille de la tuberculose n'est pas répandu partout dans l'air des lieux habités même par des phtisiques ; que ceux-ci sont surtout dangereux à cause de leur expectoration et de l'incurie avec laquelle on procède généralement à l'égard des crachats. Il a donc apporté de nouveaux et précieux documents à l'appui de l'opinion formulée par Villemin et par Koch, que ce sont surtout les crachats qui sont les agents de l'infection tuberculeuse'.

Krûger a répété les recherches de Cornet dans les salles de la clinique de Bonn et est arrivé à des données confirmatives. Sur seize expériences faites avec de la poussière provenant de salles oii des phtisiques avaient séjourné depuis quelques semaines, deux donnèrent des résultats positifs, tandis que huit autres expériences, faites avec de la poussière prélevée dans des pièces où aucun phtisique n'avait séjourné, demeurèrent sans résultats Un élève de Bollinger, Kastner, a répété les mêmes expériences, avec des résultats analogues, en inoculant la poussière recueillie dans les salles de la clinique de Munich.

Plus récemment, il est vrai, également à l'instigation de Bollinger, Kustermann a répété les expériences de Cornet dans diil'érentcs pièces de la prison et du dépôt de Munich, où séjournent des prisonniers et des prévenus phtisiques. Dans la prison, où depuis deux ans on appliquait avec rigueur les moyens de désinfection du plancher et des murs recommandés par Cornet, il fut impossible de déceler, dans la poussière recueillie, des germes tuberculeux. Mais le même résultat négatif fut obtenu pour la poussière du dépôt, où ces mesures n'avaient pas été employées. Dans la prison, malgré ces deux années de désinfection rigoureuse, la mortalité par tuberculose n'avait pas diminué comparativement à celle des années antérieures. Kustermann en conclut que « la propagation de la tuberculose

1. Cornet, Die Verbrcitung dcr Tuberkclbacillen ausscrlialb des Kôrpers [Zeitschr. fur Hi/g. 1888, t. S, pp. 191-332).

2. KuiiGER, Einige Untersuchungcii des Staubnicderschlagcs dcr Lufl in Bezug auf Tubcrkelbacillen (D«ser<. inang. Bonn, 1889; analysé in Baumgarten's /a/iresè. 1889, p. 277).

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